Jeudi soir, au Grand Bornand, Johan Bruyneel nous confiait indirectement ses doutes. " Laissez-nous déjà finir ce Tour et assurer la sixième victoire. Quand tout sera plus calme, dans quelques jours, on réfléchira à tout ça. Avec le Pro Tour, beaucoup de choses vont changer l´an prochain. Le Tour 2005, c´est encore loin. Mais six, c´est déjà énorme" expliquait le manager de l´équipe US Postal.
Comme Anquetil?
Pas de quoi en déduire que Lance Armstrong ne sera pas au départ de Noirmoutier, mais suffisant pour comprendre que le champion d´Austin se tâte. Une impression confirmée vendredi par Jogi Muller, porte-parole de la formation américaine. " C´est du 50-50. Il y a une chance pour qu´il ne soit pas là l´an prochain. La décision n´est pas encore prise", a-t-il confié à Annemasse à nos confrères de Associated Press.
Afin de dissiper tout malentendu, il n´est pas question de retraite. Simplement d´un recentrage des objectifs du Texan. " Il ne fait aucun doute qu´il courra l´an prochain. Il doit simplement décider quelles courses" confirme Muller. Ayant accompli un exploit historique, Armstrong pourrait avoir besoin de nouveaux défis, à l´instar d´un Anquetil qui, en 1965, avait préféré se lancer dans l´improbable doublé Bordeaux-Paris plutôt que de viser une sixième victoire dans le Tour.
" Je crois qu´à un moment, je dois commencer à regarder les autres courses. Il y reste de nombreuses choses que je souhaite faire dans le cyclisme", aurait déclaré Armstrong. Rappelons que l´Américain, avant de devenir le roi du Tour après son cancer, s´était distingué dans ses premières années chez les pros dans les courses d´un jour, en devenant champion du monde en 1993, ou en remportant la Flèche Wallone trois ans plus tard. On parle également d´une possible tentative du record de l´heure, que tous les grands, d´Anquetil à Indurain en passant par Merckx ont tenu un jour dans leurs mains.
" Le champion n´est pas plus fort que l´épreuve"
Du côté de la direction du Tour, on se montre prudent devant l´hypothèse d´une absence d´Armstrong, qui serait forcément préjudiciable et prêt à respecter la décision du boss. " C´est sa décision", a estimé Patrice Clerc, patron d´ASO. " L´an prochain, il sera confronté à un record qui serait très difficile à battre ou il estimera qu´il n´a plus rien à prouver dans le Tour de France".
Quoi qu´il arrive, les organisateurs ne s´en font pas. Avec ou sans Armstrong, le Tour restera le Tour. " Dans le roman qui s´appelle Tour de France, les pages Armstrong sont très importantes. Mais, dans les grands événements, quels qu´ils soient, les absents ont tort. C´est avant le départ que l´on commente l´absence d´un champion. Puis, le Tour consacre un nouvel héros. Le champion est un moment de l´histoire d´une épreuve, il n´est jamais plus fort que l´épreuve", conclut Clerc.