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Maintenant que les corps étaient reposés et la voie libre, il fallait repartir. Et oui, c’est bien beau d’aller faire le mariole dans la forêt magique, mais nos deux géants ont encore bien du chemin à parcourir. Un long et périlleux périple les attends.
- Le problème, souligna Ker-Nobi, c‘est que sorti de ce bois, sans GPS, nous sommes paumés. Nous n’avons que ton instinct sur lequel compter. C’est pas gagné… et en plus il est de notoriété publique que mon sens de l’orientation n’a d’égale que ma connaissance en ergonomie cognitive… Bref, quelle direction prenons-nous ?
Singe, du haut de sa toison toisait Boul.
- Le SUD !
- Le sud ? Là où le temps dure longtemps ?
- Exactement, et cela nous permettra de gagner du temps !
- Alors là, tu m’épates Singe… et comment Môôôssieur le professeur sait-il cela ?
- Ecoutes Ker ; je viens de te le dire, je n’ai pas envie de perdre de temps. J’ai une faim d’anthropoïde, une soif de dinosaure déshydraté et y’a pas un bistrot à l’horizon. Alors écoutes moi et tais toi. J’ai sur moi une carte fort rare qui nous sera d’une grande utilité. Elle est tombée du bouquin qui a occis mademoiselle Rose au cours de la bagarre la veille de notre départ. Elle indique toutes les villes magiques, et les chemins pour s’y rendre. Voila qui devrait donc nous éviter bien des désagréments.
- Bien que ta mère eût fauté avec un yéti, je constate avec enthousiasme et surprise que tous tes gènes ne viennent pas de lui. Allez, fais moi voir cette carte !
Singe sorti de la poche de son burnous un vieux parchemin qu’il tendit à Boul’.
- On voit rien là-dessus ?
- Elle est dessinée à l’encre magique. Il faut l’humidifier pour qu’elle révèle ses secrets.
- Mais avec quoi sombre crétin ? Nous ne disposons que de quelques futailles d’eau de vie et il est hors de question qu’on les gaspille. De toute façon, la carte n’y résisterai pas. Qu’à cela ne tienne, il faut l’humidifier ? Je m’en occupe.
Boulaouane huma avec frénésie le goulot d’un vieux cru de Sploutch ce qui eu pour conséquence de le faire méchamment saliver. Puis, tendant à bout de bras le parchemin, il l’inonda d’un épais jet de salive. La réaction fut immédiate. Tour à tour inondés par l’écume buccale, chemins et villages apparaissaient sur le papier pour finalement constituer une véritable carte précise et détaillée. Ker énonça un à un les noms qui s’affichaient sous ses yeux ébahis : Sploutch ; Pensylvania ; Twnn ; Yeur ; Prll….
- Ah non pas Prll. Ca nous rallongera un peu, mais faut qu’on évite ce patelin.
- Tiens ? et pourquoi donc ?
- D’abord c’est plein de nains et il y pleut tout le temps. D’ailleurs le dicton populaire le dit bien : « A Prll ne te découvre pas d’un fil » ! Passons plutôt par LA, il paraît que c’est une petite bourgade cosmopolite fort sympathique et très animée. De plus, j’y ai une dette à honorer… un compte à régler dirons-nous plutôt.
- Pourquoi pas ; un bon bol d’air marin ne nous fera pas de mal. C’est d’accord, mais pour l’atteindre, il nous faudra traverser un territoire humain… de nuit, cela ne devrait pas poser trop de problèmes…
Ker-Nobi n’écoutait plus. Le casque vissé sur les oreilles, il battait la mesure et s’évertuait à réaliser quelques subtils pas de danse dans un champ de pommes de terre.
- Mais qu’est-ce que tu fabriques ? T’as pris un coup de froid ?
- C’est James Brown ! Le « Mashed Potatoes » monkey brother ! Mortel ! Puis il faut bien que l’on s’équipe en victuailles avant d’entamer notre périple. Une bonne purée sera la bienvenue. Ca ne va pas être long. Le temps que j’achève mes prestations chorégraphiques, profites-en pour ramasser quelques restes de fées et mets les en décoction dans notre breuvage. Cela le parfumera agréablement et décuplera ses pouvoirs régénérant. C’est feu mademoiselle Rose qui m’a donné la recette.
Une fois la cueillette terminée, l’infusion préparée, nos deux géants étaient fins prêts. L’heure du départ avait sonné.