( Rappel : Ismaïl écoute la radio au volant de son semi-remorque - abritant une ogive nucléaire qu´il prévoit de faire exploser à Tel Aviv )
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¤ Israël ¤
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Le programme musical fut brusquement interrompu par un flash spécial. La voix du présentateur israélien tremblait lorsqu´il annonça la déclaration du Chef suprême de l´Islamiyah : << Hamoud Chouaïbi à poursuivit en disant : " Il nous a été confirmé par des hommes fiables et dignes de confiance que la destruction d´Israël est imminente grâce à Dieu ". C´est la première fois que le vieil aveugle de Bourayda, comme le surnomment les Islamiyens, s´attaque aussi directement à Israël. Le Cheikh Safar Al-Hawali à quand à lui annoncer que l´Islamiyah venait tout juste de signer un pact de non-agression avec l´Iran, pays qui semblait pourtant l´ennemi juré de la République Islamique d´Arabie depuis... >> .
Ismaïl Jibril ressentit une joie si intense qu´il ne vit pas la BMW qui venait de lui faire une queue de poisson pour arriver avant lui au feu suivant. Il freina à mort, mais trop tard. Le camion percuta l´arrière de la grosse berline dont le coffre s´ouvrit en grand tandis qu´une pluie de verre brisé s´éparpillait sur la chaussée. Ismaïl était tellement surpris qu´il arrêta machinalement le moteur et eut encore le temps d´ouvrir la portière avant de se raviser et de se dire qu´il perdait la tête. Déjà, le conducteur de la voiture s´approchait de sa cabine, hystérique, en le traitant de tout les noms. Ismaïl Jibril ne l´entendait pas, ne le voyait pas. Il referma la portière d´un claquement sec, remit le moteur en marche, et, sous les yeux médusés de sa victime, qui dut battre vivement en retraite pour ne pas se faire écraser, il remit en route le semi-remorque et poussa rudement la BMW contre le trottoir.
Ensuite, tout alla extrêmement vite. Après un instant de stupeur, le propriétaire de la berline reprit le volant et démarra en trombe, déterminé à se faire justice. Plus grave pour Ismaïl, une voiture de patrouille de la police, qui avait vu la fin de l´incident, fit demi-tour sur l´avenue avant de prendre en chasse le camion, toutes sirènes hurlantes. Le routier commença à paniquer. Il ne fallait surtout pas qu´il se fasse intercepter, pas maintenant, alors que l´opération était en train de réussir, alors que déjà, Hamoud Chouaïbi avait annoncé... Ismaïl se mit à enchaîner les vitesses du mastodonte avec rage ; la police à ses trousses, il n´avait plus d´autre choix que de foncer. N´ayant aucune arme à bord, il ne disposait que d´une ressource : utiliser la formidable puissance de son engin pour atteindre son objectif, coûte que coûte. Il brûla son premier feu au croisement de la rue Marshall, sans tuer personne...
À bord du véhicule de la Mishtara - la police d´Israël, le brigadier Ben-Zvi faisait des signes désespérés au conducteur du poids lourd pour lui intimer de se ranger sur le côté et de couper son moteur. Mais le contrevenant n´avait manifestement pas l´intention d´obtempérer. Cela atteignait Ben-Zvi au plus profond de ses convictions de policier : comment cet individu pouvait-il oser tenir tête à un ordre de l´Autorité ? C´était d´autant plus déconcertant qu´il n´avait, évidemment, aucune chance de prendre la fuite avec un engin aussi lourd. Alors pourquoi cet acharnement à ne pas lui obéir, à ne même pas le regarder ?
Pendant ce temps, la conductrice du véhicule de police contactait le Central par radio afin de demander des renforts pour intercepter un camion fou, qui semblait décidé à traverser Tel Aviv à grande vitesse en brûant tous les feux.
Au bâtiment du Central de circulation routière, le commissaire Aharon Rovner, qui revenait du distributeur automatique avec un café brûlant à la main, passa derrière l´opératrice qui était en train de traiter l´appel des poursuivants d´Ismaïl Jibril. Rovner avait appris, comme tout le monde, la nouvelle de la quasi-déclaration de guerre de l´Islamiyah envers son pays. Mais il en savait déjà un peu plus que tout le monde, puisque le Maire de la ville lui avait annoncé quelques minutes plus tôt qu´Israël devait appliquer sans délai le niveau d´alerte le plus élevé : << attaque terroriste majeur imminente >> La décision était si récente qu´elle n´avait pas encore été diffusée jusqu´en bas de la hiérarchie, si bien que les occupants de la voiture de police qui poursuivait le camion n´en étaient pas informés.
Le commissaire Rovner entendit l´opératrice transmettre la demande de renforts à un officier de garde. Il s´approcha d´elle et la pria de lui résumer l´incident. Ce que la fonctionnaire lui révéla le fit sursauter ; il eut une vision subite de ce qui était en train de se passer et la certitude que ce camion apportait l´apocalypse. Maintenant il devait décider vite, très vite ; le semi-remorque était en train de foncer vers le coeur de Tel Aviv et chaque seconde comptait.
Rovner prit tout de suite son parti : pas le temps d´informer la hiérarchie, même pas le Maire ; à supposer que cet appel ne prenne qu´une minute, cela permettrait au terroriste de parcourir des centaines de mètres de plus vers son objectif. Rovner savait ce qu´il lui en coûterait s´il se trompait, s´il faisait abattre un simple contrevenant qui avait paniqué... Mais après la déclaration de l´Islamiyah, il n´était pas question de laisser ce camion continuer de pénétrer plus profondément dans Tel aviv ; à l´échelle du danger que cela représentait pour la population, le commissaire décida que le risque qu´il prenait pour sa carrière n´avait qu´une importance marginale. Il arracha le casque de l´opératrice d´une main tremblante.
<< – Mettez-moi tout de suite en relation avec la voiture qui est au contact – Bien, commissaire.
Tandis qu´il installait maladroitement le casque sur sa tête, Rovner demanda à l´un de ses officiers de faire venir le Maire de toute urgence. Puis, sitôt qu´il établit le contact avec la voiture de police, il parla avec autorité :
<< – Allo, ici le commissaire Aharon Rovner ; le ministère vient de décréter le niveau d´alerte maximum. Je vous donne l´ordre d´ouvrir le feu sur le camion. Immédiatement ! >>
Le brigadier Ben-Zvi sursauta ; en vingt ans de carrière, c´était la première fois qu´il recevait un tel ordre. << – Mais, monsieur le...
– Vous faites les sommations d´usage et vous tirez sur le chauffeur ; il est quasiment sûr que ce camion est piégé ! >>