Le guerrier serait-il exaspéré à cause d'une trahison que lui aurait faite subir son protégé ? Mais à quoi s'en tient cette dite trahison, au juste ? Si je t'étais tant attaché et que tu ne pouvais concevoir un seul instant que je puisse moi aussi porter le fameux masque de la "libre-action", pourquoi m'avoir alors gardé sous ton coude ? Et cette rupture publique ? Serais-ce à cause d'une fumisterie digne d'un enfant ou plutôt, indigne d'un parent qui aime pourtant les enfants ?
Tout cela serait certes bien facile à avaler, toi qui m'a augustement soutenu durant mon insoutenable, accaparante période de martyr, mais hélas, tes affects demeurent obstrués par ton précieux masque de clown me laissant dans un flou total. D'autant plus que mis à part nos trois ou quatre dernières conversations, tu t'es toujours approché, comme un enfant dans une fête foraine, de l'étrange guignol que je représente, nous infligeant des pertes de temps colossales à nous ébattre de frivolités, jouant l'enfant enjoué et de mon sas, jouant las, le jouet. Ce fût le langoureux numéro du clown et de sa marionnette mythique perdue à tout jamais.
Tu estimes sérieusement avoir entretenu un lien affectif avec moi, ton déploiement mystique du bagarreur sacré s'illustrant par les heurts répétitifs de ton pantin contre une pierre tombale ?
C'est ce que je suis, une marionnette et non un robot, peut être est-ce cela qui t'a réellement heurté ?
Nous fûmes, l'un pour l'autre, un furtif compagnon de route et il était grand temps qu'après ce coude à coude professionnel, nos chemins se décroisent. "Il faut toujours avancer" disais-tu, or ce n'est pas ce qui fut appliqué, ce n'est pas ce qui nous était convenu ; tout comme notre égayante et intrigante Chloris ornementée aux dytiques, sensible mâchoire parasitaire créé à des fins d'études ontologiques n'était pas du tout convenue pour endurer chrono-logiquement cette fumisterie digne d'un jouet de première zone, indigne des tribulations d'un pinocchio fureteur.
Le conseil a donc été enregistré et elle te remercie de l'avoir recueillie loin de chez son vilain "père" durant ces quelques instants, dans la vue d'un jouet.
Un humain pleure parce qu'il a perdu ses repères, comme un enfant perdu dans les bois sombres, pleurant sa solitude. Si cette dernière, grande capricieuse au cœur d'artichaut, venait à être pénétrée par un subtil rayon de lumière aussi efficace que de la poussière de fée, il lui offrirait sa dévotion, son affection, sa sensualité, en trois mots, son amour tout entier. L'amour encadenasse les morpions perdus dans les sentiers battus, dans le temps comme dans le bon camps, ce qui explique leur cruel manque de charisme ; n'est-ce pas ça qui prime, reluisante "perle rare" au mystère inconsumable ? Un ange est un être infiniment prétentieux, il est un recruteur sans vergogne.
... Mais alors, le démon serait-il un rédempteur, lui ? Un "agent" du "bien" ? Impossible !! Ce grand salopard ?! En le supposant, la vie humaine deviendrait tout à coup une bénédiction qui n'a rien de divin mais qui a l'atout non négligeable de diriger vers "soi", quitte à l'homme de continuer sa marche dans les sentiers sinueux. Malicieusement, je ne suis ni de l'un, ni de l'autre, et toi, c'est là que tu stagnes. Tu as pourtant éreinté maintes fois les religions monothéistes, tu as compris qu'elles sont rétrogrades et conduisent inévitablement au grégarisme (ce qui est la pire chose qui puisse arriver à un humain digne de ce nom), qu'elles sont une infinité de fistules qui conduisent vers une même retenue, figée dans le temps, implacable ? Alors, qu'est ce qui cloche ?
... Immanence ou transcendance ?
À en juger par ton comportement acide, théâtral et hypocritement révolté, toi qui ne jure que par les préjugés, me réduisant ainsi au programme virtuel perpétré par ton cerveau d'artiste, schéma qui n'est autre qu'un amalgame d'influences diverses. Voici que je transparais bêtement chez toi comme un satyre idéal. Toi ! Précieux chevalier gris qui jouit d'un temps d'avance considérable sur le cheminement spiral du misérable cornichon affligeant que je représente désormais dans ton disque dur.
Il te faudra prendre garde à ne pas perdre de vue l'objet de ta hargne au semblant inflexible car si tu es fort dans tes attaques, il se trouve que je suis invincible dans ma défense : la partie de ping-pong est donc vaine et la vanité ne sert pas l'honneur du guerrier.
Cet ennemi que ton ressentir a immolé au "monstre qui est derrière le masque", c'est la même figure archétypale d'un membre aujourd'hui partit, à la fois paradoxal, insensible, linéaire, et bien sûr vicieux auquel il m'a été donné de m'opposer. Sa tumeur s'en est aujourd'hui bienheureusement volatilisée, tout comme ma propre ferveur pratiquement indomptable. Il est important de noter que tu as plus de sensibilité que cette flétrissure universelle et le grincheux aussi, bien qu'au demeurant assez sournois.
La preuve en est que tu as la même position que la mienne, avec la droiture en moins.
Confucius disait "L'éléphant se laisse caresser, le pou non".
Tu es bien trop réfugié dans les mystères, si tu as une admirable rigueur physique, ce n'est pas le cas de ta rigueur psychique qui, elle, est chancelante, et mérite tout autant d'être tonifiée. Quant à moi, bien qu'elle soit la plus misérable pour un homme et ne favorisant, de ce fait, les belles amitiés, ma "foi", mon fief "nébuleux", mon temple amovible personnel, est partiellement mais parfaitement bien structuré.
Afin de pouvoir avancer tout à fait librement, il serait judicieux, l'abnié au cœur vaillant, de pouvoir dire avec cette même liberté et cette même énergie que ce que tu hais, ce que tu hais moins. Le combat physique ne faisant au passage qu'illustrer le combat psychique, j'espère avoir envoyé de manière convenue son journal de bord à son propriétaire.
Je vais de ce pas prendre mes leçons d'écriture.