[ AMA = Al Mukhabarat Al A´amah = service secret saoudien ]
[ rappel: Des espions saoudiens ont été envoyés au Paraguay pour un assassinat ]
¤ Paraguay, Département de Boquerón ¤
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La journée s´achevait à Filadelfia, et ce soir là, contrairement aux autres, les agents secrets du Mukhabarat saoudien déroulèrent tous leurs tapis de prières puis, comme un seul homme, recitèrent leur Salat. Khaled avait passer l´après-midi à se faire beau devant un miroir. S´il venait à mourrir, se murmurait-il, il se présenterait impeccablement au seuil de l´éternité. Les prières et les ablutions terminées, Adel, Chef du commando, brancha son ordinateur portable sur la prise d´un combiné téléphonique de la chambre d´hôtel.
Il composa ensuite un numéro et entendit le petit crépitement du modem quand celui-ci se connecta au réseau. Au bout de quelques secondes il sut qu´il avait du courrier ; un message, plus les spams habituels. Il téléchargea le message, le sauvegarda et se déconnecta aussitôt. Il n´était resté en ligne qu´une quinzaine de secondes, encore une des mesures de sécurité auxquelles on leur avait demandé de se conformer. Ce qu´Adel ignorait était que son compte de courrier avait été intercepté et en partie décrypté par la cellule de renseignement Colombo-Paraguayenne nommée Servicios de la información especial de Suramérica. Quand son compte - identifié rien qu´avec un fragment de mot et quelques chiffres - se connecta à celui d´un autre groupe d´espions saoudiens, ces derniers furent également identifiés.
Grâce à un trajet différent, les autres commandos Arabis avaient été les premiers à arriver dans le Département. Ces équipes réunies étaient composées d´un total de 15 membres qui - déja en place et prêts à lancer l´opération - n´attendaient plus que l´heure de l´exécution de leur mission. Adel ne mit qu´une demi-seconde pour comprendre le message de l´AMA :
<<...Puis nous avons trouvé une magnifique robe pour le mariage dans l´Mag ! >>
Pas exactement un cri de guerre avant de tuer des infidèles, mais la signification en était simple : << Puis...Mag = P...M = Poursuivez votre Mission. >> Ainsi même décrypté, l’agence de renseignements d’Arabie estimait le message suffisamment complexe - voir impossible - à comprendre pour des analystes extérieurs. Du moins pas avant que la cible ne soit éliminée.
Adel regarda sa montre toutes les trois secondes durant les minutes qui suivirent puis,
le coeur battant à tout rompre, annonça : << Mes amis, emballez vos affaires. >> Les armes n´étaient pas chargées et furent placées dans des sacs à dos de randonnée. Assemblées, elles étaient trop encombrantes et trop visibles. Chaque arme - fusil de précision pour Adel et pistolets-mitrailleurs pour les autres - était dotée d´un gros silencieux scotché sur le canon, prêt à être vissé dessus. L´intérêt était moins la réduction du bruit que la précision de tir.
Car au moment de tirer, les mitraillettes tendaient à dévier vers le haut. Mais ils avaient déjà traités du problème avec l´AMA et tous savaient comment s´en servir, tous s´étaient exercés avec des armes similaires en Arabie, ils devaient donc savoir à quoi s´attendre.
L´agent Aîman et l´agent Khaled, dans l´ombre de plus en plus épaisse de la nuit qui montait, sortirent leurs affaires de voyage qu´ils bouclèrent dans le coffre de leur Dodge de location. Réflexion faite, Adel décida d´y mettre également les flingues. Ainsi tous les quatre, munis chacun d´un sac de randonnée, allèrent-ils les déposer également dans la malle. Puis Adel monta en voiture, oubliant machinalement les clées des chambres d´hôtel dans sa poche.
Le trajet ne fut pas bien long : l´objectif était déjà en vue après quelques heures de route.
Il s´agissait d´un vulgaire sentier de terre qui s´enfonçait dans les bois. Arrivé à moins de cent mètres de celui-çi la voiture des saoudiens s´immobilisa sur le bas-côté. Adel coupa le moteur et descendit. << Nous voici arrivés, mes amis, annonça t-il. J´espère que vous êtes prêts à marcher >>. Les autres agents descendirent aussitôt et en faisant mine de s´étirer regardèrent autour d´eux pour déjouer une possible surveillance.
Tout n´était qu´ombre et bruits étranges. Les arbres, les pierres du chemin, changeaient subtilement de contour comme s´ils étaient vivants. Les Saoudiens accoutumés aux illussions de la nuit savaient que c´était là l´effet de la Lune. Seul Khaled - le plus jeune - semblait de plus en plus nerveux et ne cessait de poser des questions << – C´est loin ?
– Une dizaines de kilomètres. On ne peut pas aller plus loin avec la caisse si l´on veut s´approcher discrètement de la villa. Ce sera une petite marche, fit Adel pour les rassurer. Dans leur jeunesse en Arabie, ils avaient surment du parcourrir une plus grande distance juste pour rejoindre l´arrêt de bus, songea t-il. Si vous voyez un reptile quand on sera dans la forêt, vous faîtes un détour, c´est tout. Il ne vous sautera pas dessus. Mais si vous passez à moins d´un mètre, certains peuvent frapper et vous tuer. En dehors de ça il n´y a rien à craindre. Si vous voyez un hélicoptère, vous devez vous coucher au sol et ne plus bouger, même dans la fôret, insista Adel, répétant inlassablement les consignes fournisent par ses supérieurs. Avez-vous de l´eau ?
– Les bouteilles étaient trop encombrantes, mais ne t´en fait pas, nous venons du désert,
lui assura Aîman, un Saoudien d´origine Irakienne, mais sunnite comme eux tous.
– Si vous le dîtes. Eh bien allons-y dans ce cas. Suivez-moi >> Sur quoi, Adel se mit en route vers la forêt, qui, à mesure qu´il avancait lui semblait de plus en plus impénétrable. Point de GPS où autre système de positionnement moderne pour se repérer, juste une carte et une montre boussole. Le chef du commando avait de toute façon mémorisé par coeur le trajet à suivre. Semblable aux quatres autres Arabis, Adel était intégralement vêtu de kaki, son allure était résolue et régulière, pas trop rapide histoire de ménager ses forces. Ils lui emboîtèrent le pas, en file indienne pour masquer leur nombre à d´éventuels poursuivants.
Dans quelques heures allait se dresser devant eux une villa à l´architecture passe-partout entourée de collines boisées, rien d´exceptionnel appart peut-etre la taille de cette maison,
sa piscine à ciel ouverte au centre de l´édifice, son emplacement des plus discrets,
son hélisurface et les gardes patrouillant nuit et jour autour d´elle. Pour le grand public
- du moins les rares Paraguayens connaisant l´existence de cette villa - ce n´était ni plus ni moins qu´un site d´étude de la nature dont l´activité demeurait invisible. Et à vrai dire, personne n´aurrait pu se douter que cette maison pouvait abriter occasionnellement l´ancien monarque saoudien, Abdallah ben abdelaziz Ibn Saoud.