Bah, pose-toi la question dans l'autre sens. L'inhumain n'est-il pas à proprement parler ce que seul l'humain peut être ?
Un animal n'est pas humain, mais sa conduite n'est pas inhumaine, elle est animale. Grossièrement, tu peux considérer qu'inhumain a deux sens.
1/ Un sens descriptif : est inhumain ce qui ne comporte pas la caractéristique d'humanité. (sens très vague, parce que relatif au concept d'humanité). Un animal est alors inhumain, mais dans d'étroites limites. Par exemple, le singe a, par bien des aspects de sa vie sociale, de sa sexualité, de sa façon de se servir des outils, un caractère moins inhumain qu'un prédateur solitaire, sans vie sociale, dont la sexualité est purement reproductive, qui ne se sert que de ses crocs.
2/ Un sens normatif : l'inhumain est un jugement porté sur un être de qui on pourrait attendre l'humanité. Si je dis : "Tel assassin-cannibale est inhumain", tu te doutes bien que je ne dis pas "Il ne fait pas partie de l'espèce humaine". Inversement, un lion qui dévore un petit malformé à la naissance, donc un acte similaire, ne sera pas dit inhumain. Bref, juger un acte inhumain, c'est supposer que l'individu qui le commet est déjà humain, est censé être humain. Et c'est là où la thèse de Arendt est forte : finalement, le pire des maux, c'est le mal commis par une personne banale, l'inhumanité au fond de l'humain banal, la "banalité du mal".
Ce que l'on voit, c'est que de ces deux sens, généralement, on a tendance à s'appuyer sur le deuxième, avant tout parce que notre langage est rarement purement descriptif. De sorte que l'humain serait bel et bien le seul être qui puisse commettre un acte inhumain.
Cela pour une première partie de ta dissertation. Il y a encore énormément de trucs à dire à ce sujet. En fait, le principal problème tient ici de la définition d'inhumain. Exemple con, parce que je viens de passer deux jours à pleurer devant Mirai Nikki :
Yuno, qui tue tout le monde dès qu'on approche de son amour, est-elle inhumaine ?
Ou, dit plus brutalement : un fou est-il inhumain quand il tue quelqu'un ?
Quel critère, donc, permet de dire qu'une personne est inhumaine ? Parce que dans le jugement d'inhumanité, pris non plus dans son sens descriptif mais normatif, autrement dit, dans l'idée d'un humain qui n'agit pas conformément à ce que l'on attendrait de lui, il y a une mise à distance. L'inhumain, ce serait l'homme qui par ses actions se voit déchu de son humanité. Il est ce qui est à la fois trop proche de nous, et ce que nous rejetons le plus. Le parallèle avec la folie est donc parfaitement approprié, si l'on en croit l'histoire que dresse Gladys Swain du "traitement moral" de la folie.
Bref, cela pour te dire surtout qu'il n'y a pas paradoxe absolu. L'allure de paradoxe doit surtout être comprise comme une façon de te faire redéfinir les termes du problème. Par contre, le piège serait de chercher à définir ce qu'on entend par humain, car c'est une notion éminemment culturelle. Tu pourrais d'ailleurs faire remarquer, en troisième partie, que l'inhumain n'a de sens que dans une culture donnée, que l'inhumain au Québec n'est pas l'inhumain de Papouasie.
D'où trois aspects.
1/ L'inhumain peut être entendu a) soit comme ce qui n'a pas le caractère d'humanité et est alors purement descriptif; b) soit comme jugement, comme déchéance de l'humanité, et est alors normatif. Dans ce deuxième sens, qui est le plus courant, seul l'humain peut être inhumain.
2/ Mais ce jugement repose sur une idée de ce que nous appelons l'humanité. Si nous admettons une définition de l'humain fondé sur la raison et sur l'agir bien, nous arrivons à des paradoxes. Peut-on dire d'un fou criminel qu'il est inhumain au sens normatif ? Peut-on même dire qu'il est humain ? Le fou, c'est à la fois le plus proche de nous, à la fois ce que l'on écarte, bref, la figure du fou est le type de l'inhumain, et c'est pourquoi on a tendance à assimiler le fou et le criminel du moins dans les débuts de la psychiatrie. (voir Foucault)
3/ Mais si l'on veut définir l'humanité par le bien-agir, alors il faut définir ce bien-agir, qui est défini par la culture. En conséquence, non seulement seul un humain peut être inhumain, mais la notion même d'inhumanité ne peut être conçue que dans le contexte d'une culture, bref, que par un être humain. L'inhumain, c'est donc le concept appliqué par un être humain à ce qu'il considère comme ne relevant pas du modèle d'humanité qu'il a construit.
Ceci étant indicatif, et n'ayant pas valeur de plan pour ta dissertation. Mais je pense que ce sont trois idées que je mettrais en valeur.