13 novembre 2004, stade Vélodrome: l´Olympique de Marseille, pourtant sixième du classement de Ligue 1, peut bien s´imposer (2-0) face à Strasbourg dans un stade silencieux, où la plupart de ses supporters lui imposent une grève des encouragements, son public, ulcéré par l´indigence du jeu pratiqué depuis le début de la saison, lui tourne le dos... Moins d´un an plus tard, l´OM, vingtième de L1 et auteur du pire début de saison de son histoire, garde pour l´instant, à l´image de son entraîneur Jean Fernandez, la confiance de ses supporters.
Ainsi vont les rapports toujours très complexes entre le club olympien et ses fidèles supporters. Marseille peut bien cette saison afficher un calamiteux bilan de trois défaites et deux matches nuls pour aucune victoire après cinq journées de championnat, l´OM garde pour l´instant la confiance de sa base, sans doute consciente des limites de l´effectif cette saison, là où le recrutement « très international » du dernier exercice avait fait naître tous les espoirs. Pour autant, à la veille d´un déplacement à Sochaux dimanche aux allures de match couperet, la patience marseillaise pourrait avoir atteint ses limites...
Fernandez: "Nous n´avons pas commencé ce championnat pour être champion..."
Préservé, l´OM l´est malgré ses insuffisances du moment sur le front du championnat. Son attaque en berne (12e de Ligue 1 avec 4 buts inscrits) mais surtout sa défense (9 buts concédés en 5 journées) que seule l´exception rennaise parvient à devancer, en d´autres temps, aurait pu conduire à un embrasement du microcosme marseillais. Inquiète et agitée devant l´urgence de la situation, la Canebière réserve encore sa colère. Mais jusqu´à quand... De ce point de vue, la situation de Jean Fernandez s´avère exemplaire. D´ordinaire, à Marseille, et plus encore sans doute que nulle part ailleurs, l´entraîneur constitue le fusible idéal.
L´ancien entraîneur messin qui, en bon Marseillais, n´ignorait rien du contexte qui lui était promis au moment de quitter la quiétude lorraine, bénéficie depuis son arrivée d´un état de grâce dont aucun de ses prédécesseurs avant lui sur le banc marseillais n´a sans doute jamais pu bénéficier. Son profil d´homme intègre, de technicien respecté et réputé, mais aussi sa connaissance de la maison OM, sont autant de paratonnerres qui, pour le moment, lui ont assuré d´échapper à la vindicte populaire et au lynchage médiatique auxquels José Anigo, la saison dernière, en une situation autrement moins catastrophique, avait été livré. La qualification pour la Coupe de l´UEFA, et le match retour de gala produit face à La Corogne (5-1), auront fini de repousser le spectre d´une chasse aux sorcières... L´homme qui a ramené l´Europe à Marseille, comme on a eu vite tôt de le surnommer à Marseille, au lendemain de la folle soirée vécue face aux Espagnols, réclame du temps pour modeler l´OM à sa guise, et pour l´instant en bénéficie.
Mais son discours reposant sur un héritage plombé qu´il faut progressivement épurer ne tiendra qu´un temps. A l´heure du déplacement à Sochaux, où l´OM ne s´est plus imposé depuis 14 ans et une victoire (3-2) lors de la saison 1991-1992, Jean Fernandez n´adopte pas un autre discours lorsqu´il déplore les difficultés endémiques de l´OM en défense depuis plusieurs saisons et fait valoir ses compétences de « monstre » de statistiques lorsqu´il relève les deux seuls matches sans but encaissé sur les 23 derniers matches officiels de l´OM. En clair, avec un tel outil entre les mains, Fernandez ne peut prétendre faire des miracles: "Nous n´avons de toute façon pas commencé ce championnat pour être champion mais plutôt pour construire une équipe", souligne l´intéressé sur le site du club. Un discours ressassé, martelé à chacune de ses sorties par l´entraîneur marseillais. Au point d´en convaincre tout un club...