- Profitons de ce brouhaha pour nous éclipser. Mieux vaut ne pas trop traîner. La rumeur de votre présence ici a déjà fait le tour de la ville. Ramassez votre ami et suivez moi, il faut que je vous parle.
Tendu sur la pointe des pieds monsieur Cube sautillait tant qu’il pouvait pour faire parvenir ses paroles à hauteur des oreilles de Ker-Nobi qui s’était quant à lui plié en deux pour tenter de les comprendre.
- Quitter ces lieux ? J’y pensais sérieusement depuis que mon pantalon s’est déchiré de haut en bas tandis que je me contorsionnais pour essayer de vous entendre. Dommage, je comptais me mesurer à quelques bons lanceurs de fléchettes locaux, mais ma dignité me l’interdit désormais.
- Vous aurez bien assez tôt l’occasion de faire la démonstration de vos talents de lanceurs face aux hommes du Général. M’est avis qu’ils sont déjà à vos trousses. Aux aguets sûrement. Retrouvez moi derrière « La rigole », je vous y attends.
Le clin d’œil adressé par Laurélie à son intention rassura Ker-Nobi (tout en l’interpellant car elle n’avait qu’un œil). Malgré tout, d’un leste coup de pied dans les cotes il réveilla le professeur.
- Debout « 4 mains », il faut mettre les voiles, y’a du pansement dans l’air(*).
Après plusieurs tentatives infructueuses, Singe parvint à s’asseoir puis se relever. L’un supportant l’autre, les deux géants se retrouvèrent dehors l’instant d’après. Monsieur Cube Coifeurpourome les attendait comme convenu derrière l’établissement de Laurélie Hardy.
- Chuuut, moins de bruit, il faut rester le plus discret possible. Dites à votre ami velu d’arrêter de chanter s’il vous plaît. Il va nous faire repérer. Et maintenant suivez moi.
Le vin et la bière aidant, hilare à la vue de la culotte de Ker-Nobi, Singe avait effectivement entonné sans réserve cette jolie comptine enfantine :
- « Son pantalon, est décousu… et si ça continue on verra l’trou d’son … … »
D’une pichenette géante Ker envoya valdinguer son bruyant et titubant ami dans le fossé.
- Faut pas lui en vouloir, voila des chandeliers qu’il se morfondait dans notre manoir du comté de Sploutch. Alors pour sa première sortie il a une fâcheuse tendance à se lâcher un peu trop.
- Des « chandeliers » ? Vous voulez dire des lustres ?
- Oui, c pareil, des trucs qu’éclairent depuis longtemps quoi. Tiens, regarde, il est déjà sur pied l’animal.
- Et hop, une petite gorgée de notre « fée à l’eau de vie » m’a remise sur pied. J’avais complètement oublié cette bouteille. Elle est tombée de mon barda dans ma chute. Très efficace comme médecine.
- Allez, suffit la rigolade, dépêchons nous, reprenons notre route. Et évitez de vous mettre entre la lune et moi, ça me fait trop d’ombre, j’y vois rien… en plus j’ai pas mes lunettes.
(*) mais à cette époque il n’y avait pas encore d’air dans les pansements…