[ • AMA = Al Mukhabarat Al A´amah = service secret saoudien. ]
¤ Colombie, Bogotá, Restaurante Marina ¤
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<< – Vous n´avez pas peur de venir sans protection, Madame le ministre ? dit Ouda Al-Jabar en s´asseyant en face d´elle. Il ne revêtait pas la tenue arabe traditionelle et donnait l´air de débarquer tout droit de Malibu.
– Devrais-je? Demanda-t-elle en lui tendant la main, histoire de voir s´il allait la saisir. Il la prit.
– Peut-être. Vous savez, que vous soyez Colombienne et par surcroît ministre importe peut aux hommes qui ont pris le contrôle de mon pays. S´ils découvrent un jour que vous avez dîné avec un leader de la contestation libérale-réformiste saoudienne, ils n´hésiteront pas à vous éliminer si l´occasion se présente à eux... Ouda s´empressa de changer de sujet :
Merci d´avoir accepté de me voir. Je sais que vous êtes une femme très occupée.
J´ai rencontré juste avant de prendre l´avion un contact au sein de l´AMA.
Il m´a confirmé que Riyad s´apprête bel et bien à comettre de sacrées gaffes.
– Vous devriez augmenter vos sources, au lieu d´uniquement vous fier à cet espion..., rétorqua la colombienne. Bien qu´approchant les cinquante ans, elle était dans une forme radieuse et tout en elle évoquait l´Amérique latine.
– Écoutez, on m´a dit que je pouvais vous faire confiance, et on vous a dit la même chose à mon sujet, n´est-ce pas ? Mes sources sont multiples et sûres, la plupart sont des amis de longue date et...>> Ouda s´interrompit en voyant la colombienne virer en un blanc éclatant, il se retourna et aperçut au loin des étoiles monter en scintillant sur les façades de l´immense gratte-ciel en forme de flèche qu´est la Torre del Arcàngel, avant que l´ensemble du bâtiment ne s´illumine.
<< Je veux essayer de vous aider à comprendre la menace que représente le gouvernment actuel de l´Islamiyah, reprit le moderniste arabe. Un gouvernement exclusivement composé de chefs religieux radicaux n´ayant jamais eu l´intention de faire de l´Islamiyah une démocratie et ne tolérant aucune opposition. Il me faut faire la connaissance du président colombien pour obtenir de lui un soutient à notre mouvement qui milite pour une vrai participation de nos citoyens à la politique de notre pays, finit Ouda Al-Jabar
– Pas question >>, dit le ministre en déposant sa serviette sur la table. Ouda récupéra la serviette : << C´est quand même incroyable qu´ils mettent des serviettes en papier dans un endroit huppé comme celui-ci.>> Et il la déchira en quatre morceaux.
<< Que... qu´est-ce que vous faites ? >> bégaya la colombienne.
Ouda Al-Jabar plaça les morceaux de serviette au creux de sa main droite, la referma, fit une passe au-dessus avec la main gauche puis, regardant le ministre droit dans les yeux, lui dit << Il faut que je voie votre président. >> Il ressortit alors la serviette de sa main droite et la rendit à la colombienne... intacte. Elle en eut le souffle coupé. Il reprit la serviette, la fit glisser entre ses mains en répétant :<< Il faut que je voie votre président. >> De sa main droite sortit une serviette pliée en forme de rose.
<< Je n´y crois pas, dit la ministre en acceptant la rose en papier.
– Excusez les petits tours de salon, dit Ouda. Je voulais juste vous faire sourire. Madame, des événements sont imminents en Islamiyah, on risque de ne plus avoir de temps à perdre en subtilités. Il faut agir tout de suite. Il faut que tout les saoudiens ayant des aspirations modernistes puissent se faire entendre de nos oulémas au pouvoir, avant que ces derniers n´agissent seuls au nom de tout les Islamiyens. Il faut ...
La colombienne réfléchit quelques instants.
– J´essaierai de lui en parler, mais je ne vous garantis pas qu´il acceptera de vous rencontrer
– Affaire conclue. Voyez si vous pouvez le décider à me ren contrer avant la fin de la semaine >>, insista Al-Jabar.