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Les odeurs de la ville chatouillaient les narines des deux géants qui salivaient en silence, imaginant secrètement la première taverne qu’ils allaient investir. Leur humeur était au beau fixe. Après ces quelques jours de marche ils allaient enfin pouvoir se rassasier et faire ripaille. En quelques mots : prendre un peu de bon temps.
LA était fidèle à sa réputation de petite bourgade du littoral cosmopolite et animée. En parcourant ses rues pavées on y croisait sorcières, fées, elfes, magiciens, lutins et tout le tintouin vivant apparemment en bonne intelligence. Certes persistaient quelques tensions entre divers clans, mais chacun s’efforçait de ne pas perturber cette quiétude. Il en allait de la réputation de la cité et de son économie florissante basée sur le tourisme. Aussi, tout y était adapté pour pouvoir accueillir quelque espèce féerique que ce soit. Chaque établissement public possédait notamment sa « grande » et sa « petite » porte.
C’est donc par la grande porte que Singe et Ker-Nobi pénétrèrent dans le premier bouge qui s’offrait à leurs yeux gourmands.
« La Rigole - Maison HARDI - Since 832 ».
Le nom leur plaisait bien et l’aspect de l’imposante taverne semblait conforme à leurs attentes. D’ailleurs sa devise, gravée sous son enseigne, était on ne peut plus explicite : « Hardi soit celui qui pénètre en ce lieu, plus Hardi encore celui qui en ressort ».
- Hardi ? Hardi ? ce nom me dit quelque chose murmura Boulaouane en shootant violemment dans la porte.
Leur entrée ne fut donc pas des plus discrète. Refermant le passage tout aussi violemment qu’il avait été ouvert, Singe, en amateur d’art averti, ne manqua d’apprécier les conséquences du coup de pied de Boul’.
- Remarquable, cette incrustation d’elfes dans la paroi murale, sont-ce de vrais fossiles ?
- Permettez moi d’en douter cher ami, l’artiste semble avoir tout fraîchement œuvré.
- J’en conviens, quoiqu’il en soit, il s’agit là d’une performance tout à fait « originale ».
Alertée par le vacarme la tenancière des lieux avait quitté son bar et, poings sur les hanches, se tenait planté devant nos deux énergumènes.
- Saperlipopette, mais qu’est-ce que ce bazar ? Regardez moi ça ; et ils n’avaient même pas payé leurs consommations…
- Mille excuses Dame Hardi l’interrompit Boul’. Le butoir de la porte a dû céder. Mais soyez certaine que nous ferons en sorte de vous dédommager. Je me présente, Maître Boulaouane Ker-Nobi, et voici mon compagnon de route, Professeur Singe, pour vous servir.
- Ker-Nobi ? ?? Maître brasseur de pères en fils, détenteur du pouvoir du trompe l’œil ainsi que maître d’armes ? Vous ne me reconnaissez pas ? C’est moi Laurélie…
- Laurélie… Laurélie Hardi ? Mais bien sûr. Et moi qui pensais que tous les ogres avaient quitté la région. Frère Singe, nous nous devons d’arroser un tel évènement !
Mais le prof était depuis belle lurette accoudé au comptoir, fanfaronnant devant 2 envoûteuses ( qui l’avaient déjà bien envoûté). Il s’employait effectivement à jouer avec son système pileux qu’il hérissait par à-coups successifs.
- Et hop, hérissé ; et hop, plus hérissé…
Une bonne claque dans le dos le désenvoûta illico.