MANQUE D’INSPIRATION
Sur la musique de :
Tété – love, love, love
« - Oh !! Regarde papa, une peluche géante de Kitty le chat !! Je la veux papa, je la veux !! ! » Réclama d’une voix suraiguë une petite fille aux cheveux roses coiffés en deux couettes et vêtue d’une tunique bleu marine.
« - Non ma chérie. Papa cherche une idée nouvelle, tu sais bien ! Pas une de ces vieilleries » répondit un monsieur aux cheveux noirs et courts.
Il avait les yeux bridés et le visage tanné. Sur son nez minuscule reposaient de fines lunettes à la monture d’acier. Il n’arrêtait pas de tripoter un téléphone portable dernier cri, marchant tête baissée dans les allées du Monoprix, et grognant continuellement après ce pays d’arriérés même pas capables d’avoir du réseau dans leur capitale !
Kosuke Fujishima continua de traîner des pieds dans les rayons du supermarché en grommelant, tandis que sa fille farfouillait dans le rayon jouets, extirpant d’un bac en carton une hache en plastique moulé aussi grande qu’elle. Elle fit quelques gestes amples avec l’arme factice entre les mains et envoya valdinguer aussi sec les boîtes de jeux pour consoles qui étaient suspendues à proximité.
« - Kareha !! » soupira son père. « Cesse tes bêtises immédiatement. Prend donc exemple sur ta sœur, toujours calme. »
« - Gna gna gna … » ronchonna la fillette. « Dess par ci. Dess par là. Y’en a que pour elle ! »
La gamine excentrique fit la moue. Elle balança dédaigneusement sa hache en plastique par-dessus son épaule et celle-ci alla percuter un jeune homme derrière elle.
« - Aïe !! Eh !! Ça va pas non ? Pourriez faire attention, franchement !! » Râla une voix masculine à l’accent traînant.
Kareha se retourna, prête à cracher une réplique cinglante malgré son jeune âge, mais s’arrêta en voyant l’allure du jeune homme. Sa silhouette était grande et svelte. De longs cheveux roux soyeux et à peine ondulés, retenus par un large bandeau blanc, encadraient les traits fins de son visage. Il portait des vêtements étranges, un peu féminins et très ajustés, qui laissaient deviner sa musculature parfaite sous le tissu. Il se tenait bien droit, le dos légèrement cambré, une main sur la hanche. Ce type avait la classe !! Pas du tout le genre de mec qu’on rencontrait habituellement dans ce genre de magasin.
Kareha referma péniblement sa bouche de poisson frit et essuya le filet de bave qui pendouillait au coin de ses lèvres.
« - Oh, reprit le beau jeune homme d’une voix langoureuse en l’observant, excusez-moi chère ange. Je ne vous avais pas vue. C’est impardonnable. Mais vous rayonnez d’une telle beauté que j’ai dû en être ébloui ! »
« - Quel baratineur ! » Songea la gamine. « J’adore ! »
Puis se tournant vers son père qui détaillait une collection de pierres de lune multicolores accroupi devant une vitrine, ses lunettes sur son front, elle se mit à hurler.
« - Papaaaaaaa !! ! » vociféra-t-elle. « Je veux ça !! ! »
Elle désignait du doigt le malheureux et devenant toute rouge, elle se mit à taper du pied par terre. Le rouquin la regarda bouche bée et bras ballants, puis se reprenant il dit :
« - Euh, j’y suis pour rien. Je ne l’ai pas touchée. Pourquoi elle se met à pleurer ?? ! »
Monsieur Fujishima regarda sa fille en secouant la tête d’un air désespéré.
« - Mais ma puce, c’est un jeu de combat que je suis en train de concevoir. J’ai besoin de personnages forts et qui ont du caractère. Je ne saurai pas quoi faire de ce bras mou… »
« - c’est qui le bras mou ? » s’énerva Zélos en faisant mine de remonter ses manches.
« - Papa, je veux ça !! Achète-moi ça !! » continuait la petite furie en tirant Zélos par son gilet.
« - Bon, bon », soupira le concepteur de jeux vidéos. « C’est d’accord, je le prends, mais arrête de pleurnicher. »
Aussitôt le visage de la gamine reprit des couleurs normales et un sourire triomphal s’étira de l’une de ses oreilles jusqu’à l’autre.
« - Ouais !! Merci p’pa !! » ulula-t-elle en agrippant un bras du garçon entre les siens.
« - Mais … ? Qu’est-ce que vous racontez, je ne suis pas à vendre !! » Répliqua Zélos d’un ton blasé, les yeux au ciel.
« - Bien sûr que si ! » Rétorqua monsieur Fujishima. « Tout ce que désire ma fille, je le lui offre. Si c’est toi qu’elle a choisi, alors je t’achète ».
« - Ne dites pas n’importe quoi !! » s’énerva Zélos, le visage rouge de honte. Je ne suis pas un gigolo !! ! »
Extrêmement gêné, il chercha à se dégager de l’emprise de la gamine mais en vain.
« - Ne soyez pas aussi terre à terre mon garçon » répondit le concepteur de jeu. « De toute façon c’est vous qu’elle a élu, alors ne comptez pas qu’elle vous libère comme ça… » soupira-t-il en haussant les épaules, l’air très las.
« - Mais je ne veux pas être élu ! » répondit Zélos, ébahi.
Monsieur Fujishima se dirigeait déjà vers la caisse, son portefeuille à la main.
« - mais enfin, écoutez-moi !! » braillait Zélos en se traînant à travers le magasin, la petite peste pendue à son bras. « Je ne veux pas être élu !! Eh Oh !! Vous m’écoutez !? »
Le père de la gamine régla rapidement et sortit du magasin, suivi par l’étrange duo bruyant qui continua son cirque sur le trottoir. Il tendit la main et une berline noire aux vitres fumées s’arrêta devant eux.
« -Montez ! » fit le japonais.
« - Pas question ! » Répondit Zélos du tac au tac, essayant de rester digne malgré les jérémiades de l’enfant gâtée qui le collait.
« - Montez je vous dit. » répéta le père en ouvrant la portière arrière.
Sur le siège passager, se trouvait une jeune adolescente aux cheveux mi-longs, foncés comme ceux de son père. Un ruban rose retenait maladroitement ses mèches ébouriffées en queue de cheval, laissant retomber certaines d’entre elles sur ses yeux marron en amande. Elle arborait un kimono traditionnel mauve cintré par nœud rouge aux reflets violine. Son regard froid et dur dévisagea le nouveau venu, mais c’est son profond décolleté qui décida Zélos à monter en voiture.
« - Bon, puisque vous insistez, on dirait que je n’ai pas le choix... » marmonna-t-il à l’adresse du père en ricanant.
« - Et il ose se plaindre encore » soupira celui-ci.
Tous trois s’installèrent dans la voiture et celle-ci démarra en trombe. Zélos, confortablement installé à l’arrière entre ses deux jolies accompagnatrices, jeta un coup d’œil par la fenêtre. Son regard croisa celui de l’auteur de cette fiction bidon derrière son écran d’ordinateur et il lui lança un clin d’œil complice, comme pour la remercier et l’encourager à le faire participer à plus d’histoires… même aux plus stupides d’entre elles.
L’auteur éteignit son écran en rougissant et partit à son travail, se maudissant d’avoir l’imagination aussi féconde.
PAROLES
Tété – love, love, love
Oh, j´aimerais que quelqu´un
M´ouvre grand ses bras
Que je m´y fiche,
Que je m´y loge,
Que je m´y niche,
Que l´on m´ouvre enfin,
Que je m´y love, love, love
La chair triste m´indiffère,
C´est jeux-là ne me disent guère
Mais nous pourrions causer un brin,
Histoire de, si tu le veux bien.
Oh, j´aimerais que quelqu´un
M´ouvre grand ses bras
Que je m´y fiche,
Que je m´y loge,
Que je m´y niche,
Que l´on m´ouvre enfin,
Que je m´y love, love, love
Les parties d´ça-va-ça-vient,
La bagatelle, ne me disent plus rien,
Mais nous pourrions causer un brin,
Histoire de, si tu le veux bien.
Oh, j´aimerais que quelqu´un
M´ouvre grand ses bras
Que je m´y fiche,
Que je m´y loge,
Que je m´y niche,
Que l´on m´ouvre enfin,
Que je m´y love, love, love
C´est ce qui me manque vraiment,
Ce languit-elle.