¤ Turquie, côte méditerranéenne, port de Mersin ¤
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Avec sa torche, Waleed inspectait le conteneur vide qui attendait dans l´obscurité du port. Pendant ce temps, ses hommes s´occupaient des chaînes des palans et d´un chariot de manutention. Il leur fallut peu de temps pour transférer l´ogive dans ce nouveau conteneur et pour l´attacher correctement. Tout comme pendant le premier voyage, qui l´avait fait venir de l´Arabie jusqu´ici dans un navire saoudien, l´ogive ne devait pas bouger d´un millimètre durant ce second voyage. Puis l´islamiyen regarda ses gars qui bourraient le conteneur avec des sacs plastique pleins d´animaux en peluche dans leurs emballages de cellophane. Si quelqu´un ne faisant pas partie de la mission ouvrait la caisse, il n´y aurait vu que des jouets.
Plus tard dans la soirée, Waleed suivit le chargement de sa cargaison très particulière dans le Sümbül. La grue avant de ce petit cargo souleva le conteneur et le déposa en compagnie d´autres conteneurs sur le pont principal du bateau, où il fut sécurisé avec des chaînes.
Obéissant aux ordres criés depuis le pont du navire, les matelots du Sümbül détachèrent les amarres. Le navire commença à bouger, s´écarta du quai, s´arrêta sur son erre, puis il se mit en route et sa proue vira peu à peu, répondant à la barre. Gagnant régulièrement en vitesse, le Sümbül passa entre les nombreux bateaux au mouillage, en direction du large.
Waleed sentit l´euphorie de la victoire tandis que le Sümbül filait vers le large. Il examina une nouvelle fois les environs avec soin. Quelques barques de pêcheurs çà et là, un bateau-
citerne du port, une vedette des douanes turques... Aucun ne tenta d´intercepter le Sümbül.
Sur la passerelle du Sümbül, James Van Malan laissa échapper un soupir de soulagement et ordonna << En avant toute >> sur le transmetteur d´ordres. Quand Waleed l´avait recruté, il lui avait d´abord proposé la moitié de l´argent à titre d´avance et le reste à la fin de la mission. Mais Van avait refusé. Le risque d´être arnaqué était trop grand, et auprès de qui aurait-il pu se plaindre ? Il avait donc exigé un premier versement de 80%. Waleed était resté très calme - un vrai fanatique. Il lui avait fait penser à un serpent qu´il avait vu un jour, dans un zoo, en train de regarder la souris qu´il allait dévorer. Ils marchandèrent un moment et finalement Van accepta 75%. Deux jours plus tard, quelqu´un lui apporta l´argent, 750 000 dollars dans une valise.
James Van avait donné mille dollars au commandant Pangalos et partagé mille autres dollars entre les membres de l´équipage. Il leur en avait promis davantage bien sûr, mais il n´avait pas l´intention de leur verser un cent de plus. Il avait décidé de récupérer le quart de million restant et de disparaître dans la nature aussi vite que possible. Lee et le commandant ne le savaient pas, mais la carrière maritime de Van allait bientôt prendre fin. Il avait déjà un faux passeport français, rien que ça ! Faire entrer cette bombe en fraude en Israël..., se murmura à lui-même le sud-africain soudainement. À vrai dire, s´il avait refusé, quelqu´un d´autre l´aurait fait à sa place. Ainsi tournait le monde...
Waleed regarda le Sümbül s´éloigner, diminuer sur l´horizon, puis se fondre dans l´obscurité. Bientôt, les feux du cargo furent avalés par la brume de l´océan et le bâtiment se perdit dans l´immensité de la nuit. Tout c´était bien passé, pensait Waleed, du chargement de l´ogive dans le navire à Djeddah en Arabie, au passage du Canal de Suez et enfin, au transfert de la bombe dans le Sümbül, un bateau qui pourrait entrer en Israël sans éveiller le moindre soupçon. Waleed ne pu contenir un sourire... Cette mission était fantastique, glorieuse au délà de toute description, un devoir rendu au Prophète qui changerait l´histoire du monde.