Henry veut être calife à la place du calife
Lisbonne
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C´EST « le » match que personne n´attendait, entre Zinedine Zidane et Thierry Henry, les deux stars des Bleus. Un match entre le meilleur meneur de jeu du monde et l´un des plus grands attaquants de la planète. Une sourde rivalité s´est installée au coeur des schémas tactiques, au gré des victoires ou des défaites.
Le fiasco de l´Euro a révélé au grand jour l´importance du conflit : comment et pour qui jouent les Bleus ? Lors de sa dernière conférence de presse, Santini a reconnu, implicitement, le malaise. En réponse à la question : « A l´Euro, y avait-il des clans ou des fractures définitives chez les Bleus ? », il a déclaré : « Tout a compté, des déclarations, des statuts... Le moindre grain de sable pouvait enrayer la mécanique. » A force de tirer dans des sens opposés, les Bleus ont abandonné leur couronne européenne. Une tragédie pour les « vieux » titulaires, qui ont conquis le monde ( 1998) puis l´Europe ( 2000). Une opportunité pour ceux qui entendent prendre le pouvoir. Pour eux, un seul moyen : pousser Zidane dehors. Zidane résiste, entouré de « lieutenants » affaiblis, comme Lizarazu. Henry mise sur ses potes d´Arsenal, Vieira et Pires. Dans son désir de reconnaissance, il bénéficie de relais médiatiques et du soutien, dans l´ombre, de personnages d´influence, à commencer par Arsène Wenger, le « boss » du club londonien. Wenger sait qu´Henry, son poulain, veut être calife à la place du calife. Voilà qui sonnerait sa propre réussite. Alors, dans la coulisse, il tire les ficelles. Avec le fiasco de l´Euro, tout est en place pour le putsch anti-Zinedine Zidane fomenté en Angleterre. Le coup a été préparé depuis bien longtemps. La Coupe des Confédérations 2003, remportée par les Bleus, a consacré Thierry Henry comme nouveau leader, en l´absence de Zidane. Son invincibilité avec Arsenal en Championnat d´Angleterre impressionne. Henry souhaite que l´équipe de France joue pour lui, comme le font les Gunners.
A l´Euro, Zidane va devoir céder et jouer successivement à gauche, au centre, et enfin à droite Zidane ne l´entend pas ainsi : chez les Bleus, il fait ce qui lui plaît. Henry n´a jamais reçu de passe décisive de Zizou. Le stratège du Real réplique que, s´il avait marqué contre le Brésil ( 0-0), on n´en parlerait plus... Mais, à l´Euro, malgré ses trois buts dont deux contre l´Angleterre, Zidane va devoir céder et jouer successivement à gauche, au centre, et enfin à droite, pour faire plaisir à Pires et Henry. A son époque, jamais Platini n´aurait accepté pareil affront. Zidane possède le même génie, mais pas le même caractère. Mais Zizou sait parfois griffer. Comme lors de la bataille autour du capitanat. Vieira ou Zidane ? Là encore, Zidane se rebiffe : « Après Marcel, ce sera moi le capitaine. Pat attendra son tour. » Au Portugal, Vieira est même relégué en quatrième position pour le brassard, derrière Lilian Thuram. Il appartient néanmoins aux « cadres » de la sélection qui forment les interlocuteurs tactiques auprès de Santini, négocient les contrats et les primes. Thierry Henry, qui a toujours revendiqué d´en être, reste écarté. Pour combien de temps ? Laurent Blanc, pressenti pour devenir le nouveau sélectionneur, a déjà fait acte d´allégeance aux Gunners. Zinedine Zidane, au fond de lui, aurait sans doute aimé continuer. Mais, s´il gêne, alors...