Qu'on devient majeur. Adulte, c'est beaucoup dire.
En revanche, la philosophie n'est pas endormante si on parvient à y trouver un intérêt, c'est-à-dire, à passer outre l'utilité immédiate que l'on vante dans notre société occidentale moderne. Il faut prendre son temps, se pénétrer des idées, réfléchir, s'étonner, en un mot, et ne pas laisser simplement le monde se poser et s'op-poser à nous comme une puissance extérieure. La philosophie, c'est rien moins que l'esprit entrant dans le monde et le rendant pensable et accessible pour lui-même; par conséquent, c'est par la philosophie que tout travail d'humanisation commence. Ainsi, les sciences physico-chimiques reposent sur des postulats qu'elles ne peuvent pas démontrer sous leur point de vue : la matière, la force, l'énergie, sont des inconnues, qu'on peut plus ou moins quantifier, mais surtout des objets métaphysiques. D'ailleurs, quand on étudie les conception de l'atome chez Thomson ou Faraday, on remarque assez rapidement qu'elles sont métaphysiques; de même, si l'on cherche à trouver une définition de la force, il nous faut entrer dans la conception philosophique du monde comme somme de puissances opposées et contradictoires, etc.
Donc si, c'est passionnant, la philosophie, ne serait-ce que parce que c'est avec elle que tout commence, et que c'est en elle que l'esprit doit terminer, lorsqu'il se prend enfin lui-même comme objet.