Chapitre 6 : Entretient
Harry se réveilla en sursaut, tremblotant, et suant à grosses gouttes. Il avait de nouveau rêvé de son parrain, mais cette fois-là, la haine qu´il ressentait normalement pour Bellatrix, il l´avait également sentie dans son cauchemar. Un effet étrange, compte tenu que dans les rêves des autres fois, il n´était que passager, et il ne ressentait rien avant d´être réveillé.
Harry se leva et s´habilla rapidement avant de descendre dans la Salle Commune. Il remarqua qu´il était le seul dans la pièce. L´heure qu´indiquait la pendule lui expliqua pourquoi : il n´était que trois heures du matin. « Encore une nuit de perdue... » se dit-il. Il décida de rejoindre la Grande Salle, sans réelle grande conviction. Il descendit d´une marche lente les escaliers, ne prenant pas la peine d´emprunter des raccourcis, afin de rejoindre son objectif. Une fois arrivé à destination, il ne vit personne dans la pièce, de plus, personne ne faisait preuve d´une aussi grande insomnie que lui, et décida de s´installer tranquillement à la table des Gryffondors, silencieusement, presque comme lors d´un enterrement.
Le professeur McGonagall se réveilla doucement, avec son pyjama écossais, brodé de tissu bleu et vert. En voyant que les premiers cours de Poudlard ne tarderaient pas à commencer, quoi qu´il restait une bonne heure, elle se précipita vers la Grande Salle. Et là, elle y vit Harry Potter, assis à sa table, le yeux fermés.
-Mr Potter, que faites-vous ici ? Et surtout, depuis combien de temps êtes-vous ici ?
-Cela dépend de quelle heure il est, professeur.
-Et bien, il n´est pas loin de sept heures et demi, Potter, dit-elle, toujours un peu étonnée, mais dont le ton de sa voix ne laissait rien paraître.
-Dans ce cas, oui, cela fait un petit bout de temps que je suis assis ici.
-Mais pourquoi vous levez-vous si tôt, vous devriez vous reposer.
Harry se retourna vers elle et ouvrit les yeux. Il avait les yeux rougis par des larmes séchées sur ses joues, et de très grandes cernes creusaient ses yeux.
-Vous en avez encore rêvé, n´est-ce pas ? Demanda t-elle.
-Je ne dors pratiquement pas, j´ai beau m´endormir plutôt facilement avec la fatique que m´apportent les entrainements, je me réveille toujours en sursaut la nuit, et après, impossible de me rendormir.
-Vous êtes levé depuis quelle heure, Harry ? L´emploi de son prénom l´étonna quelque peu, mais il ne s´en formalisa pas plus que cela.
-Trois heures je crois.
-Allez voir le professeur Dumbledore, Harry, vous devez discuter.
-Il m´a fixé un rendez-vous ce soir après les cours.
-Allez-y maintenant, il vaudrait mieux. Venez avec moi, je dois le mettre au courant avant.
Accompagné du professeur de métamorphoses, Harry se dirigea vers les gargouilles qui gardaient le bureau du directeur. McGonagall prononça le mot de passe, qu´il n´entendit pas vraiment, puis pénétra à l´intérieur après être passé par les escaliers tournants.
-Entrez !
Le professeur McGonagall lui ordonna de rester devant la porte pendant qu´elle discutait avec le directeur.
-Tu peux entrer Harry, lui intima gentillement le professeur Dumbledore.
Quand Harry entra, Fumseck vint se poser sur ses épaules avachies, et utilisa son merveilleux trémolo afin de lui redonner le sourire. Etrangement, et sous les yeux attentifs de Dumbledore et McGonagall, le chant du phénix ne fit rien. Dumbledore reprit rapidement contenantce, contrairement au professeur McGonagall qui se rendait à présent compte de la tristesse de son élève.
-Bonjour Harry. Le professeur McGonagall ici présente m´a informée de tes insomnies. Il faut que tu ailles voir Mrs Pomfresh afin de demander une potion suffisemment forte pour que tu dormes.
Dumbledore voyant bien que Harry fuyait son regard, il décida de dire à la directrice adjointe de quitter le bureau. Une fois fait, le directeur se retourna vers le Survivant.
-Harry, j´aimerais que tu m´expliques quelque chose qui m´a étonné. Hier soir, et toutes les autre fois où nous nous sommes vus durant les vacances, tu ne voulais absolument pas me regarder dans les yeux. Tu avais l´air pressé de partir, ou de terminer la conversation. Et hier au banquet de début d´année, quand j´ai croisé ton regard, j´y ai vu de la peur. Pourquoi ? Pourquoi as-tu peur de moi, Harry ?
-Je n´ai pas vraiment peur de vous, répondit Harry.
-Alors expliques-moi, je t´écoute.
-Et bien...J´ai peur c´est vrai, mais pas vraiment de vous. J´ai peur de vos paroles.
-Je ne suis pas très sûr de bien comprendre, exprimes le fond de ta pensée, s´il te plait.
-J´ai peur de vos paroles, car j´ai peur qu´un jour proche, vous m´annonciez que j´ai encore un membre de ma famille en vie, pour que, comme Sirius, il meurt quelques années après. J´ai aussi peur que vous me disiez quelque chose dans le genre de la Prophétie qui fera de moi un meurtrier ou un tué.
Dumbledore se gratta le menton parsemé de sa barbe broussailleuse. Il semblait seulement réfléchir, mais au fond de lui, il était triste. Triste de savoir qu´un si jeune homme soit la clé de la guerre, que ce même garçon ait perdu tant, pour ne gagner que peu en compensation.
-Je vois, dit-il simplement. Mais tu sais Harry, tu es soutenu par tes amis, par ta famille...
-Non, je n´ai plus de famille et mes amis, et bien je les ai repoussés afin qu´ils ne courent plus aucun risque.
-Je vais te dire ce que j´en pense. Tu as encore de la famille, Rémus Lupin par exemple, et saches que même si ce n´est pas par sang, lui et tous tes amis en font également partie. Les repousser ne changera rien à la donne, Harry, Voldemort sait que tu tiens à eux, et ce n´est pas de cette façon que tu pourras les sauver, au contraire. Je crois plutôt que si tu les as écartés, c´est parce que tu penses qu´ils pourraient te gêner dans ton entrainement intensif, n´est-ce pas ?
-Oui, c´est exact, murmura Harry, honteux. Avec eux, je me sens bien, et je m´amuse, et si je continue, je ne vais plus avoir la tête à m´entrainer.
-Dans un certain sens c´est vrai, je suis d´accord avec toi, mais n´oublie pas ce que je te répète depuis un moment déjà : Tu possèdes un pouvoir que Voldemort ignore, et qui te rend plus fort, l´amour. Tu dois apprendre à t´en servir. C´est pourquoi je vais fixer dès maintenant avec toi les horaires de tes séances avec moi le soir. Nous dirons donc tous les jours sauf le mercredi de vingt heures à vingt-trois heures, cela te va t-il ?
-Très bien, oui. De mon côté, je ferai des exercices tout seul afin d´être prêt le soir avec vous.
-Bonne initiative Harry.
Quand Dumbledore s´était rendu compte de l´heure, il s´était levé de sa chaise, avait pris Harry avec lui et était descendu à la Grande Salle qui commenaçait déjà à se remplir. Ils s´étaient alors séparés, l´un allant à la table professorale sur le grand siège au milieu, et l´autre se dirigeant d´un pas lent et morne vers la table des rouges et or.
-Salut Harry, bien dormi ? Demanda Hermione.
Se souvenant de la discussion avec le directeur, Harry répondit d´un ton plus jovial que les jours passés :
-Bien, merci, et toi ?
-Pas trop mal. Sauf le réveil où Ron a tambouriné à la porte de mon dortoir parce que tu n´étais pas dans le votre.
-Oui, je sais, j´ai un peu mal dormi.
-Alors pourquoi m´as-tu dit que tu avais passé une bonne nuit, il y a de cela, oh, trente secondes ? Vociféra t-elle mécontente. A quelle heure t´es-tu levé cette fois ?
-Quelque chose comme trois heures du matin.
-Ah bah je comprend pourquoi tu n´étais pas dans ton lit alors, lui dit Ron, heureux, mais sans le montrer, de voir son ami parler ouvertement. Tiens voilà Mia.
La-dite Mia arrivait en effet, ses longs et soyeux cheveux brun foncé brillaient à la clarté du soleil qui s´infiltrait dans la salle. Son beau visage était parcouru d´un magnifique sourire.
-Bonjour vous trois, claironna t-elle, on dort super bien ici, hein ?
-Alors comme ça, une nouvelle sang-mêlé est arrivée, hein, grogna Malefoy. Et toi Potter, pas trop tristounet ? Tu as perdu ton sale chien, ricana t-il, au moins une bonne nouvelle dans ce monde infesté de ces barbares de sang-de-bourbes...
Un poing s´abattit sur son nez blanc. Ron s´était levé, le poing encore brandi. Et quand le rouquin allait recommencer, la table des Gryffondors se fissura. « Comment ? » était la question qui allait de bouche en bouche. Mia fit signe à Hermione de regarder Harry. Son index était tout juste à l´une des extrémités de la fissure, pile à l´endroit où elle avait commencé.
-Ma...le...foy, je vais te tuer...
Sa voix était froide, glaciale même, Dumbledore en personne tréssaillit, il croyait avoir devant lui Lord Voldemort, peut-être pire encore. Du moins la voix qui en était sortie l´était.
-Caecitas. Le sort d´aveuglement foudroya Malefoy qui en ressortit avec des yeux entièrement blancs. Expelliarmus. Malefoy fut projeté contre le mur le plus proche, et perdit connaissance.
Harry se calma peu à peu, en voyant l´étendue des dégats. Ce qu´il avait fait était mal, même contre Malefoy, et il le savait. Il vit Malefoy allongé au sol, du sang coulant un peu au coin de sa lèvre inférieure. L´un de ses bras semblait mal en point. Harry s´était figé sur place, les yeux écarquillés. Il n´en revenait pas. Ce n´était pas le fait de l´avoir fait sur Malefoy, et que celui-ci soit dans un état déplorable qui lui faisait cet effet, mais plutôt la puissance dégagée à ce moment-là. « L´amour Harry », pensa t-il. « J´ai compris, la haine est proche de l´amour, ce sentiment fait partie de l´amour... ».
-Appelez Mrs Pomfresh, vite, cria le professeur McGonagall. Je retire cent points à Gryffondor.
Harry se retrouvait encore dans de beaux draps. Pas parce qu´il avait fait perdre une centaine de points à sa maison, sachant en plus qu´ils n´en avaient pas encore, mais plutôt de savoir qu´ une nouvelle fois, il serait rejeté par les autres.
« Dès le premier jour, c´est mon record » ironisa t-il.