Un petit supplément sur le match d´hier avec la France. C´est un peu HS par rapport aux Gunners mais au moins, pour une bonne cause, y avait Arsène Wenger, Henry, Vieira et Pires
LES BLEUS RATENT LA MARCHE
Par Cédric Rouquette, au Stade de France
L´équipe de France a entamé sa campagne éliminatoire vers la Coupe du monde 2006 par un résultat nul contre Israël ( 0-0). La solidité dégagée par l´ensemble ne parvient pas à gommer l´impression persistante que les Bleus repartent de loin.
Mi-figue, mi-raisin
Ce n´est ni le résultat espéré, ni une catastrophe. C´est une performance mi-figue mi-raisin qui en dit assez peu sur les possibilités de ces Bleus version 2006, sinon qu´ils ont de vrais progrès à faire dans tous les domaines pour faire oublier leurs prédécesseurs. Incapable de marquer un but à Israël ( 0-0), l´équipe de France a dû partager les points au Stade de France contre la quatrième puissance théorique de son groupe de qualifications. C´est une contre-performance objective même si, à neuf matches de l´arrivée, elle n´hypothèque pas encore l´avenir. La campagne vers l´Euro 2000 - très pénible jusqu´au bout - avait débuté elle aussi par un nul ( 1-1 en Islande). Les Bleus s´en étaient relevés. Ils oublieront vite cette frustrante entrée en matière s´ils se donnent les moyens de la compenser en prenant trois fois plus de points au match retour, et en faisant le plein le mois prochain contre le principal rival du groupe, l´Irlande.
Il leur faudra cependant déployer d´autres moyens. En forçant à peine le trait, ce match peut être regardé comme un très long round d´observation qui ne concernerait pas l´adversaire mais l´équipe de France elle-même. Son manque de vécu, son application à animer un 3-5-2 quasi inédit, et un évident «manque de folie» ( Vieira) ont plombé la majeure partie du match. Disposée en 4-4-2 avec les entrées de Giuly et Pires durant les vingt dernières minutes, la France a davantage pesé sur le but israélien, sans suffisamment d´adresse pour faire pencher la balance du bon côté. «On a tenté beaucoup de choses, mais on a manqué de réussite», résume Vieira. Le principal regret restera finalement l´incroyable raté de Gallas à la 11e minute, où après une belle interception près de Davidovicth, le défenseur central a expédié son tir dans les nuages, semblant alors accomplir le plus difficile. Très bizarrement, malgré un manque d´idées qui a justifié une grande explication générale lors d´un temps mort ( 33e), la France a exercé une vraie pression sur le but adverse - sept occasions à zéro - mais impliquant le plus souvent des joueurs à vocation défensive ( Gallas, Makelele, Squillaci).
«Retenir le positif»
Israël a davantage pesé après le repos. Si Golan s´est emmêlé seul les pinceaux ( 58e), il a fallu un dégagement sur la ligne de Giuly suite à une tentative de Badeer ( 66e). «Il faut retenir le positif : on n´a pas pris de but, dans aucun des deux systèmes» relève Evra. «Les Israéliens voulaient tenter le coup sur des contres et des coups de pied arrêtés, analyse Coupet. Un but aurait pu survenir à n´importe quel moment, mais nous avons trouvé une bonne stabilité défensive. Par rapport au match de Chypre il y a deux ans ( entrée dans les éliminatoires de l´Euro 2004, 2-1), on s´est fait moins de frayeurs. Là-bas on avait bafouillé notre football ». Mais là-bas, des coups de rein individuels de Cissé et Wiltord avaient libéré les esprits suffisamment tôt. Avec un Vieira intermittent pour son retour, un Henry gourmand mais sans réussite, un Saha trop collectif dans la surface de vérité et un Rothen surtout remarqué pour sa capacité à défendre, l´équipe de France n´a pas trouvé cette étincelle.
Samedi, les Bleus ont seulement bafouillé pas mal d´actions, par un savant mélange de manque de repères et de culot défaillant. «L´équipe est allée crescendo, elle a trouvé ses marques petit à petit, estime Raymond Domemech. Les joueurs étaient timides au début, je les comprends. L´équipe se cherchait, elle n´a pas osé. Mais il y a des possibilités. La manière était importante, et on a eu ce qu´on attendait : de l´animation, de la volonté». Apparemment irrité par le début de débat qui entoure son 3-5-2, le sélectionneur fait du facteur psychologique la clef principale de la belle pression relevée en fin de match, en 4-4-2. «C´était plus limpide, plus clair, parce qu´on était mieux dans le match. L´équipe se libérait car elle voulait le résultat et parce qu´elle avait usé l´adversaire avant. Il nous a manqué la réussite».
Makelele rejoint le constat du coach et appelle la jeune classe tricolore à ne plus cogiter sur leur nouveau destin international. «Ils doivent se lâcher, comme ils ont l´habitude de le faire en club, dit le milieu de Chelsea. L´équipe de France leur appartient maintenant. Il faut qu´ils le sachent». Coupet espère que ces souffrances initiales feront office d´acte fondateur. «La notion de collectif a été intégrée, c´est une bonne chose pour la suite, à commencer par le match de mercredi aux Féroé, qui ne sera pas simple non plus». Laminées par la Suisse ( 6-0), les Iles ne devraient pas avoir le droit d´envisager d´obtenir le même résultat qu´Israël. Le contraire ferait voler en éclat ces analyses optimistes sur un groupe en mal de leadership technique. A cinq minutes de la fin, un virage a réclamé Zidane. Au cours de sa conférence de presse, le sélectionneur israélien lui a spontanément rendu un vibrant hommage. Comme s´il avait senti, lui aussi, qu´il manquait quelque chose d´important à l´équipe actuelle.