n´oubliez pa kil y a aussi ca:
Un capitaine destitué, un sélectionneur en larmes.
A Clairefontaine, en ce 3 juin, Jacques Santini annonce qu´il quitte les Bleus pour Tottenham. Les sélections de Govou et Wiltord font déjà jaser.
Les rumeurs rapportant l´intérêt de Tottenham à leur égard accentuent le trait. Wiltord le sait et vit sa vie en autarcie, seulement préoccupé par les matchs de tennis de table. Il n´est pas dupe des petites combines entre amis pour l´écarter du « onze titulaire ». Santini sur le départ, exit l´autorité suprême. Deux jours plus tard, le sélectionneur brise le deuxième échelon de la hiérarchie. Il révèle à Desailly qu´il ne sera que remplaçant contre l´Ukraine pour préparer l´Angleterre. Vexé, le « grand Marcel », déjà fragilisé par les sifflets du Stade de France, face au Brésil, décline la possibilité d´entrer en cours de match. Un sélectionneur envolé, un capitaine destitué, le groupe s´envole ainsi pour le Portugal. A la fin d´un point-presse, avant France - Angleterre et au moment d´évoquer ses sentiments personnels, Santini ne peut s´exprimer, sa gorge se serre. Il est au bord des larmes : « Je sais que lors des hymnes il y aura une émotion. A table l´autre jour avec le staff, on a encore parlé du nombre élevé de sélectionneurs titulaires d´un contrat de quatre ans... » Fébrilité et ressentiments... Déjà !
Les portes claquent, les esprits s´échauffent.
Le jeudi 10, lors du premier huis clos, les deux amis Robert Pires et Thierry Henry se disputent un ballon, ça fait des étincelles. Ils échangent des mots vifs. Jacques Santini s´interpose. Le lendemain soir, avant le dîner, il se sent obligé de réunir tout le monde pour fédérer les individualités. Il réclame de la solidarité mais ne maîtrise déjà plus les événements. Grâce à deux miracles de Zizou, on oublie la prestation pénible face aux Anglais. Dans les vestiaires, on perd la raison : « On venait de vivre une émotion digne d´une finale », avoue Lizarazu. Trois jours plus tard, le 16 juin, le Basque redescend rudement sur terre. Au cours d´un tête-à-tête houleux avec Santini, il apprend qu´il est remplaçant... Car Silvestre a pris un carton jaune ! Le Basque ne comprend pas pourquoi il paie pour un autre. Santini lui répond qu´il pense au turn-over contre les Suisses. Dans la même journée, Pires éclate de rire quand le sélectionneur lui apprend la titularisation de Wiltord. Circonspect, il lâche : « Mais il n´a pas joué de la saison ? C´est une plaisanterie. » Il tourne les talons et claque la porte.
A l´auberge Casa Nova, les divisions s´affichent.
Pires avait raison. La titularisation de trois joueurs à court de forme ( Wiltord, Dacourt, Desailly) plonge l´équipe de France dans un trou noir en début de seconde période contre la Croatie. C´est la panique générale. Zidane, encore lui, rassemble tous ses partenaires au milieu de terrain et les incite à se révolter. « Zizou porte l´équipe sur ses épaules », soupire Trezeguet, qui sent le malaise poindre. Dans la nuit du 17 au 18, à l´auberge Casa Nova, à 6 kilomètres de Leiria, la révolte gronde. Lors de ce repas d´après-match, Lizarazu prévient Zidane qu´il va parler à la presse pour réveiller les consciences. Le lendemain, Santini rencontre en tête à tête pendant une heure Zidane et Desailly, qui venaient eux-mêmes d´écouter les vingt et un autres joueurs. Les deux leaders avaient été choisis pour communiquer les doléances tactiques à l´entraîneur. Il y a un début d´incompréhension entre Zidane et Henry. L´attaquant veut que « le ballon arrive plus vite ». Dubitatif, Zizou lâche à des proches : « Parfois, Thierry devrait faire davantage de concessions. C´est la règle en équipe de France. On me parle de jouer plus vite pour mieux le trouver. On oublie notre victoire à Wembley, où Anelka avait inscrit deux buts sur deux passes en profondeur. Je sais jouer comme ça. » Santini cède en partie ; Pires passe à gauche et Zidane à droite. « Nous sommes tous sur la même longueur d´onde sauf un », lâche alors Desailly. Qui est-ce ? Desailly lui-même, invité au Portugal pour faire les points-presse ? Zidane, exilé à droite ? Ou Santini, qui ravale son chapeau ? Personne n´est ravi.
Et ça se termine en tragédie grecque.
Le 20 juin, Santini fustige les interrogations publiques de Lizarazu : « Ceux qui parlent, s´ils jouent, se sont mis de la pression supplémentaire. » Le transfert envisagé à Tottenham est brisé net. Rancunier, Santini titularisera le Basque faute de mieux. Dans le groupe, cette intervention divise. « C´est dégueulasse », maugréent certains. La victoire est au bout mais les Bleus ont eu chaud. Alors que le mot d´ordre est de positiver, Jérôme Rothen parle vrai : « Sur le banc, on se ch... dessus grave. » Les critiques pleuvent de toutes parts. De Platini à Jacquet... Robert Pires esquive : « On lit tout, on regarde tout mais les critiques on s´en fout. Elles nous font bien rire. » Lucide, Henry avoue : « A deux minutes près contre l´Angleterre et la Croatie avec la frappe de Mornar, on pouvait repartir à la maison. » Contesté dans la presse, Santini se ferme et élude les questions. La veille de France - Grèce, ça tourne au tragi-comique. Au micro des radios, Desailly déclare : « Si je ne joue pas contre la Grèce, je serai très déçu. » Comme pour entretenir le flou, il ajoute dans un faux direct sur France 2 enregistré à 16 h 30 : « Il y a de grandes chances que je joue. » Une heure plus tard, on lui donne la chasuble des remplaçants. Ambiance... Le lendemain, dans le vestiaire, après l´élimination contre les Grecs, Jacques Santini ratera également sa sortie : « C´est la fin de l´aventure. Ce sera quelqu´un d´autre que moi la saison prochaine et il y a un nouveau challenge pour se qualifier à la Coupe du monde 2006. »