BARTHEZ LE SAGE
« Il faudrait un peu arrêter avec Samir »
27 janvier 2005 - à Marseille - Olivier DE LOS BUEIS
Entre le match de Sochaux et le prochain à Toulouse, Fabien Barthez, le capitaine de l’OM, avait envie de rencontrer la presse. Pour parler des résultats de son équipe, bien sûr, mais surtout pour demander que la presse et le club fassent attention à protéger les gamins comme Menez et Nasri.
Décontracté, souriant bien qu’épuisé par l’entraînement matinal, Fabien Barthez avait un message pour la presse aujourd’hui. Il est venu expliquer pourquoi, selon lui, il faut laisser Samir Nasri tranquille. Car l’ultra exposition du « gamin » l’agace. Même si tout le monde n’est pas d’accord avec lui, le gardien de but défend ses idées jusqu’au bout. « Je n’ai rien à gagner avec lui », explique un Barthez qui se dit « en fin de carrière », même s’il rejette aujourd’hui l’idée de partir en pré-retraite au Qatar comme l’annonçaient certains journaux du Moyen-Orient.
Fabien Barthez, vous retrouverez Toulouse samedi. Cela évoque-t-il chez vous une émotion particulière ?
Oui, bien sûr. Il y a le match de football après-demain, dans un stade plein. Mais le problème n’est pas là. Depuis quelques semaines, ça fait partie du système… Quand je vois avant Marseille-Sochaux le duel Nasri-Menez dans les journaux, il y a du souci à se faire pour le football français. Moi, je ne savais pas qui c’était Menez. Je sais bien que la presse fait son travail mais on commence à croire que sans Samir Nasri, l’OM ne peut pas jouer. Il vaut donc mieux en parler car ça peut devenir un gros souci. S’appuyer sur un gamin de 17 ans, qui a trois matchs de Ligue 1 dans les jambes, c’est un gros danger. Avant tout pour le gamin et aussi pour le club, l’équipe et le reste. Il faudrait un peu arrêter avec Samir, laisser le gamin évoluer tranquillement. C’est un gamin de 17 ans : physiologiquement, il n’est pas à maturité. Physiquement, c’est pareil. Cela serait bien de le protéger. La presse fait son boulot mais il faudrait que le club le protège beaucoup plus.
Mais Fabien, depuis que Samir Nasri a pris le jeu à son compte, ça va mieux…
( Il coupe). Samir n’a rien pris à son compte. C’est ce que vous ne comprenez pas. L’équipe a changé parce que l’équipe a mieux défendu, parce que l’équipe a formé un bloc. Des mecs comme vous, vous ne protégez pas le petit. L’équipe a fait de bons résultats parce que défensivement, ça va mieux. Et je ne parle pas que des défenseurs et de moi. Toute l’équipe est restée très costaud. On marquait plus vite, on récupérait les ballons plus haut. Voilà ! Ce n’est pas Samir Nasri qui a fait des coups d’éclat, ce n’est pas vrai.
Comment expliquez-vous la défaite face à Sochaux ?
De joueurs étaient fatigués. Un joueur de 17 ans ne pouvait pas enchaîner trois matchs de suite, surtout des combats, des matchs de guerriers. C’était très physique. Tu ne peux pas demander à un gamin de 17 ans de faire un truc magique. J’ai vu Nasri samedi après le match ( NDLR : à Metz). Je lui ai dit : « maintenant fais attention. » Le résultat : c’est qu’on a essayé de l’attraper une fois, deux fois et à la troisième, ça a été le coup fatal et le petit n’a pas fini le match. Je parle avant tout pour lui. C’est un garçon adorable, qui écoute beaucoup, qui est respectueux. Je l’apprécie beaucoup. Je parle aussi pour l’équipe car ça devient un danger si on s’appuie uniquement sur Samir Nasri.
« Les jeunes ne vont rien m’apporter dans ma vie professionnelle »
Pour revenir à Samir, s’il est sans cesse titularisé, c’est qu’il n’y a peut-être pas d’autres solutions ? Et puis, il débloque les situations. Ce sont les entraîneurs qui le font jouer, pas la presse…
Il a débloqué les solutions parce que le bloc défensif était en place mais quand le bloc était plus bas, il n’a pas trouvé les solutions. Après, ce sont les choix de l’entraîneur. Pour moi, il faut le protéger et quand je vois avant un match le journal avec Nasri-Menez… Au lieu de voir Luyindula-Richert ou Santos-Beye ou Barthez-Santos… Excusez-moi mais c’est dangereux.
Mais vous avez connu ça en étant exposé très jeune à Marseille ?
Oui, mais à 20 ans. Et la différence entre 17 et 20 ans est très grande. Comme la différence entre 30 et 33 ans. Ce n’est pas pareil. Entre 17 et 20 ans, il y a un gouffre, ça fait beaucoup. Moi, je fais attention car je n’ai rien à gagner avec eux. Ils ne vont rien m’apporter dans ma vie professionnelle ou dans ma vie hors du terrain. Moi, je touche au bout de ma carrière et je n’ai rien à gagner avec eux.
« Il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr »
Contre Sochaux donc, c’était moins bon…
On n’a pas gardé nos bases. Il faut avant tout rester en bloc et il faut bien défendre. Vous restez sur trois victoires consécutives et c’est là qu’il faut se remettre en question. C’est là que l’esprit de compétiteur entre en jeu. C’est là qu’il faut savoir gérer nos matchs. Parce que maintenant, il y a cette gestion du calendrier à avoir. Il reste seize matchs. Nous sommes à quoi ? Sept, huit points du second ? Bon, il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr ! Tout le monde sait que les titres se jouent au mois de mars. Nous en mars, nous aurons le championnat et les autres équipes auront aussi la Coupe d’Europe. C’est ce qu’on n’a pas su faire mardi : gérer le match nul pour prendre un point. Ça suffisait un point. Il ne fallait pas chercher à attaquer. Ça se sentait. Je suis aussi responsable, je n’ai pas assez gardé le ballon avec moi pour montrer qu’il fallait calmer un peu le jeu. On a fait ce faux-pas après trois bons résultats. Nous sommes toujours dans les temps. Pour moi, la saison se jouera en mars. Il faut qu’on prenne nos points et qu’on accélère en mars. Après en mai, on rencontrera nos concurrents directs et ça sera des gros matchs.
A Toulouse, quelle sera l’ambition ?
On part toujours avec de l’ambition. Ça serait grave d’ailleurs de ne pas l’avoir. On va là-bas pour récupérer le maximum de points possibles mais il va falloir jouer avec intelligence et expérience face à une équipe qui vient de perdre à Ajaccio. C’est un match à six points. Il faudra retrouver nos bases.
Vous pensez toujours pouvoir atteindre votre objectif ?
Oui, parce qu’avec la victoire à trois points, ça va très vite. En l’espace de quinze jours, vous passez de la troisième place à la huitième. Il y a un super coup à faire d’ici la fin de saison. L’état d’esprit est toujours là. Les gars étaient bien concentrés avant Sochaux, il n’y a pas de souci de ce côté-là. Il y a une gestion des événements à venir qui fera la différence. Dans ce groupe, ce qui est bien, c’est qu’on se dit les choses. C’est bien, on n’a pas peur de se reprendre de volée entre nous. Ça se fait dans le respect. C’est positif.