¤ Israël ¤
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Un jour après son appareillage de la ville turque de Mersin, le Sümbül accosta à un quai du port de Hadera, dans le nord d´Israël. De son perchoir, le sud-africain James Van Malan alluma une cigarette, et observa la grue qui soulevait le conteneur transportant l´objet venu d´Islamiyah. Lee supervisa l´accrochage. À un moment, il leva les yeux vers Van, qui fit semblant de ne pas le voir. Les dockers s´affairaient autour d´autres chargements lorsque James Van se rendit compte que le commandant Pangalos se tenait à côté de lui.
Par chance, la brise emportait son odeur dans l´autre direction... Pas rasé, Pangalos portait un pantalon crasseux, une chemise qui avait dû être blanche un jour, et des pantoufles. Il n´avait pas pris la peine de rentrer son sexe dans son pantalon. Il se retenait d´une main au bastingage pour conserver son équilibre et considérait d´un regard de myope le conteneur transportant l´arme des saoudiens.
<< – Heureusement que cette saloperie n´est plus sur mon bateau !! hurla-t-il à Lee d´une voix rauque. Sinon je l´aurai déjà balancée à la mer !
– Commandant, dit Van. Ce n´est ni l´endroit ni l´heure de faire un scandale. Pourquoi ne redescendriez-vous pas dans votre cabine ? >>
Pangalos considéra son second d´un air hostile et lança :
<< – Je n´ai pas d´ordre à recevoir de toi, fils de pute Je suis le maître à bord !
– Je ne vous donnais aucun ordre, monsieur. C´était une simple suggestion. Vos officiers et votre équipage vont finir ce déchargement dans les plus brefs délais, puis reprendre la mer tout de suite après.
– J´aurais jamais dû accepter ce foutu marché..., murmura Pangalos en se retournant pour observer la cargaison en question. J´ai passé ma vie à naviguer entre divers trous pourris du tiers-monde, à transporter des cochonneries et à signer des contrats avec des ordures. ( Ses yeux se posèrent de nouveau sur Van. ) Des ordures dans ton genre, mon gars. J´ai gâché mon existence. Mais au moins j´ai été honnête, j´ai fait un boulot honnête et j´ai gagné un pognon honnête. Pas beaucoup, t´imagines, mais c´était de l´argent propre. Il ne puait pas. N´était pas taché de sang.
– Oui, monsieur.
– De l´argent propre, bon Dieu ! Pas comme avec ces salauds d´islamiyens ! >>
Pour la première fois, son regard se porta vers les entrepôts et la ville de Hadera.
<< – Mon Dieu cette ville est moche, un autre trou du cul du monde...,grogna-t-il. C´est l´endroit approprié, je suppose... ouai, l´endroit des trous du culs ! ( Ses yeux de chouette revinrent sur Van.) Il ne me reste plus beaucoup d´années à vivre. Mais toi, t´es jeune et t´as pas perdu de temps pour vendre ton âme. Tu me fais pitié, misérable cornard...>>
À ces mots, Pangalos se dirigea vers la coupée, en s´accrochant des deux mains au bastingage et à tout ce qu´il pouvait attraper pour essayer de garder l´équilibre - bien que le bateau fût parfaitement immobile...
James Van surprit son propre reflet dans une vitre de la passerelle. Il avait le teint d´une pâleur grisâtre et les traits tirés. Le vieux Pangalos était un idiot, un bon à rien, un alcoolo fini, mais il avait raison. Van avait vendu son âme pour de l´argent et il en avait conscience.
– Moi aussi, je me fais pitié à moi-même..., murmura-t-il. Oh, bon sang, qu´est-ce qu´il avait fabriqué ? Pourquoi avait-il accepté un truc pareil ? Pour du fric ! Il l´avait fait pour du fric...
Et quand cette bombe exploserait, il devrait vivre avec ça jusqu´à la fin de ses jours.
Quelques heures plus tard, après leur départ de Hadera, Van essaya de se déculpabiliser. Comme il aimait se le répéter : s´il avait refusé la proposition des saoudiens, ces derniers l´auraient sans doute liquidé... et d´autres personnes auraient accepté de transporter l´ogive.