Ma pauvre main malade, ma pauvre main vidée
Mes doigts courbes cassés dans l´hiver qui se dresse
Et devant moi ne reste qu´une terre profanée
Ô, mes doigts, ma main, tordus, volés
Ton corps fier au buste droit me souffle jusqu´au creux
Le vide de ta paume qui vient sucer la mienne
Je n´écrase que mes os déjà pompés, si creux
Sens le râle de ma gorge à tes lèvres d´argent-bleu
Je sens monter les cris de mon ombre première
Si vaste, large et lourde, trop pleine et trop noire
Mon ombre partie, volée, qui ne talonne mes pieds
Mon ombre avide de voile à l´horizon désertée
Ma prétention, ma bassesse, mon écrin au soleil étiré
Mon ombre dans la mer mouchetée d´écailles de lumière
Et comment se tenir là, sous les néons plastiques?
Je me couche dans les caveaux de pierre où reposent mes pères
Plaquant mon dos sur la roche dont la chaire est froide et lisse
A regarder cette terre qui me recouvre la face
Qui emplie ma bouche, mon nez et me crève les yeux
Cette terre qui me mange, qui m´occupe, qui m´habille
J´en suis sorti mais mon ombre est restée allongée sur l´asphalte
Morte enfin recouverte par les mains des plagiaires