Hélène Foxonet, " l´équipe" ( copié colé d´un autre forum)
Les raisons de la crise
Tous les ingrédients du malaise marseillais peuvent s´expliquer à travers l´histoire du recrutement.
COMME SOUVENT, pour comprendre ce qui se passe aujourd´hui à l´OM, il faut remonter à l´intersaison. Les Marseillais sortent d´une année plutôt décevante en L 1 ( 7"), marquée notamment par un changement d´entraîneur. José Anigo, pressenti dans un premier temps pour seconder Perrin, le remplace à la mi-janvier et sauve l´ensemble de la saison par un parcours aussi exceptionnel qu´inattendu en Coupe de l´UEFA ( battu en finale par Valence, 0-2). L´entraîneur marseillais est alors reconduit dans ses fonctions, secondé par Pape Diouf, nommé manageur général. II est question, lors de ce marché d´été, de s´appuyer sur l´ossature de l´année précédente et de la renforcer par un excellent joueur dans chaque ligne. Jusque-là, l´équipe s´appuie sur trois leaders, déterminants tant sur le terrain que dans le vestiaire : Drogba, Dos Santos et Hemdani. Quelques autres jouent le rôle de moteur comme Flamini — un signe fort pour les jeunes du centre de formation —, comme Meïté et... Camel Meriem qui doit, à ce moment-là, être conservé. En tout cas, c´est ainsi qu´Anigo a pensé son équipe.
Les premières recrues, Déhu et Bamogo, arrivent. Pedretti et Cheyrou suivent rapidement. La logique, fin juin, est respectée. Mais « l´affaire Flamini » éclate. Pour ne pas lui avoir fait signer rapidement son premier contrat professionnel — démarche logique quand on compte sur un jeune du centre —, les négociations capotent devant les exigences inacceptables, selon les dirigeants marseillais, de son entourage. Flamini finit par signer à Arsenal à la mi-juillet. Suit alors le départ annoncé de Brahim Hemdani pour Bolton. Le joueur n´apprécie pas les conditions salariales qui sont les siennes et souhaite changer d´air alors qu´il ne lui reste qu´un an de contrat. Les arrivées de Pedretti et de Déhu lui donnent aussi à penser qu´on ne compte . pas forcément sur lui, ni derrière ni au milieu.
Au même moment s´échappent des rumeurs concernant le départ de Didier Drogba. L´avant-centre marseillais, auteur d´une saison remarquable et pilier du vestiaire, n´est plus intransférable, comme cela avait été annoncé auparavant. Inexpérimenté, sans doute, pour ce premier mercato et soumis aux multiples pressions du club, Anigo n´ose pas — ne peut pas — s´opposer à ce départ. Bref, l´édifice s´écroule. La logique de construction de l´équipe n´est plus respectée et la confiance de ces joueurs, qui ont signé pour jouer avec lui, bafouée.
La procédure de remplacement est très périlleuse. La logique fondée sur le mythe marseillais—et la psychologie ambiante—voudrait que l´on remplace une star par une autre. Sont annoncés : Eto´o, Koller, Saviola, Morientes, entre autres. Les dirigeants marseillais travaillent donc dans l´urgence, sans prendre le temps d´approfondir d´autres principes de jeu et d´affiner le profil des recrues. Pape Diouf est aussi inexpérimenté qu´Anigo dans cet exercice difficile qu´est la reconstruction d´une équipe, sans ligne directrice précise.
Deuxième handicap, tous les dirigeants de France connaissent désormais le prix de Drogba, estimé à 36 millions d´euros, même s´il est sans doute inférieur. L´OM est redevenu la poule aux oeufs d´or. Le manageur général pense donc à Luyindula, son ancien joueur, international, sans se préoccuper davantage du problème de la complémentarité avec les autres attaquants. De la même manière, l´urgence pousse les Marseillais à recruter un joueur indiscutable la saison passée – Eduardo Costa – pour remplacer Hemdani. Mais sans mesurer sa compatibilité avec Pedretti. Le joueur d´origine algérienne va, en plus, finir par revenir, sans plus être en mesure de jouer son rôle.
Quant au président, il lorgne sur Lizarazu, ancien champion du monde, comme Barthez. Cela règle le cas Dos Santos qui, lui non plus, n´est pas retenu par Anigo et préfère laisser la place en signant à Benfica le coeur gros. Exit le dernier leader du groupe. Ceux-ci n´ont, à ce jour, pas été véritablement remplacés dans le vestiaire ou sur le terrain, même si certains aimeraient bien l´être, comme Déhu. Mais, en la matière, l´auto-proclamation ne suffit pas toujours. S´ajoute aussi à cette incohérence dans le recrutement un déficit dans le jeu, dont le projet est encore à définir en début de saison, et un problème de confiance en les dirigeants, qui ont dit tout et son contraire. Notamment sur Drogba. Plus difficiles encore à supporter, quelques déclarations sur « la meilleure équipe jamais offerte depuis dix ans ». Cette phrase de Christophe Bouchet, sans doute prononcée dans un moment d´euphorie, est à rapprocher de l´erreur commise il y a quelques années par Yves Marchand sur sa stratégie : « L´équipe est un moyen, pas une fin. »
Aujourd´hui, ces errements ont créé des failles dans le trio. Elles prennent, après ces deux défaites contre le PSG, des allures de gouffre. Quand, en plus, les défaillances individuelles – cause ou conséquence – ne sauvent plus les apparences, la remise en question est indispensable.