INTERVIEW
Habib Beye monte au créneau 03/05/2005
Habib Beye n’a pas envie de revivre une saison sans coupe d’Europe. Il a donc choisi de tirer la sonnette d’alarme avant l´échéance déterminante de samedi. Le défenseur sénégalais insiste ainsi sur le besoin de fédérer toutes les «forces vives» du groupe marseillais.
Vendredi dernier, Habib Beye s’est assis sur le banc. D’ordinaire titulaire, le défenseur était ménagé pour ce match amical. Il n’a pas aimé ce qu’il a observé depuis cette position de spectateur. «J’ai vu quarante cinq minutes sans âme», déplore-t-il, tout en démentant d’éventuelles tensions au sein du groupe.
A l’approche du sprint final, il a choisi de tirer la sonnette d’alarme, sans s’exclure de cette nécessaire prise de conscience. «Si on veut aller en Ligue des Champions, il faut que nous fassions plus, tous, individuellement. Je ne crois pas qu’il y en ait des joueurs qui n’ont plus envie de s’investir ici. Mais si c’était le cas, il faudrait qu’ils se mettent naturellement de côté pour ne pas être un poids ou un frein pour l’équipe. C’est une question de respect. On a besoin de forces vives».
Selon le Sénégalais, l’OM peut encore aujourd’hui mettre la pression sur Lille et Monaco. Dès lors, la réception de Caen samedi au Vélodrome apparaît comme un match-couperet. «Caen sera déterminant. Si on fait une contre-performance, il faudra oublier la Ligue des Champions. Par contre, en cas de bon résultat, ce sera toujours accessible d’un point de vue comptable».
Beye a pu mesurer cette saison le vide créé par l’absence de matches européens. Il mesure les conséquences qui seraient engendrées par une année supplémentaire à ce régime : «Déjà, le club risquerait d’attirer beaucoup moins de joueurs. Et la saison risquerait d’être beaucoup moins passionnante à vivre. C’est ce qui s’est passé cette année. Personnellement, j’ai pris plus de plaisir en six mois de coupe d’Europe la saison passée que durant toute la saison 2004-05».
Les Olympiens occupent aujourd’hui la 4e place, synonyme de qualification à la coupe de l’Uefa. Quand il dresse le portrait des concurrents de l’OM, Beye est obligé de reconnaître que le classement actuel de sa formation n’est pas une injure à la valeur des uns et des autres.
«Lyon sera un beau champion. L’OL est meilleur sur tous les plans. Lille est une équipe collectivement beaucoup plus forte que nous. Ensuite, Monaco a des acquis de l’année dernière. Ses atouts la place au moins au même niveau que nous. Donc, il est clair qu’on ne pourra crier au scandale si demain on finit quatrième», estime-t-il. «Et si on termine 3e, on pourra dire qu’on aura fait une bonne saison».
En 2004-05, l’Olympique de Marseille a manqué de régularité. «Lyon n’a jamais eu de fossé dans la performance, contrairement à nous», regrette-t-il. «Nous, c’est soit tout mauvais, soit tout bon. Quand on voit les quarante dernières minutes à Nantes, on peut dire que l’OM est irrésistible. Evidemment, on ne peut pas jouer tout une rencontre comme ça, mais il faut au moins garder une régularité. Si je savais pourquoi, on n’en serait pas là. On doit trouver le juste milieu. Car c’est la régularité qui prime».
Conséquence, l’équipe a progressivement disparu du podium. «Avoir été deuxièmes trop tôt nous a desservi», analyse l’arrière phocéen. «Cette équipe n’était pas prête à assumer ce statut après être passée aussi rapidement de la 6e à la 2e place.
Ce n’est pas une question de niveau. On a dépensé tellement d’énergie pour revenir dans la course que quand on y est arrivé, il y a une petite démobilisation générale. Alors qu’on avait tout réuni pour faire une fin de championnat sereine…»
Meilleur olympien cette saison, Habib Beye a naturellement tapé dans l’œil des autres clubs, notamment étrangers. Mais quand un confrère s’amuse à lui demander quelle langue il parlera l’année prochaine, la réplique du défenseur est la suivante : «Je suis lié à Marseille, j’y ai encore un an de contrat et je m’y sens bien. Donc si je parle encore français la saison prochaine, ce sera ici et nulle part ailleurs».
Avant de conclure : «Mais aujourd’hui je ne me pose pas ces questions. Ce n’est pas le moment, par respect pour le club ni pour ne pas altérer mes performances. Ma préoccupation c’est les quatre derniers matches. C’est ça le plus important».
TROUSSIER : " C´EST SAIN"
Alors qu’il se présentait devant la presse après l’intervention d’Habib Beye, Philippe Troussier a qualifié de «sain que certains joueurs battent le rappel des troupes. Je le fais de mon côté, mais si en plus il y a des joueurs qui peuvent être des relais pour passer des messages de responsabilité au sein du groupe je m’en réjouis.
C´est bien qu´eux-aussi aient des actions pour faire prendre conscience individuellement à certains qu´ils doivent se mettre dans le rang. C´est la cuisine interne, et ça prouve que le groupe vit».