Troussier : " Le fantasme du titre n´est pas d´actualité" 01/03/2005
Déçu, Philippe Troussier ? Oui, mais uniquement parce que le résultat de dimanche n’a pas permis de consolider la deuxième place. Le nul ne l’inquiète pas, car il s’intègre dans une série très positive. Le titre ? «Ce fantasme n’est pas d’actualité», répond-il. Interview fleuve de l´entraîneur olympien.
L’OM peut nourrir des regrets après son nul contre Istres…
Philippe Troussier : «Il y a une déception sur le plan comptable. Parce que nous avions la possibilité de conforter notre deuxième place. Nous l’avons consolidé à moitié avec ce point, compte tenu des résultats de Lille et de Monaco.
Depuis mon arrivée, nous avons disputé onze matches. Sur cette série, nous sommes premiers. Et sur l’ensemble de la saison, nous nous classons deuxièmes. C’est ça la vraie statistique. Et elle a été faite avec des victoires à Lille et Toulouse mais aussi des défaites à Marseille contre Auxerre et Sochaux ou ce nul contre Istres. Je refuse d’isoler le match de dimanche dernier des autres rencontres. C’est le discours que je tiendrai à mes joueurs cet après-midi».
…
P.T. : «Je leur dirai aussi que notre classement actuel et nos objectifs nous confèrent un statut particulier. Il va falloir l’assumer lors des onze dernières rencontres. On a voulu être là. C’est la rançon de la gloire. Oui, tous les matches seront difficiles, comme l’ont été ceux face à Istres et Bastia».
Donc, cette contre-performance ne vous inquiète pas…
P.T. : «On a restauré la confiance dans le groupe. On ne va pas tout remettre en cause pour un match nul contre une équipe qui n’a eu le ballon que 35% du temps, qui n’a été qu’en opposition. Alors oui, Istres a été combatif, agressif. Mais quand l’OM a le ballon pendant 65% du match ce n’est pas de l’agressivité qui nous manque».
Istres a malgré tout beaucoup plus tiré au but que l’OM…
P.T. : «C’est une stat… médiatique. Les Istréens tiraient pour se débarrasser du ballon. Ils ne savaient pas trop quoi faire d’autre quand ils approchaient de notre surface et donc ils tiraient. Et ça allait dans les bras de Fabien. Nous n’avons tiré que cinq fois, mais à meilleur escient me semble-t-il».
«Ce match de Istres, il y a quelques semaines on le perdait»
Où se situe le manque selon vous ?
P.T. : «J’ai revu le match. Je n’ai rien à reprocher à mes joueurs sur leurs intentions de jeu. Ils n´ont pas manqué d´appétit. Ils ont été meilleurs qu’à Bastia. Ils ont été consciencieux. Ils ne se sont pas désorganisés. Ils n’ont pas balancé non plus comme une équipe de division 3. Ils ont toujours cherché à manœuvrer. En vérité, ce match de Istres, il y a quelques semaines on le perdait».
Istres est tout de même lanterne rouge…
P.T. : «Si on se base sur les résultats d’Istres depuis l’arrivée de Xavier Gravelaine, nous n’avons pas affronté la lanterne rouge, mais le 7e du championnat. Je crois même que sur cette période les Lyonnais sont derrière les Istréens».
Vous ne pouvez pas être satisfait du contenu de la rencontre…
P.T. : «Il y a eu des imperfections dans la lucidité, la précision. Notre jeu doit également être plus vertical. Et puis, un match comme celui de dimanche, avec ce type de rapport de forces, se joue aussi sur des détails. Sur les coups de pied arrêtés par exemple, que nous devons mieux exploiter. Sur des hors-jeu de Bamogo, aussi. Je pense à cette action où Batlles a une balle de but que Bamogo lui enlève alors qu’il est hors-jeu de quatre mètres…»
Les joueurs se sont plaints des conditions de jeu…
P.T. : «Elles sont valables pour les deux équipes. Mais il est vrai que ce froid de canard, ce vent violent ne pouvaient que niveler le niveau en faveur de l’équipe qui défend. Tout le monde évoluait avec un habit de glace. Cela s’est principalement ressenti dans le manque de liant, de disponibilité dans le jeu. Même le stade semblait mou».
«Le fantasme du titre n’est pas d’actualité aujourd’hui»
Il fera froid, aussi, à St Etienne, dimanche…
P.T. ( sourire) : «On a prévu du thé chaud, des gants et des collants».
Est-ce qu’un report du match vous arrangerait ?
P.T. : «Si nos concurrents directs, Lille, Auxerre et Monaco, perdent dans le même temps, c’est super. Par contre, s’ils font des bons résultats... C’est toujours difficile psychologiquement d’avoir des matches en retard. On peut prendre l’exemple d’Auxerre. L’AJA a donc maintenant ce match en retard contre Toulouse à disputer. La victoire n’est pas assurée, et même s’il s’impose il aura toujours trois points de retard sur nous…»
Le titre de champion est-il envisageable après le résultat de dimanche ?
P.T. : «Nous sommes dans le même cas de figure qu’Arsenal en Angleterre ou le Real en Espagne. Mathématiquement, nous ne sommes pas battus.
Nous étions à 8 points avant notre déplacement à Bastia. Nous sommes passés à 6 et puis revenus à 8 aujourd’hui. Je crois que nous allons rester dans cette mouvance dans les prochaines semaines. Pour passer devant, il faudrait que nous gagnions tout et que eux s’effondrent complètement. Je n’y crois pas. Focalisons-nous sur le fait de conforter nos positions. Et si à trois journées de la fin, on peut imaginer que si on fait tel résultat, etc… A ce moment-là, on verra. Le fantasme du titre n’est pas d’actualité aujourd’hui».
«Les changements sont nécessaires pour réamorcer la dynamique»
Les sorties rapides de Cheyrou ( 35e) et Costa ( 45e) sont-elles des sanctions ?
P.T. : «Non. Ce sont des changements tactiques. J’ai rapidement compris que nous allions avoir des difficultés. Nous n’allions pas suffisamment vers l’avant. C’est pourquoi j’ai envoyé Nasri s’échauffer dès la 25e minute. Il fallait faire des changements. C’est le rôle de l’entraîneur quand ça ne fonctionne pas. C’est nécessaire pour réamorcer la dynamique. Vous l’interprétez comme une sanction, mais moi je ne me focalise pas sur l’individu. J’écoute le bruit du moteur. Pour tout vous dire je suis tellement sensible à l’ensemble que parfois je me tourne vers Albert ( Emon), et je lui demande « qui a marqué ? ».»
Quel poids a pesé le forfait de dernière minute de Steve Marlet pour raisons familiales ?
P.T. : «Je m’interdis de dire que nous n’avons pas gagné parce que Marlet n’était pas là. Ce serait faire injure aux autres joueurs. Ceci dit, il est vrai que son départ précipité et imprévu dimanche a peut-être fait partie de ces détails qui nous ont contrarié. Il est également juste de dire qu’une complicité s’est créée entre Péguy et lui».
A St Etienne, Olembe sera suspendu. Et il y a pénurie d’arrières gauche…
P.T. : «C’est vrai. Il y a bien Beye qui peut évoluer à gauche. Il le fait d’ailleurs en sélection. Il y a aussi Ferreira ou Ecker. Mais la solution la plus logique, c’est Nakata. Il ne manque que son permis de travail. Le dossier est toujours entre les mains de la Préfecture. Même s’il manque de compétition, et que Geoffroy Guichard serait un sacré baptême du feu, j’espère pouvoir l’aligner. Dans cette optique, il est peut-être plus à l’aise dans une défense à trois».
Que pouvez-vous nous dire sur le jeune Taiwo ?
P.T. : «Je l’ai vu samedi ( contre Monaco avec le CFA). Il m’a fait une hyper grosse impression. Lui aussi est davantage dans l’esprit d’une défense à trois. Même s’il a du retard dans le placement et le replacement, je pense qu’on tient un joueur de qualité pour l’avenir».