Peut-être parce que la première personne venue qui s'est intéressée à l'économie sait que le système capitaliste contient forcément en lui des crises afin de purger les finances; peut-être aussi parce qu'il est très simple de prédire qu'une crise surviendra sous peu, précisément pour cette raison même. D'autant qu'il faut noter le vague de ces déclarations. "Sous peu". En économie, sous peu, c'est dans le mois qui suit, pas dans les quinze ans. Donc bon, puis-je me faire passer pour un médecin intéressant si je dis que cet hiver il y a des rhumes ?
Le Pen a dédiabolisé le FN... Et on l'a bien aidée, hein. Elle n'a pas fait ça toute seule. Guéant est la caution raciste de l'UMP. Avec lui, la haine a trouvé le chemin d'une expression politique. Le vote FN était à peu près évident dans les conditions actuelles, où l'on cherche à pointer du doigt les bouc-émissaires. Surtout, en se présentant comme antisystème alors qu'elle-même est parfaitement intégrée dans le système, à la fois comme représentation d'une menace sur la démocratie libérale, à la fois comme tenant d'un système financier dont elle jouit (Le Pen est une des plus grosses fortunes de France, pour des raisons peu claires), elle parvient à se poser comme une opposition... Opposition de droite à des mouvements de droite.
Bayrou avait joué ce rôle en 2007. Opposition de droite à un gouvernement de droite. En présentant sous des allures charitables une politique indexée sur les principes qui régissent les entreprises, il transformait l’État en un vide qui ne pouvait plus que se soumettre à l'union européenne telle qu'elle s'est constituée, c'est-à-dire comme communauté économique européenne. Communauté elle-même de droite.
Ce qui est terrible, c'est que les choses ont tourné de telle sorte que la droite se retrouve seule avec elle-même. Hollande ne revient pas sur la retraite à soixante-deux ans, il ne revalorise pas réellement le SMIC, son programme n'est pas "ambitieux", comme l'ont dit des économistes partisans, il consiste juste en une reculade permanente, et une tension vers la droite. La situation politique actuelle est celle-ci : deux mouvements parfaitement intégrés dans un système bipartiste, représentés par Bonnet-Blanc et Blanc-Bonnet, avec les voix de Le Pen qui, malgré les belles déclarations, est d'ores et déjà considérée comme l'arbitre des élections (notamment par des journaux tenus par les copains de Sarkozy, ce même Sarkozy qui fait comme si les voix de Le Pen ne l'intéressaient pas). On reste donc dans une trichotomie où le discours ne fait que changer de forme, tandis que le fond reste le même.
L'autosatisfaction de la démocratie libérale se retrouve ici. Les français se retrouvent dans une situation où on ne leur propose guère un changement d'analyse, mais où toutes les analyses proposées sont déjà entachées par le sentiment d'une normalité sociale capitaliste. Le sens bourgeois étant devenu le sens commun, le commun est devenu possession de la bourgeoisie. L'aliénation actuelle n'a rien à envier à celle d'il y a quelque cent cinquante ans. Mais la démocratie libérale qui conçoit le rôle du peuple comme un opiner a depuis longtemps délaissé le changement de point de vue, et fonctionne en vase-clos : par là, elle se fait précisément l'antilibéralité par excellence. Il n'y a qu'à voir, d'ailleurs, les changements constitutionnels du dernier mandat; le pouvoir excessif des médias et son acoquinement avec le pouvoir politique; celui des sondages (Parisot est PDG d'un de ces instituts)... L'opinion publique est une création. Partant, la libéralité de la démocratie libérale devient une antilibéralité, et la démocratie une dictature de l'uniformité.