EN son âme et conscience, Claude Simonet va choisir, ce soir, le futur sélectionneur national. Ce choix sera rendu public demain à 11 heures. Et c´est Raymond Domenech, 52 ans, qui fait désormais figure de grand favori, depuis le conseil fédéral de vendredi.
Tout le monde s´est rendu compte in extremis que le sélectionneur des Espoirs présentait le meilleur profil pour succéder à Jacques Santini, compte tenu de son expérience appréciable de la sélection, de ses relations privilégiées avec la Direction technique nationale ( DTN) et de sa connaissance parfaite des clubs professionnels. Au carrefour de tous les intérêts, Domenech est devenu l´intérêt de tous.
Des tractations secrètes ont été entamées
Seul Jean Tigana peut encore lui disputer la place, malgré les ennuis judiciaires qui le menacent avec son ancien club anglais de Fulham. Paradoxalement, le soutien de son ami Michel Platini semble aujourd´hui le desservir, le président de la Fédération ( FFF) cherchant à limiter l´influence du plus grand joueur français de tous les temps. Claude Simonet hésite encore entre les deux, même si son « choix est presque fait ». Quant à Laurent Blanc, qui, un temps, avait la faveur des pronostics, il n´est plus dans la course. Simonet adore le champion du monde 1998, qui n´a jamais entraîné d´équipe. Mais, dans l´immédiat, il entend le protéger. Blanc conserve ainsi toutes ses chances pour l´avenir. Le président de la FFF possède encore 24 heures pour changer d´avis, mais le choix de Domenech s´impose désormais comme celui du consensus. Comme une évidence aussi tant ses concurrents se sont déclarés sans doute trop tôt, si bien qu´aujourd´hui on ne retient plus que leurs handicaps... Depuis le 3 juin et l´annonce par Jacques Santini qu´il quitterait l´équipe de France après l´Euro 2004 pour rejoindre Tottenham, Simonet a beaucoup réfléchi, consulté et rencontré. En premier lieu, Aimé Jacquet, le directeur technique national, très convaincant il y a deux jours lors du conseil fédéral. Tous ont donné leur avis. Ce soir, le président de la FFF décidera donc seul mais fort du soutien général. Comment en est-on arrivé là ? Sur fond de succession programmée du président Simonet, de subtiles alliances se sont nouées, des tractations secrètes ont été entamées. Avec les candidats, mais aussi le football professionnel ( LFP) et amateur ( LFA), respectivement dirigé par Frédéric Thiriez et Jean-Pierre Escalettes ( le futur président de la Fédération), et la DTN d´Aimé Jacquet. La nomination du patron des Bleus dépasse largement le cadre du terrain. Si personne ne remet en cause les pleins pouvoirs du sélectionneur sur le domaine sportif, la négociation et la gestion des contrats ( TV par exemple), des primes, la préparation des matchs et des compétitions, les rapports entre les clubs et la sélection, la logistique, l´intendance réclament une nouvelle organisation. « L´équipe de France génère un chiffre d´affaires de 50 millions d´euros. Elle doit donc être gérée comme une entreprise », souligne Frédéric Thiriez, adepte, selon sa formule, de la « maison Bleue », soit la création d´un comité directeur encadrant les Bleus. Là encore, l´après-Simonet s´organise avec l´accord tacite du président de la FFF. Au nom de l´intérêt général, il sait mieux que personne qu´une évolution vers davantage d´interventionnisme du monde professionnel est inéluctable. Il faut également mettre en place des hommes capables d´accepter cette modernisation. Avec Blanc et Tigana, très proches de l´encadrement actuel des Bleus, ce « ménage » n´était pas possible. Avec Domenech, homme de consensus mais aussi de rupture, la réforme peut enfin devenir une réalité.
René Girard est aujourd´hui le mieux placé pour remplacer Domenech à la tête de l´équipe de France Espoirs.