Vendredi 28 Janvier 2005
Jacques Villeret, comique professionnel et comédien sérieux
PARIS ( AFP), le 28-01-2005
Jacques Villeret, mort vendredi à 53 ans, restera dans l´histoire du cinéma français comme l´interprète inoubliable de " La soupe aux choux" et du " Dîner de cons", incarnant l´archétype du comique alors que lui-même avouait être dépourvu d´humour.
Interrogé en 2003 par L´Express sur la façon dont il souhaiterait mourir, il avait répondu: " J´aimerais m´évanouir".
Paradoxalement, alors même qu´il avait accédé à la célébrité grâce à son talent de comique, Jacques Villeret reconnaissait lui-même son " manque d´humour". " On me le reproche souvent", avait-il avoué.
" Je suis perfectionniste au point d´en devenir obsessionnel. Faire du comique, c´est moyennement amusant : si je n´ai pas ce que je veux, si ça ne tombe pas au millimètre, je peux disjoncter et piquer des colères démesurées", disait-il.
Acteur de composition, Jacques Villeret a incarné très souvent le Français moyen, gentil personnage rondouillard assez naïf, souvent souffre-douleur.
Né le 6 février 1951 à Loches ( Indre-et-Loire), il suit les cours du conservatoire de Tours, puis de Paris, où il a comme professeur Louis Seigner. Jacques Villeret fait ses premières armes au théâtre ( "Occupe-toi d´Amélie", " Les Fourberies de Scapin"). C´est Yves Boisset qui, le premier, lui donne sa chance au cinéma, dans " R.A.S." ( 1972).
Il devient rapidement l´acteur fétiche de Claude Lelouch, avec qui il tournera à huit reprises et qui lui offre ses premiers rôles importants dans " Le Bon et les méchants" ( 1976) et surtout " Robert et Robert" ( 1978), qui lui vaut un César du meilleur second rôle.
Il est pour la première fois tête d´affiche dans " Bête mais discipliné" ( 1979) de Claude Zidi, mais c´est " La Soupe aux choux" ( 1981) qui l´impose définitivement aux yeux du grand public.
S´il interprète ensuite de nombreux rôles comiques ( "Papy fait de la résistance", " Les Frères Pétard"), il est à l´aise dans tous les genres, que ce soit les films intimistes ( "Le Passe-montagne"), historiques ( "Danton") ou plus dramatiques ( "Trois années"). On peut également citer " Garçon ! " ( 1983) de Claude Sautet, " Prénom Carmen" ( 1984) de Jean-Luc Godard ou " L´Eté en pente douce" ( 1987) de Gérard Krawczyk.
Après son premier César pour " Robert et Robert", il en obtient en 1998 un second, celui du meilleur acteur, pour " Le dîner de cons", de Francis Veber.
Il interprète dans ce film le rôle de François Pignon, qu´il avait créé au théâtre au côté de Claude Brasseur. Ce sera un succès phénoménal ( plus de 9 millions de spectateurs). Il enchaîne ensuite trois films de Jean Becker, " Les Enfants du marais" ( 1999), " Un crime au paradis" ( 2000), et " Effroyables jardins" ( 2002).
Fidèle à son image de Français moyen, il est un grand-père chargé de garder son petit fils perturbé par la disparition de sa mère dans le drame " Malabar Princess" de Gilles Legrand ou encore un père compréhensif mais lâche face à la redoutable Folcoche interprétée par Catherine Frot dans " Vipère au poing" ( 2004) de Philippe de Broca.
Il renoue avec la comédie en interprétant le Calife dans " Iznogoud" ( 2004) de Patrick Braoudé, où il donne la réplique à Michael Youn. Ce film doit sortir dans les salles françaises le 9 février.
Au théâtre, outre " Le dîner de cons", il avait joué notamment dans " La Contrebasse" ( 1990) de Patrick Süskind et en 2000 dans " Jeffrey Bernard est souffrant" de Keith Waterhouse.
Jacques Villeret était chevalier de la légion d´honneur.