Jacques Villeret est mort vendredi, à l´âge de 53 ans.
Depuis près de 35 ans, il avait décliné à la scène et à l´écran des rôles de souffre-douleur sympathiques.
Il venait d´achever trois films, dont «Iznogoud», sur nos écrans le 9 février.
UFD
C´était l´incarnation du con au cinéma français. Jacques Villeret devait cette association peu flatteuse à son physique rondouillard et ses yeux de chien battu - qui pouvaient aussi être rieurs. Mais son «enveloppe», comme il appelait son physique, l´aura finalement lâché à 53 ans, vendredi après-midi, à la suite d´une hémorragie interne. On sait aussi que le comédien souffrait du foie depuis plusieurs années. «Il avait cette maladie qu´est l´alcoolisme et on sentait qu´il flirtait avec la mort en permanence» a confié le réalisateur Francis Veber. L´acteur venait d´achever le tournage d´un film d´Yves Angelo, «Les âmes grises», et était en pleine promotion de «Iznogoud», adaptation de la BD de Goscinny et Tabary, où il incarnait le calife Haroun El Poussah ( sortie belge le 9 février). On le reverra aussi dans «L´antidote» de Vincent De Brus, avec Christian Clavier.
Jeune, il s´était rêvé en Cid, en Jean Gabin. Mais son professeur du conservatoire de Paris, Louis Seigner, lui révélera son potentiel comique. Né le 6 février 1951 à Loches, Jacques Villeret avait fait de brillantes études de latin-grec avant de se diriger vers le théâtre, au conservatoire de Tours d´abord, puis à la Compagnie Marcelle Tassencourt avant la classe de Louis Seigner. En 1972, Yves Boisset l´y repère et lui fait faire ses débuts au cinéma dans «R.A.S.».
Durant la décennie qui suit, Villeret mène alors de front une carrière théâtrale, produisant par cinq fois un «one man show» ( entre 1978 et 1983) ou enchaînant les vaudevilles, tout en gagnant en popularité au cinéma dans des comédies pas toujours mémorables. Il reçoit l´adoubement de Louis de Funès dans «La Soupe aux choux» ( 1981) de Jean Girault. Et si Villeret vénère son aîné, son style est moins viscéral: «Je ne suis pas très doué pour la grosse rigolade. ( ...) Je préfère les personnages qui ont quelque chose qui part de là-haut» confierait-il plus tard. Il flirte avec le drame, l´angoisse, les rôles de paumés. Claude Lelouch en fait son acteur fétiche, tournant avec lui à huit reprises. «Robert et Robert» lui vaut en 1978 le César du meilleur second rôle.
Dans les années 80, Jacques Villeret croise avec succès le chemin de l´équipe du Splendid, notamment dans «Papy fait de la Résistance» ( 1983) de Jean-Marie Poiré, où il est le frère de Hitler, émule de Julio Iglesias. Il retrouve Josiane Balasko dans «Un crime au paradis» ( 2001) ( 1) de Jean Becker, dans un contre-emploi de mari assassin.
Le dîner de cons
Mêlant les expériences, disant «vouloir tout faire», il tourne pour les réalisateurs les plus divers: Andrzej Wajda dans «Danton» ( 1982), Claude Sautet dans «Garçon!» ( 1983) où il formait un duo inattendu avec Yves Montand, ou même Jean-Luc Godard dans «Soigne ta droite» ( 1987). Mais il refuserait aussi, la même semaine, «Jean de Florette» et «Trois hommes et un couffin»... Entre 1990 et 1997, il triomphe sur scène avec son show «La Contrebasse» ( d´après Patrick Süskind), qu´il joue près de 600 fois, et avec «Le dîner de cons», pièce qu´il jouera 900 fois avant d´en reprendre le rôle au cinéma en 1997 ( 2). Le film de Francis Veber lui vaut un deuxième César, celui du meilleur acteur. Il reste le 10e meilleur score en salles en France, avec 9225000 de spectateurs.
Ces dernières années, on avait vu Jacques Villeret dans deux autres films de Becker: «Les enfants du Marais» ( 1999) et «Effroyables Jardins» ( 2002) où il démontrait son talent à la farce dans un contexte dramatique, sans sombrer dans le mauvais goût. Bertrand Blier ne s´était pas trompé sur son capital sympathie auprès du public en le conviant dans son film-chorale «Les Acteurs», en 2000.
Source : www.lalibre.be