Adebayor, déjà grand? 1/2
25 Décembre 2004 à 12:00
A vingt ans à peine, dix-huit mois seulement après son premier contrat professionnel, Sheyi Emmanuel Adebayor divise déjà les travées du stade Louis II. Est-il le joueur le plus maladroit de l´histoire du football, ou le sauveur de l´ASM? Le Togolais, coqueluche du stade Louis II est au coeur de débats passionnés. Retour sur sa trajectoire ascendante depuis deux saisons.
Décidément, il ne faut pas juger d´après les apparences. A la Turbie comme sur le terrain, la silhouette longiligne et gracile du discret Sheyi Adebayor se dégage sans peine parmi celles de ses partenaires. Au centre d´entraînement, le jeune Togolais promène de sa démarche chaloupée son corps interminable, et semble presque s´excuser de dominer d´une tête ses congénères. Sur la pelouse, il domine allégrement ses défenseurs directs par sa détente balancée et ses courses buste redressé. " Long", le surnomment ses partenaires, comme pour souligner un peu plus une évidence qui paraît embarrasser ce joueur humble, qui prefère s´effacer derrière les grandes figures de l´effectif. Son physique atypique tranche dans le football actuel ( 1m90 pour 72 kilos) et détonne à Monaco où depuis l´arrivée de Didier Deschamps, la taille moyenne des joueurs de l´effectif va s´amenuisant.
Mais " Manu" surprend également par son attitude et son état d´esprit dans un monde sportif sans concessions ni états d´âme. Arrivé il y a deux saisons dans une équipe à peine remise de crises nées entre des mercenaires et son entraîneur, il a noué d´indéfectibles relations d´amitié, avec Shabani Nonda notamment qu´il considère comme son " grand frère". Il participe à ce fameux " pacte" entre les joueurs il y a dix huit mois, qui avaient refusé de se séparer. Ce joueur attachant n´oublie pas d´où il vient, sa naissance à Lomé, capitale du Togo, son passage par Metz, l´apprentissage en Ligue 2. Il porte avec fierté les couleurs de la sélection de son pays et revendique ses racines africaines. Il ne rechigne pas à rejoindre son équipe nationale pour des matchs dans un contexte nettement moins confortable. Sa réussite spectaculaire ne l´a pourtant pas aveuglé. Après un drame survenu dans les tribunes lors d´un match du Togo, il s´était rendu dans les familles des victimes, avant de rappeler que le football, s´il peut apporter du bonheur, se tient parfois très loin des vrais priorités de l´existence. Ses expériences togolaises semblent l´avoir immunisé contre le syndrome contagieux, à Monaco surtout, de la grosse tête.
En rupture avec l´image des néo-stars du football, " Manu" est un footballeur qui s´inscrit parfaitement dans le nouvel état d´esprit réclamé par Deschamps. L´ancien capitaine de l´équipe de France a décidé de privilégier la notion centrale de " bloc-équipe", qui suppose une abnégation à toute épreuve, un engagement et une volonté constants, et un esprit du sacrifice pendant 90 minutes. Adebayor semble avoir adopté sans difficulté cette ligne directrice. Dans sa dernière intervention publiée dans l´Equipe, il livrait une analyse sans faux-semblants qui fustigeait les individualités et l´économie d´effort. Lui, à l´image de ses matchs, court sans compter, parle avant du tout du sacro-saint " collectif", et d´"animation offensive" contre l´exploit individuel, quitte à verser dans un discours convenu.
Deschamps a pris sous son aile cet élève doué et désireux d´apprendre toute la saison dernière, lorqu´il peinait à s´insérer dans une configuration offensive rodée sans lui. Il est surtout titulaire en match de coupes, joue un rôle très marginal en Champions League, malgré sa participation quelques minutes lors des derniers tours. Il est sous le contrôle constant de Deschamps, qui l´invective et le replace en permanence. Celui qui l´a fait venir pour une somme importante de Metz croit en son potentiel et se démène autant qu´il peut sur son banc pour l´aider. Sa voix accompagne chacune des sorties de son protégé, que l´on voit parfois un peu perdu sur le terrain, affecté par un geste technique raté. Il progresse par à-coups, de façon heurtée, enchaîne le correct et le mauvais. Ses prestations laissent déjà un sentiment mitigé, à ses buts répondent une floraison de gestes manqués et de dribbles brouillons, son impact physique et son rôle de fixation des défenses sont ternis par des frappes hasardeuses, des courses folles et des occasions toutes faites vendangées. L´élève peine à s´émanciper, à trouver la maturité de son jeu. Il fait trop appliqué, presque emprunté sous l´afflux de consignes qui freinent sa propension à jouer de façon débridée, vers l´avant, toujours vers l´avant.
Mais Manu apprend vite, et son travail en profondeur aux côtés du staff technique paye. Cette saison, Adebayor a pris une nouvelle ampleur, sans avoir pris son envol. La pléthore de joueurs offensifs aurait pu le réléguer en CFA. Il a choisi de devenir indispensable à l´équipe. Contre Gorica, il affiche de nouvelles dispositions, et montre sa capacité à ordonner le jeu offensif. Il confirme à point nommé en championnat quand l´équipe traverse une crise. Il est élu joueur du mois d´octobre sur ASMFC.com. Ses statistiques sont devenues conséquentes, il a marqué à cinq reprises en championnat, dont des buts décisifs. Surtout, fait nouveau, il multiplie les passes décisives. C´est encore lui qui nous qualifie en Coupe de la Ligue contre Guingamp. Il lui reste à confirmer lors des joutes européennes, même si Deschamps rechigne encore un peu à lui faire confiance dans ce contexte. Il conserve un taux de déchet trop conséquent au niveau national pour briller dans la coupe aux étoiles.
source : asmfc.com
A vous de juger 