Chris émergea lentement. Il avait l’impression que son corps le brulait de l’intérieur. Le jeune garçon n’ouvrit pas les yeux, et attendit que la douleur s’estompe. Reprenant enfin le contrôle de ses sens, il sentit une main passer lentement sur son visage, esquissant le contour de ses joue, des ses lèvres... Il ouvrit brusquement les yeux. Cette main ne lui était pas inconnue.
-Hm, fit une voix douce et suave, Christopher. Tu te réveilles enfin.
-Saï Chan ! S’écria Chris, ravi de revoir son ami.
Mais sa joie fut de courte durée. Il était debout contre un mur, dans une pièce sombre et humide, ses mains retenues en hauteur par de lourdes chaînes. Dans cette obscurité, la seule chose que Chris pouvait distinguer, c’était les yeux bleu azur de Saïren. Pourtant, le samouraï ne semblait pas se soucier du sort de son ami.
-Je suis déçu, soupira ce dernier en rapprochant son visage de celui du brun, moi qui me réjouissais que tu sois ma réincarnation. Finalement, cette prêtresse n’était pas douée. Tu n’es pas une de mes deux vies, mais ce jeune homme oui.
Il se rapprocha sensiblement de son prisonnier, son visage à quelques centimètres du sien, sa main droite passant sur ses chaînes, son autre main sur la joue de Chris.
-Mais cela ne t’empêches pas de me rejoindre, reprit Anorien. Toi et moi, nous pourrions diriger le monde. Les âmes des habitants de ce monde sont en train d’être remplacées par celle de mes sbires. Qu’en dis-tu ?
-Je... Je...
Une voix retentit alors dans son esprit.
« N’accepte pas ! »
L’espace d’une seconde qui lui parut être une éternité, tout devint flou autour de Chris. Plus de chaîne, plus de prison. Juste Saïren en face de lui. Mais le vrai cette fois.
- Arrêtes ! Supplia ce dernier. Je t’en pris, arrêtes ! Ne le suis pas !
-Mais... Tu m’as demandé de te libérer du korosu ! Et je le ferais ! Je ne peux pas t’abandonner ! Si je vais avec lui, je pourrais te ramener !
Saïren prit Chris par les épaules et le serra contre lui.
-Tu feras semblant d’accepter l’offre d’Anorien, commença-t-il, les larmes aux yeux. Il te détachera. Tu le serreras dans tes bras, comme je le fais en ce moment. Puis tu prendras un des katana à sa ceinture, et tu viseras le cœur. Ensuite, tu utiliseras le pendentif qu’il a autour du cou, et tu te téléporteras au Colisée avec son cadavre. Je voudrais que mon corps revienne à mes parents, s’il te plaît.
Chris repoussa violemment Saïren, les yeux remplis de panique.
-Non ! Je ne le ferais pas !
Saïren fit quelque chose d’inhabituelle chez lui. Il sourit. Son sourire était doux, chaleureux. C’était comme si il n’était destiné qu’à une seule personne, comme si un seul être au monde aurait le droit de le voir sourire.
-Je t’en supplie Chris. Fais le pour moi.
Tout devint de nouveaux flous, et il fut de nouveaux dans sa geôle, face à Anorien. Il s’était écoulé à peine deux secondes. Une larme roula sur la joue de Chris.
-Mais... ?! Tu pleures ?! S’étonna Anorien une pointe d’amusement dans le regard.
Il l’essuya du bout du doigt. Chris murmura, mais Anorien ne l’entendit pas, et lui demanda de répéter.
-J’accepte, dit le brun, la voix tremblante.
Il le détacha. Chris s’agrippa à son cou, pleurant silencieusement au creux de son épaule. Le sourire d’Anorien s’effaça brusquement. Quand Chris s’éloigna de lui en s’excusant, un katana à la main, il porta une main à sa poitrine. Son sang coulait à flot.
-Enfoiré... Murmura-t-il en s’écroulant.
Chris s’agenouilla à côté de Saïren mourant, une mare de sang se formant autour de lui, du sang coulant de sa bouche. Il le prit dans ses bras, et se balança d’avant en arrière, le regard vide. Il murmurait des « désolé » comme une litanie.