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[OS-St Valentin] Dernière danse

naikkoh
naikkoh
Niveau 6
02 avril 2008 à 14:33:02

Titre : « Dernière danse » (ou « Quand Zélos rencontre Sheena »… Comment ça mon titre est bidon ?! xD)

Auteur : Naikkoh
Couple : à votre avis ? ^^

Disclaimer : Zélos et Sheena sont ensembles ?... Non ?... C’est bien ce que je pensais alors, les personnages de ToS ne sont pas à moi *snifouille*
Par contre Yohnis appartient à Yuen (fic : « Le Dragon sacré » disponible sur le forum ToS de JeuxVideo.com, ainsi qu’en version remasteurisée sur EluDesDeuxMondes.canalblog.com) e l’Ishkal m’appartient.

Note : Je n’ai pas abandonné ma fic initiale, rassurez-vous. Seulement j’avais envie de marquer le coup de cette satanée St-Valentin cette année.

Sujet : à priori St-Valentin, mais bon … peut être adaptable à tout autre situation^^ ( oui, bon, lisez avant de me taper sur les doigts hein xD). Surtout que je suis bien en retard sur le planning prévu… -_-‘ *regarde la date de post... ah ouais avril quand même :gni: )

NB: Comme les forums de JV.com ne prennent pas en compte les effets de style ( comme d'hab' -_-' ) les phrases entre // représentent les pensées des personnages.
-------

Une joyeuse cacophonie résonnait dans l’immense salle de bal du palais de Meltokio. Tout le gratin de la capitale était réuni sous les imposantes colonnes de marbre blanc afin de présenter leurs vœux aux futurs époux. Enfin, leurs vœux…c’était vite dit lorsqu’on avait affaire à une bande d’hypocrites pareils ! S’assurer une belle place au soleil, voilà la vraie raison, peu avouable, il en convient, qui avaient poussé ces aristocrates guindés à sortir de leurs demeures de maîtres et à venir se pavaner à la cour !
Ce n’était qu’un déballage de richesses et de démesure, tout étant bon à prendre afin d’épater la galerie. Et, accessoirement, faire mourir de jalousie son voisin au passage…
Les dames de la noblesse, avec leur visage poudré et maquillé à outrance, rivalisaient d’imagination afin de se démarquer du troupeau et les étoffes chamarrées de leurs robes tourbillonnaient en un bruissement discret sous les notes entêtantes de l’orchestre placé au fond de la salle. Les coiffures étaient hautes, sophistiquées, et mises en valeur à grand renfort de plumes, peignes de nacre, pierres précieuses et perles d’eau. Nul doute que les caméristes avaient dû user de tout leur génie pour rendre de tels chefs d’œuvres possibles. Les hommes non plus n’étaient pas en reste et arboraient fièrement soieries délicates et taffetas richement ornés, tout en faisant rutiler qui une broche, qui une bague, qui un pommeau de canne, serti d’opale ou de diamant. Les conversations légères allaient bon train et les rires de gorge étaient à moitié étouffés par les éventails finement sculptés... le tout sous une bonne dose d’arrogance à demie dissimulée par des regards affables et des sourires serviles.

Zélos soupira.
Plus le temps passait, et plus ces mondanités lui pesaient.
Vraiment.
Que n’aurait-il pas donné pour une soirée tranquille au coin du feu, à écouter Sélès, sa sœur, lire une de ses histoires favorites ou encore un moment agréable passé avec ses amis.
Ses amis…
Que devenaient-ils d’ailleurs ? Cela faisait des années qu’il ne les avait plus vus. Oh, bien sur, ils avaient gardé le contact mais avec le temps et cette période de paix tranquille, les occasions de se rencontrer s’étaient faites de plus en plus espacées, et pour finir s’étaient stoppées. Chacun avait ses occupations et ses responsabilités. Il ne pouvait pas les en blâmer. Pourtant… pourtant, retrouver la fraîcheur de Colette, les niaiseries de Lloyd, les fanfaronnades de Génis, les sermons de Raine, la discrétion de la jeune Préséa, les colères de Sheena et le stoïcisme de Régal auraient été comme une bouffée d’air frais dans ce carcan quotidien qu’était devenu sa vie. Non, au lieu de cela, il devait supporter les courbettes et les fadaises des courtisans à longueur de temps. Longtemps il avait eu la prétention de croire que cette situation lui convenait, qu’il finirait par s’y faire. Ce n’était visiblement pas le cas.
L’ex-Elue de Sylvarant et le jeune épéiste parcouraient encore le monde à la recherche des derniers utilisateurs d’exsphère, les deux demi-elfes s’étaient volatilisés dans la nature, Préséa dirigeait le nouveau village d’Ozette, reconstruit depuis maintenant plusieurs années, et le président de la Société Lézareno croulait sous le travail, tant et si bien qu’il ne mettait plus les pieds dehors. Cela faisait un certain temps qu’il ne l’avait plus aperçu à la cour d’ailleurs. Il n’y avait plus que Sheena pour le tenir informé des dernières nouvelles de leurs compagnons. D’un autre coté, vu sa nouvelle fonction, il ne pouvait guère en être autrement…
En parlant d’elle d’ailleurs, elle était en retard, comme à son habitude, ce qui tira à Zélos un nouveau soupir d’impatience. Aussitôt, une myriade de femmes de tous âges l’entoura. Hors de question qu’un homme doté d’une telle prestance s’ennuie lors d’une si somptueuse fête ! Il fallait dire aussi qu’on n’en attendait pas moins pour un évènement pareil ! La décoration de la salle était d’un luxe tapageur, des saltimbanques, originaires des quatre coins du pays, animaient ces festivités tant attendues, déambulant entre les invités de marque, et les cuisiniers s’affairaient aux fourneaux depuis presque une semaine.
Le regard de Zélos dériva à travers la pièce, passant au-dessus du troupeau de ses admiratrices qui gloussaient autour de lui. Il y avait là de quoi subvenir aux besoins d’un village entier. Et dire que plus de la moitié des mets entreposés sur les tables finiraient dans les tas de fumier de l’arrière-cour des cuisines, à peine entamés pour la plupart. Le jeune homme haussa les épaules et chassa cette sombre pensée. De toute manière il ne pouvait rien y faire. Il était difficile de changer les mentalités, ils en avaient eu la preuve à maintes reprises.
Mais bon sang que fichait donc Sheena !

La jeune femme étouffa un grognement lorsque le page, dans sa livrée rutilante, lui annonça avec un sourire avenant que le seigneur Wilder l’attendait depuis une bonne heure déjà. Lui tendant son manteau, elle leva les yeux au ciel, constatant que le temps n’avait toujours pas arrangé l’impatience de l’ancien Elu du Mana. Quelque peu exaspérée – ce n’était pas de sa faute si une affaire urgente l’avait retenue – elle pénétra sans plus attendre d’un pas énergique dans la salle de réception royale, indifférente aux regards admiratifs et envieux sur son passage. Faire parti des proches de sa « seigneurie » n’était jamais de tout repos, et bien qu’elle fut habituée à ce genre d’attitude, elle sentait qu’aujourd’hui il y avait quelque chose de différent. Sans doute à cause de cet évènement, songea-t-elle, essayant de ne pas trop se formaliser des murmures qu’elle percevait dans son dos. Se composant un masque froid et neutre, elle continua sa route à travers le véritable labyrinthe humain des convives, à la recherche du rouquin.
Elle finit par l’apercevoir, adossé nonchalamment à une colonne de marbre, en train de badiner avec des courtisanes. Cette découverte l’exaspéra au plus haut point.
//Décidemment, il ne changera jamais ! Dès qu’il voit l’ombre d’une dentelle, il faut qu’il sorte le grand jeu ! Et moi qui croyais qu’il avait fini par s’assagir… Sheena, ma vieille, une fois de plus tu as été bien naïve pour lui accorder ton crédit…//
Malgré elle, la jeune femme sentit son cœur se serrer et une pointe d’amertume la submergea un instant à la vue de ce fier coq se pavanant au milieu de sa basse-cour. Se faisant violence, elle réussit toutefois à reprendre le contrôle de ses émotions et toisa l’ex-Elu avec tout le mépris dont elle était capable. Elle ne devait pas ressentir ce genre de chose à son égard, car elle avait appris à ses dépends où cela la mènerait. Elle secoua la tête comme pour expulser ce trouble hors d’elle et expira à fond. Une fois sa paix intérieure retrouvée, elle fixa le jeune homme plus intensément encore, laissant libre cours à sa colère. Il n’avait pas dû s’ennuyer tant que ça en l’attendant. Très bien. Dans ce cas, il pourrait bien l’attendre encore un peu. Elle n’avait pas envie de le priver d’une si charmante compagnie.
Leurs regards s’accrochèrent alors que Sheena allait tourner les talons. Lui, surpris. Elle, de glace. Un instant ils restèrent là, sans bouger, le temps comme suspendu. Puis, elle s’éloigna lentement, lui tournant ostensiblement le dos, sa robe de satin blanc lui battant les chevilles.

Zélos avait renoncé à chercher Sheena dans cette foule et avait reporté son attention sur ces demoiselles surexcitées lui réclamant à corps et à cris un récit épique de ses exploits, ce qu’il fit de bonne grâce. Il avait toujours aimé être le centre d’intérêt général, cela lui donnait l’illusion qu’il existait en tant qu’être humain et qu’il avait encore le contrôle de sa vie.
Soudain, une impression de malaise lui fit relever la tête. Quelqu’un l’observait. La sensation était étouffante. Et ce quelqu’un n’avait pas que des intentions amicales, au vu de l’aura menaçante que le jeune homme roux percevait.
Lorsque ses yeux se posèrent sur l’opportun, il en oublia presque de respirer. Pourquoi fallait-il qu’il fasse toujours tout de travers ? Pourquoi fallait-il qu’elle le trouve en charmante compagnie chaque fois qu’elle venait le voir ? Parce qu’à n’en pas douter, la jeune ninja était en colère. Extrêmement en colère même. La lueur glacée dans ses yeux en amande et la façon dont elle plissait le front ne trompait pas. S’il lui tombait sous la main, il passerait un sale quart d’heure. Zélos déglutit difficilement et pâlit, cloué sur place par le regard méprisant, inquisiteur et peiné de la jeune femme…
Peiné ?!
Une petite seconde, là, il avait visiblement loupé un épisode… Mais quel imbécile vraiment ! Zélos s’infligea une claque mentale. Décidemment il n’en loupait pas une avec elle. Bredouillant de vagues excuses à son auditoire quelque peu dépité de le voir se sauver si vite, il s’élança vers Sheena. Mais le temps qu’il fende le barrage de corsages et de rubans, la chef de Mizuho avait disparu dans la foule, laissant Zélos désappointé.
Il ne resta pas seul bien longtemps, ses admiratrices vinrent l’entourer à nouveau, se pressant contre lui. D’un geste rageur il les congédia et partit en quête de la ninja, sous les regards noirs de ces dames énamourées.

La partie de cache-cache commença alors, sous fond de menuet, et le jeune homme eut bien du mal à se défaire de toutes ses cavalières potentielles. Il n’échappa pas à certaines danses, contraint et forcé par de vieilles aristocrates entreprenantes qui le poussèrent littéralement sur la piste. Sans cesse son regard balayait la foule colorée dans l’espoir d’apercevoir un bout de sa si jolie robe blanche ou de son chignon d’ébène. Souvent, il captait du coin de l’œil l’objet de sa convoitise, mais à peine tournait-il la tête dans cette direction qu’elle avait disparu, happée par la marée humaine, laissant dans son sillage un léger parfum de jasmin.
Ce petit manège commençait à fortement agacer notre ami à la chevelure flamboyante. Il en avait assez ! Pourquoi prenait-elle toujours la mouche ainsi ? Il n’avait rien fait de répréhensible à la fin. Si sourire relevait maintenant du crime contre l’humanité selon le code de conduite de Sheena, où allait-on ! Après tout, il n’aurait bientôt plus l’occasion d’aller voir à droite et à gauche, alors autant en profiter avant le tomber de rideau…
Zélos grogna de frustration, mais ne s’avoua pas vaincu pour autant. Une charmante blondinette l’alpaga au passage et l’entraîna dans le tourbillon d’une valse. La demoiselle lui lança des œillades enflammées, mais l’esprit du jeune homme était entièrement tourné vers la chef du clan ninja, et il ne lui accorda qu’un intérêt relatif, ses pas s’accordant aux siens par pur automatisme.
Soudain il l’aperçut. L’invocatrice se dirigeait vers les imposantes portes-fenêtres de la salle de réception donnant sur les terrasses extérieures du château. Des trilles salvateurs annoncèrent la fin du morceau et Zélos s’inclina prestement devant sa cavalière avant de tourner les talons.

naikkoh
naikkoh
Niveau 6
02 avril 2008 à 14:38:33

Petit à petit, la fraîcheur de l’air aidant, l’invocatrice recouvrit ses esprits et se recomposa un visage froid et inexpressif. Ceci déplut beaucoup à Yohnis qui estima qu’il était grand temps que sa femme crève l’abcès.
Ils arrivèrent devant la petite auberge où ils étaient descendus, préférant de loin le chiche confort de l’établissement aux suites luxueuses du palais royal mise à disposition des hôtes de marques. Ils tenaient à conserver leur liberté de mouvement sans avoir à rendre compte de leurs allées et venues régulières. Ils s’apprêtaient à franchir l’entrée lorsque Yohnis attrapa le poignet de Sheena et la força à lui faire face.
« Tu ne lui as rien dit n’est-ce pas ? demanda-t-il avec douceur mais fermeté.
- Dire quoi à qui Yohnis ? fit Sheena exaspérée.
- A Zélos… Lui dire la vérité. Tu ne crois pas que cette comédie a assez duré ?
- Quelle comédie ?
- Arrête ! Arrête de faire l’innocente ! Combien de temps crois-tu que tu vas tenir ? C’était ta chance et tu l’as laissé filé !
- Non mais de quoi je me mêle ? Il ne me semble pas t’avoir demandé ton avis sur la question Yohnis ! Cela ne te regarde pas ! Ce sont mes affaires, pas les tiennes. C’est clair ? »
Le ninja aux yeux émeraude la fusilla du regard mais la jeune femme ne se démonta pas pour autant. Tremblant de rage, il serrait les poings et semblait sur le point de la frapper. Lui qui restait toujours maître de lui-même avait beaucoup de mal à contenir sa fureur cette fois.
- Comment peux-tu dire une chose pareille après tout ce que j’ai pour toi depuis presque deux ans ? Après tout le mal que je me suis donné pour vous ? Après tous les sacrifices auxquels j’ai consenti ? Comment oses-tu me renvoyer ça à la figure petite ingrate ? Alors oui, je suis concernée par toute cette histoire et ce depuis que je t’ai épousé.
Cesse donc de t’enfermer dans tes faux semblants ! Tu ne trompes personne à commencer par moi. Tu n’as donc pas fait attention aux ragots ces dernières semaines Sheena ? Il serait temps de redescendre sur terre et d’accepter tes sentiments!
Elle mordilla sa lèvre inférieure et baissa les yeux, telle une gamine prise en faute.
« Tu ne comprends rien à rien ! Ce n’est pas aussi simple…
- Bien sûr que si. Tu es l’aime toujours n’est ce pas ? »
Sheena ne pipa mot et s’obstina à vouloir fuir son regard.
Dans un accès de colère, le ninja défonça d’un coup de poing un pot en terre cuite reposant sur le rebord d’une fenêtre proche. Les yeux de la jeune femme s’agrandirent de terreur. D’un naturel calme et posé, son mari ne s’énervait qu’en de très rares occasions. Elle savait pertinemment qu’elle avait poussé sa patience à bout ces dernières années et elle se sentit coupable pour cela. C’était vrai, il avait fait beaucoup ces derniers temps, répondant présent alors qu’elle avait eu besoin d’aide. Déjà lorsqu’ils étaient enfants, elle avait toujours pu compter sur celui qu’elle considérait alors comme son grand frère et l’un de ses trop rares amis. Elle lui avait volé sa vie, elle en était consciente, et lui était reconnaissante de ne pas l’avoir laissée tomber dans un moment pareil. Elle se devait d’être honnête avec lui, certes, ne serait-ce qu’au nom de cette amitié de longue date, mais à quoi bon remuer le couteau dans la plaie en lui confirmant ce qu’il savait déjà ? Elle n’était pas si cruelle. Et puis comme si avouer allait changer quoique ce soit de toute manière…
Leurs destins avaient étaient liés deux ans plus tôt par les anciens du village, conformément à leurs traditions. Dans sa situation, elle n’avait pas eu le choix et avait du se résoudre à se plier aux règles immémoriales si elle voulait conserver son titre de chef. Bien sûr, elle aurait pu refuser mais elle avait trop à cœur de protéger les intérêts des siens pour cela et surtout, elle ne voulait pas laisser les rênes du pouvoir à n’importe qui. D’autant que dans l’ombre, nombreux étaient les charognards qui attendaient patiemment leur heure.
Yohnis était arrivé à point nommé dans cette situation délicate et lui avait été d’un grand secours et d’un soutien sans faille. Son union avec lui avait renforcé son autorité auprès des plus conservateurs qui voyaient d’un mauvais œil qu’une femme seule gouverne et avait fait taire les mauvaises langues qui n’auraient pas tardé à se délier, surtout dans son état.

- Parle-moi Sheena ! Remballe donc ta fichue fierté et vide ton sac une bonne fois pour toute ! Ainsi tu pourras passer à autre chose. Je ne supporte pas de te voir te détruire à petit feu de la sorte. Tu te jettes à corps perdu dans le travail comme si tu cherchais à fuir quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un… Moi, je sais de quoi il en retourne mais ton entourage s’inquiète. Tu es devenue si dure et intraitable dernièrement. Où est passé la jeune femme un brin timide et pleine de vie que j’ai connu autrefois ? Plus rien ne semble t’atteindre, à part "elle" à qui tu réserves tes si rares sourires…
Tu ne peux pas passer le reste de ta vie ainsi !
« Et pourquoi pas ? le défia la jeune femme.
- Tu es ridicule, bon sang ! Que pensera Sa…
- Laisse-"la" en dehors de ça ! ordonna Sheena, une lueur étrange dans les yeux. Je t’interdis de la mêler à tout ça !
- Et pourtant tôt ou tard il le faudra bien ! "Elle" finira par découvrir la vérité.
- Et comment ? A part toi, moi et quelques anciens personne n’est au courant.
- Crois-moi, ce genre de choses ne restent pas cachées bien longtemps. »
Sheena pinça les lèvres. Bien sûr Yohnis avait raison, elle le savait, et cela l’exaspérait. Elle cherchait comment couper court à cette conversation dérangeante qui lui échappait. La panique la submergea et ses certitudes difficilement acquises au cours des ces deux dernières années volèrent en éclat. S’était-elle fourvoyée sur toute la ligne ? Elle s’était convaincue que Zélos n’aurait pas voulu s’encombrer d’"elles", mais en était-elle certaine ? Après tout elle ne lui avait jamais vraiment posé la question. Pour ne pas lui voler sa vie, elle avait prise celle d’un autre. Quel égoïsme de sa part ! Elle avait donc moins de considération pour Yohnis que pour Zélos ? De quel droit pouvait-elle penser cela ? Puisque au final c’était bien de ça qu’il s’agissait…
Elle avait uniquement agit par peur d’être rejetée par l’homme qu’elle aimait et non par souci de sacrifice comme elle aurait voulu pouvoir s’en convaincre. Elle se sentait si misérable et pitoyable à cet instant alors que son mari lui renvoyait à la face ses propres erreurs !
Yohnis perçut qu’il l’avait déstabilisé. Profitant de la brèche dans sa carapace, il s’y engouffra sans plus attendre. Il fallait qu’elle comprenne une bonne fois pour toute. Lui ne regrettait rien. Bien sur il devrait se résoudre à ignorer les inclinations de son cœur mais son affection pour elle compensait ce manque d’amour. Il s’était attaché à elle, avait mêlé sa destinée à la sienne en toute connaissance de cause, choisissant alors en son âme et conscience de mettre sa vie entre parenthèse.
Il avait pitié de Sheena et Zélos, pour cet amour qu’ils avaient l’un et l’autre laissé glisser entre leurs doigts, cet amour contrarié pour des raisons imbéciles. Que les Hommes étaient donc stupides ! Ils ne comprenaient qu’ils tenaient à une chose qu’une fois qu’ils l’avaient perdu…Quel gâchis! D’autant que la vie ne vous accordez pas toujours de seconde chance.
Les deux époux se défièrent du regard pendant de longues minutes. Blessée au plus profond d’elle-même, l’invocatrice mit un terme à cet affrontement en faisant prestement volte face et en rentrant précipitamment à l’intérieur, laissant Yohnis planté là. Si elle restait une seconde de plus, c’était sûr elle le giflait.

La vue brouillée de larmes de rage et d’impuissance, la jeune femme gravit la volée de marche qui menait à l’étage, le cœur au bord de l’implosion. Foulant avec délicatesse l’épais tapis du couloir seulement éclairé par la douce lueur des lampes à huiles fixées le long mur, elle s’avança sans hésiter vers l’une des chambres sur sa gauche près avoir ôté ses souliers de satin pour ne pas réveiller les clients endormis. La lumière tamisée l’apaisait sans qu’elle puisse expliquer pourquoi. Peut être parce qu’elle faisait écho aux ténèbres dans lesquelles elle se débattait. Inspirant un bon coup comme pour se donner du courage, elle pénétra dans la pièce sur la pointe des pieds tout en refermant doucement la porte en châtaignier. Elle grimaça lorsque celle-ci grinça sur ses gonds. Pourvu qu’elle ne l’ait pas réveillé ! Un petit gémissement confirma cependant ses craintes et Sheena pesta intérieurement. Retenant sa respiration elle ne fit aucun geste. Peut-être allait-"elle" se rendormir sans la voir.
- Mama ? appela une petite voix enfantine, hésitante et pressante.
Sheena s’approcha doucement du lit d’où venait la voix.
- Je suis là mon ange… chuchota-t-elle doucement.
Elle souleva la bulle de verre protégeant la flamme de la lampe au dessus du lit et craqua une allumette. Dans un petit chuintement celle-ci s’enflamma et dispensa une auréole de clarté dans un océan de ténèbres.
Sheena approcha l’allumette de la mèche en amadou et enferma la flamme dans son écrin translucide. La pièce sembla s’animer tout à coup sous son éclat tremblotant. La jeune femme s’agenouilla au pied du lit dans lequel était calée une fillette au visage poupin d’environ deux ans. A ses cotés était lovée une magnifique hermine au pelage mordorée, gardienne de ses nuits lorsque sa mère n’était pas là. Sheena caressa le pelage soyeux de l’Ishkal et lui flatta le menton, le remerciant d’avoir bien voulu veiller sur l’enfant une fois encore. La créature émit un petit couinement de plaisir à ce contact et prit les traits d’une corneille aussi sombre que la nuit. Sheena eut un petit sourire en ouvrant la fenêtre de la chambre. Comme toujours l’Ishkal interprétait à merveille son humeur du moment.
- Merci mon ami murmura-t-elle au volatile qui croassa d’un air inquiet. Tu peux aller te reposer maintenant, je ne vais pas te retenir ici davantage.
La corneille flanqua un petit coup de tête affectueux sur sa main et sauta sur le rebord de la fenêtre pour prendre son envol dans la rigueur de l’hiver.
Sheena referma la vitre rapidement.
- Pa’ti ? zozota la fillette dans son lit en tendant ses petites mains potelées dans le vide.
- Oui il est parti ma chérie, mais il reviendra bientôt ne t’en fait pas, la rassura la ninja d’une voix douce tout en s’asseyant à ses cotés et en lui caressant le front, entremêlant par la même occasion entre ses doigts les fines mèches d’ébène.
Elle ferma un instant les yeux lorsqu’elle croisa ceux de la petite. A chaque fois c’était la même chose, elle ne pouvait s’empêcher de sursauter et se sentir mourir un peu plus chaque fois que les pâles saphirs de sa fille la fixait ainsi, avec cet air trop grave et sérieux pour son âge. A travers ce regard, elle avait l’impression que c’était "lui" qui lui adressait des reproches muets.
Une larme glissa le long de sa joue.
Puis une autre.
Et encore une autre.
Bientôt se fût tout un torrent de gouttes salées se déversèrent en cascade le long de son visage.
Tristesse infinie et regrets amers.
- Mama…
Elle gémit de douleur tout en prenant sa fille dans ses bras, éperdue de chagrin. Enfouissant sa tête contre elle, elle la serra de toutes ses forces comme si cette étreinte pouvait lui rendre celles qu’elle avait perdues. L’enfant ne broncha pas et se laissa docilement faire.
- Pardon… pardon…, souffla Sheena entre deux sanglots.

Et c’est ainsi que Yohnis les découvrit en entrant dans la pièce, toutes deux endormies, blotties l’une contre l’autre, hors du temps. Un petit sourire triste étira son visage aux traits tirés devant cet attendrissant tableau et il ramena les couvertures sur les deux femmes de sa vie tandis que dehors la neige commençait à tomber.

Ce fut un « tic-tic » discret qui tira Zélos de sa rêverie. Intrigué, il se dirigea vers la source de ce bruit pour découvrir une superbe corneille noire taper du bec contre l’un des carreaux de la vitre. Le jeune homme allait chasser cet étrange opportun mais soudain se ravisa et ouvrit la fenêtre. L’animal ne se le fit pas dire deux fois et entra à tire d’ailes dans la pièce. Il se posa sur le bureau jonché de papier divers que l’air de la nuit venait de disperser et qui voletaient ça et là. Dans ses yeux brillant d’intelligence et à son empreinte magique particulière, Zélos reconnu en cet oiseau l’Ishkal qui ne quittait plus Sheena désormais. Tendant le bras, il invita la créature à venir s’y percher. Un bruissement d’ailes plus tard la corneille qui n’en était pas un se métamorphosa en un corbeau de jais. Une connexion invisible mais perceptible pour qui maîtrisait de Mana s’établit entre l’humain et la créature. Soudain l’humain se figea tel une statue de sel, le sang désertant son visage. La créature émit un croassement rauque et prit son envol.
Des paillettes blanchâtres et duveteuses entamèrent lentement leur descente du ciel et tourbillonnèrent dans la pièce par la porte-fenêtre restée grande ouverte tandis que l’humain ne bougea pas d’un pouce. Seul l’imperceptible battement de ses paupières attestait que la vie l’habitait encore.
Au bout de ce qui sembla être une petite éternité, et le froid ambiant aidant sûrement, il sembla revenir doucement à lui, son souffle s’accélérant. Il eut un haut le cœur tandis qu’il était replongé avec brutalité dans la réalité.
Alors Zélos versa des larmes amères sur son bonheur perdu.

yuen
yuen
Niveau 10
03 avril 2008 à 12:33:20

C'est beau, c'est magique, mais qu'est-ce que c'est triste! :snif:

On est pris dans cette ambiance mélancolique. Tous leurs regrets sont poignants.
C'est vraiment du beau travail! Il n'y a rien à redire là dessus.

naikkoh
naikkoh
Niveau 6
03 avril 2008 à 17:32:51

Merci d'avoir lu ce petit pavé et merci d'avoir apprécié. Cela me fait très plaisir Yuen :-)

Nicolloyd
Nicolloyd
Niveau 10
08 avril 2008 à 11:32:24

J'y reviendrai un de ces jours pour te dire mon sentiment. Bravo déjà.

naikkoh
naikkoh
Niveau 6
08 avril 2008 à 22:52:32

Pas de souci Nico, tu fais ça uniquement si tu en as le temps et l'envie. Savoir que tu l'as lu me fait déjà très plaisir tu sais^^
Par contre cette version n'est pas celle corrigée par tes soins. JV.com ne dispose toujours pas de la fonction "éditer"...

yuen
yuen
Niveau 10
10 juin 2008 à 21:42:21

Laya a bien définit ce que l'on ressent en lisant ce magnifique OS.
J'adore les comm' de Laya! XD Toujours bien développés et complets.

Vivement la suite de ta fic Naikkoh! Tu sais que je l'attends avec impatience ^^ :-)

najuko
najuko
Niveau 10
11 juin 2008 à 00:19:16

J'aime beaucoup, tu écris très bien :)

Par contre, j'ai un peu de mal à retrouver le caractère des persos... pas qu'ils soient totalement différents, et je suppose qu'en écrivant souvent sur deux personnages on finit par les faire évoluer... les aléas de la vie sont aussi un facteur à prendre en compte... mais je trouve Zelos très expressif sur ses sentiments, du moins beaucoup plus que dans le jeu...

Néanmoins, la réalisation est parfaite, les scènes riches en détails et descriptions... de très, très rares autes d'orthographe, mais sur un texte aussi conséquent, on peut difficilement espérer n'en laisser passer aucune. :)
Très bon OS donc ! :D

naikkoh
naikkoh
Niveau 6
15 juin 2008 à 18:46:51

Merci Laya!^^

En effet, la sadique que je suis avait tout planifié de A à Z. Un truc sur la St-Valentin on pense de suite à un truc mièvre et là: grosse claque dans la face :p

Je suis très touchée par ton comm parce qu'il suit ta découverte de l'histoire au fur et à mesure. Et que c'est exactement le type de réactions que je voulais provoquer.

Non je n'ai rien laissé au hasard et je suis fière d'avoir atteint mon but même si moi aussi ça m'a fait mal d'écrire ça.

Najuko: il est normal que tu trouves que les caractères des persos soient différents. D'une part parce qu'indirectement je me suis basée sur leurs évolutions dans ma fic pour les décrire, et d'autre part parce qu'il ne faut pas oublier qu'ils ont vieilli.
Dans le jeu ils ont une vintaine d'année et même s'ils ont pas mal de responsabilités ils débutent tout juste dans la vie. Là imagine que ça se passe entre 5 et 10 ans plus tard. Certes ça ne parait pas énorme mais n'oublions pas qu'ils vécu pas mal de choses entre temps. Ils ne sont pas figés, ils vivent dans leur monde, pas dans une utopie. Il est bizarre d'imaginer qu'ils n'aient pas évoluer non?

Zélos est expressif, oui et non. On joue surtout sur le combat intérieur et ça les autres protagonistes de l'histoire ne sont pas censés le percevoir. Ici j'ai placé volontairement le lecteur en situation d'omniscience pour l'impliquer et le faire réagir par rapport à l'histoire. Sinon je l'aurai torché en trois coup les gros cette OS XD
Contente que tu ais aimé même si apparemment Zélos t'aura posé quelques problèmes.

Yuen: ouiiiiiiiiiii je saiiiiiiiiiiiiiis. Mais j'y travaille, j'y travaille^^

yuen
yuen
Niveau 10
15 juin 2008 à 22:08:49

:hap: bon courage ^^
Que l'inspiration soit avec toi!

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