¤ Colombie, Bucaramanga ¤
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Bucaramanga est une ville modeste, expecté peut-etre dans sa partie Est qui attirent quelques uns des plus riches hommes de Colombie, et depuis peut du monde entier, avec les arrivées discrètes de familles européennes, américaines ou saoudiennes.
Thamir Assaf fait desormais lui aussi partie des 2 millions de personnes peuplant le département. Plus connu sous son ancien nom Saoud Al Fayçal, il fut dans une autre vie Ministre des Affaires étrangères du Royaume d´Arabie Saoudite jusqu´a son échéance. Connu aussi pour son art d’enflammer les foules contre la Colombie, jugée fondamen- -talement opposée aux valeurs de l´Islam wahhabite en ce qui concerne la drogue, le hasard de la vie a pourtant voulu qu´il se retrouve dans ce pays : après s´être fait rouer de coups dans les rues Londoniennes par de jeunes fanatiques d´Adenoid Watler et après les meurtres en série au Paraguay contre des membres de la Famille princière des Saoud.
Voulant rattrapper tout le temps perdu, Thamir avait décidé de passer un bon moment en famille aujourd´hui, au restaurant le plus réputé du coin. Ayant pris d´abord le temps d´y déguster un somptueux ajiaco, le plat typique de la colombie, il termina sa coupe remplie d´eau, puis se leva en direction des toilettes pour hommes. Alors qu´il urinait, il entendit derrière lui la porte s´entrouvrir. L´individu ne lui prêta pas la moindre attention mais,
à peine Thamir avait-il finit de pisser que quelqu´un vint le bousculer par-derrière.
<< Excusez-moi, vieux... Señor, je veux dire >>,
rectifia d´emblée l´inconnu d´une voix à fort accent.
Thamir ne réagit même pas, se contentant de se tourner vers la droite pour aller se laver les mains et quitter les toilettes. Il gagna le lavabo, ouvrit l´eau et c´est à cet instant qu´il regarda dans la glace. La plupart du temps, son cerveau fonctionnait plus vite que ses mains. Cette fois, il vit le regard de l´homme qui l´avait bousculé. Ils étaient banals, mais son expression ne l´était pas. Le temps que le cerveau de Thamir ait ordonné à son corps de réagir, la main gauche de l´homme s´était projetée en avant pour lui saisir le front, et un objet dur et acéré mordit dans sa nuque, juste à la base du crâne. Sa tête fut violemment rabattue en arrière pour faciliter le passage de la lame.
La mort ne fut pas instantanée. Dans le même temps, disparurent toutes sensations. Tout au plus restèrent quelques lointaines perceptions de brûlures au cou et le choc de la surprise subie ne leur permit pas de se muer en douleur véritable. Thamir voulut respirer mais ne comprit pas pourquoi cela lui était désormais impossible. L´autre le retourna pour le transporter dans un des compartiments des toilettes. Tout ce qu´il restait à Thamir, c´était la capacité de voir et de penser. Il vit le visage de son agresseur, mais il ne signifiait rien pour lui. Le visage lui rendit son regard, le considérant comme une chose, un objet.
Impuissant, Thamir le parcourut du regard alors qu´on le déposait sur le siège des toilettes. L´homme parut fouiller dans son pardessus pour lui dérober son porte monnaie. Était-ce la seule raison de cet acte, le vol ? Le vol d´un ancien ministre? Impossible. L´homme l´empoigna par les cheveux pour empêcher sa tête de retomber. << Salam aleikoum >>, dit son assassin. Il n´avait pourtant pas trop le type arabe.
Dans ses derniers moments d´existence, avant que son cerveau ne meure par privation d´oxygène ; Saoud Al Fayçal, alias Thamir se rendit compte qu´il ne pourrait pas partager d´autre moment avec sa famille, il ne pourrait pas rattrapper le temps perdu.
Le tueur s´assura que ses mains étaient propres, puis il inspecta ses vêtements. Mais les coups de couteau comme celui-ci ne provoquent guère d´effusion de sang. Il empocha le porte monnaie, et après avoir rajusté sa mise, il sortit. Il s´arrêta à sa table pour laisser les 45.000 pesos de l´addition pour son repas, y compris quelques billets de 50.000 pour le pourboire. Mais il ne reviendrait pas de sitôt dans ce restaurant. Cette affaire réglée, il sortit et traversa la rue. Il avait en arrivant noté la présence non loin d´une boutique de vêtements de luxe et il avait envie de s´acheter un nouveau costard.