INTERVIEW
Troussier donne les clés du choc 29/03/2005
Philippe Troussier attend de ses joueurs qu’ils soient habités par les «valeurs marseillaises». Selon l’entraîneur olympien, qui vivra son premier OM-PSG, il faudra une «équipe costaude mentalement» pour «assumer la place de 2e et la charge émotionnelle» du rendez-vous de dimanche.
«Serein» et «excité». Philippe Troussier se qualifie ainsi à l’approche de son premier OM-PSG.
«C’est le match de l’année. Pas seulement à Marseille et en région parisienne, mais dans tout le pays. C’est un derby national comme un Barça-Real».
Son attente n’est pas pression. «Durant ma carrière, j’ai déjà eu des matches plus importants en terme d’enjeu», prend-il la peine de préciser.
L’entraîneur olympien n’ignore rien de la symbolique particulière de cette opposition. Il la compare d’ailleurs à un Corée-Japon : «On ressent la même chose en interne. Il n’y a pas besoin de dire aux joueurs d’être mobilisés. Il y a automatiquement un mécanisme culturel qui fait qu’ils ont envie d’être au rendez-vous. Il y a comme un contrat moral, ethnique, du fait du maillot qu’ils portent. Etre dignes, que les supporters marseillais soient fiers de leur équipe, c’est ce que tout le monde attend».
Sauf qu’il s’agit alors de sélections nationales, et que l’OM et le PSG ne comptent finalement peu de locaux parmi leurs rangs… «Oui, mais défendre l’identité marseillaise c’est quoi ? C’est se battre pour ce maillot, produire un football offensif, qui va vers l’avant parce que cela correspond à l’image de la ville, c’est afficher son caractère dans les duels, et rendre le public heureux. Quelque soient leurs origines, les joueurs devront être habités par ces valeurs», répond Troussier.
Le sacrifice d’Anigo
Après avoir insisté sur la notion de supplément d’âme, le technicien phocéen ajoute aussi un message à destination de ses hommes. «C’est une série de deux défaites consécutives contre Paris qui a fragilisé José ( Anigo)», rappelle-t-il. «J’espère que mes joueurs sauront s’en souvenir, qu’ils auront une pensée pour lui. Il ne faut pas que son sacrifice ait été vain».
Ces deux déconvenues, subies coup sur coup, marquaient les 7e et 8e défaites consécutives face au rival parisien. Des revers cuisants, douloureux. Des bleus à l’âme toujours vivaces ? Philippe Troussier n’y croit pas. «Ces traces-là se retrouvent chez le fan qui vit l’OM à 200%, pas chez l’athlète professionnel. La plupart des joueurs sont des internationaux. Ils ont intégré le principe de victoire et de défaite ( …) Et puis, ces 8 défaites sont étalées sur trois ans».
Pour mettre un terme à cette série, la méthode Troussier n’est pas de chambouler la préparation. Le coach marseillais assure n’avoir rien changé. Car pour lui, la «diabolisation» du match est le piège à éviter : «Le contexte psychologique de cette rencontre va s’inscrire tout seul, tout doucement. Lorsqu’on parle de derby cela dépasse allègrement le simple cadre du terrain. Les joueurs en ont conscience. Ils ont cette double motivation. Celle de gagner ce derby, et celle de rester deuxièmes».
Une équipe costaude mentalement
Selon lui, les clés du caractère et de l’expérience devront être dans le trousseau olympien. Plus encore que pour toute autre rencontre : «Le physique, le tactique, le technique, c’est le propre de tous les matches. Contre Paris, il ne faudra pas que le ballon soit brûlant. Le pied devra être ferme et les choix lucides. Il y aura, en outre, une organisation à conserver. C’est surtout là qu’on pourra mesurer le standing de l’équipe marseillaise».
Le «classique» aura valeur de test. «C’est un gros match attendu par tout le monde. On a besoin de gars qui assument leur statut et cette charge émotionnelle. C’est ça qu’on va tester», confirme Troussier. «Il faudra une équipe costaude. Pas au niveau du jeu, parce que je ne m’inquiète pas à ce niveau-là car on a des références. Mais une équipe costaude mentalement».