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Chapitre 1 :
BRULURE
Sur la musique de :
Zazie – Lola Majeur
Le garçon était étendu à même le sol. Son jeune corps nu étalait son ardente beauté sous le soleil. Sa peau était claire et lisse comme les peaux des jeunes enfants. La lumière dansait sur son torse imberbe, coulant dans ses longs cheveux roux comme des serpents de feu. Ses bras en croix reposaient sur le sable brûlant de la plage, au milieu des parfums d’iode et de grand large. Le vent rabattait sur son visage des mèches de cheveux rousses et bouclées, légères. Ses grands yeux bleus, ouverts, fixaient l’immensité du ciel. De grands oiseaux blancs planaient, leurs larges ailes ouvertes au vent, en direction de nulle part. Les vagues translucides venaient lécher les pieds du garçon, langue d’écume, humide et chaude. En se retirant, elles laissaient du sel et des algues vertes collantes. L’air brûlant surchargé d’humidité collait à la peau du jeune homme, moite, oppressante. Le silence qui l’entourait semblait opaque, figeant le monde dans une immobilité suffocante et mortelle. Rien ne vivait. Rien n’avait d’importance.
Zélos laissa le soleil brûler lentement sa peau blanche, le regard fixe, la tête emplie de pensées. Son esprit vagabondait par delà l’azur du ciel, et le vol des mouettes, au-dessus des nuages, bien au-delà des étoiles qu’il ne pouvait voir. Il était seul, enfin. Il ne paradait plus. Il n’était plus jugé. Il n’était plus désiré. Il n’était plus que lui. Son corps nu et sans fard rosissait sous les rayons que dardait un dieu tout puissant et invisible. Un dieu inaccessible qui avait fait de lui sa marionnette. S’il le voyait ainsi dévoilé, comprendrait-il qu’il ne devait pas se méfier de lui ? Il s’offrait en sacrifice, aussi sans défense qu’un nouveau né, pour prouver que son âme était restée pure comme celle d’un enfant, et qu’il ne méritait pas le destin qui le poursuivait.
Mourir pour son Dieu, ici ou ailleurs, quelle différence ? L’épargnerait-il ? Le voyait-il seulement ? Baissait-il parfois les yeux sur le monde abject qui était son royaume ? Ou bien le trouvait-il trop laid, pour mériter sa miséricorde ?
La chaleur du désert de Triet faisait délirer Zélos. Il en oubliait que ce dieu n’était qu’un homme. Un demi homme. Lloyd et les autres avaient dressé un campement sur une minuscule bande de terre herbeuse encore parfois arrosée par la pluie. La fine prairie verte et jaune s’étirait sur la côte entre ce désert mortel et une ancienne chaîne montagneuse, basse et usée par l’érosion et par le regard des hommes. Il n’y avait âme qui vive dans cette région, et le professeur avait expliqué à Zélos que le sceau du feu avait été libéré, et que la présence d’Effrit rendait la zone aussi brûlante qu’un brasier. Il était dangereux d’y rester longtemps sans protection. Il ne devait pas s’éloigner.
Mais le jeune garçon avait souri innocemment, et suggéré à Raine de l’accompagner derrière les épineux calcinés, afin de veiller sur lui de plus près. La magicienne n’avait guère apprécié son humour, mais il avait obtenu ce qu’il voulait. Il était parti loin du groupe et seul. Il avait besoin de laisser derrière lui ces gens qui ne le comprenaient pas. Il ne supportait plus leur condescendance gauche, et leur mépris. Lui qui avait toujours été le centre du monde, il ne parvenait plus à seulement se faire entendre. Aucun d’entre eux ne savait ce qu’il ressentait ou ce qu’il pensait. Ils n’avaient pas la moindre idée de la souffrance d’être rejeté. La solitude, Zélos la connaissait. Même au cœur d’une foule, même entouré de toutes ses gracieuses prétendantes, il restait seul. Isolé dans un puit d’obscurité glacée. Il était seul avec sa souffrance et ses peurs. Seul avec son destin.
De grosses gouttes de sueur perlaient sur sa peau cramoisie, et roulaient le long de ses cuisses et de ses bras. Il baissa ses paupières sur ses yeux et enferma un peu du bleu intense du ciel en lui. Ses pupilles brûlées le piquaient et lui tirèrent des larmes, tandis que des étoiles oranges et rouges dansaient devant ses yeux fermés. Il remua ses orbites douloureuses sous la fine pellicule de peau de ses paupières et le picotement qui suivit le fit grimacer. Il se demanda s’il perdrait la vue avant de se vider de son eau et de perdre la vie. La sueur trempait son corps et son visage. Les gouttes roulèrent jusque sous lui et se perdirent dans le sable fin de la plage. Son front brûlant brillait sous le soleil. Le sel et le sable tiraient sa peau, l’asséchant et la rendant fripée comme celle d’un lézard.
Sa beauté se fanait sous le soleil de plomb. Du jeune garçon à la peau lisse et fraîche comme une fleur couverte de rosée, il ne resterait rien. Dans la tête du jeune humain, la chaleur faisait fondre les pensées et mélangeait les idées. Il n’était qu’une enveloppe. Un corps, dont chacun voyait l’intérêt pour arriver à ses propres fins. Il n’était pas un élément pensant. Il ne ressentait rien. Il n’était qu’une poupée vide. Alors s’il abandonnait ce corps aux vautours, les autres le verraient-ils enfin tel qu’il était ? Son âme serai-t-elle libérée de cette prison de chair ? Ou bien il se trompait… Oui, peut être devait-il conserver ce corps qu’on lui convoitait tant et se débarrasser de son cœur. C’est de son cœur qu’irradiait la douleur. Sans lui, il ne rechercherait plus l’amitié et l’affection d’autrui. Il n’aurait plus à justifier ses choix, il agirait dans son propre intérêt, sans scrupules, jusqu’à sa fin. Car elle arriverait tôt ou tard. C’était son destin. Il devait être sacrifié à l’autel de l’orgueil et de la vanité d’un fou. Un fou, oui… mais un fou tout puissant. Un fou capable de briser un monde en deux et d’en devenir le roi, on appelait ça un dieu.
A travers ses paupières fermées, Zélos pouvait encore voir la sphère de feu monter inexorablement vers le zénith. Le temps passait vite, et le sable reflétait l’ardente lumière tout autour de lui maintenant. Le jeune garçon savait son heure proche. Même si les autres se mettaient à le rechercher à présent, il était trop loin pour qu’ils le trouvent avant qu’il ait rendu son dernier soupir. Cette idée lui arracha un sourire. Quand ils le découvriraient enfin, ils verraient en premier ses vêtements, éparpillés aux quatre vents. Ils serraient à moitié recouverts de sable et leur couleur aurait passé. Puis ses anciens compagnons continueraient leur chemin, et du haut d’une dune ils l’apercevraient enfin. Son corps nu giserai sur la plage, sa peau brûlée serait rouge sang et des cloques auront apparu sur ses cuisses et ses jambes. Des charognards auront déjà commencé à le dévorer. Sa cage thoracique serait éventrée comme un sac poubelle, ses tripes et son foie à l’air. Le sable aura pénétré dans ses narines et ses blessures. Ses paupières, collées par le sel, ne s’ouvriront plus que sur des orbites vides et sombres comme la nuit. Aussi noires que son cœur en cet instant.
Zélos ricana et la poussière le fit tousser violemment. Ses bronches encombrées recrachèrent un mélange purulent de sel et de sang. La douleur l’élança et son corps se plia en deux en un spasme. Sa tête et ses bras retombèrent en croix à terre, soulevant un nuage de sable fin. Un mince filet de sang rouge vif perlait à ses lèvres, blanches comme un linceul. Le mouvement involontaire qu’avait provoqué sa toux ranima la douleur des brûlures sur ses membres. Elle était intense et lancinante. Le jeune garçon ne regrettait pas de quitter ainsi ce monde de souffrances, mais il espérait conserver suffisamment de volonté et de lucidité pour rester allongé là, à attendre la mort. Il souhaitait que son corps à bout de forces ne tarde pas à lâcher prise, et qu’il s’évanouisse enfin.
Il en était arrivé à ce point de ses espoirs désespérés, quand une ombre se projeta sur son visage. A moins qu’il ne fut soudainement devenu aveugle. Le jeune garçon plissa des paupières, essayant d’ouvrir les yeux sur ce qui s’interposait entre le ciel et lui. Ses cils collés par les larmes sèches et la poussière ne lui permirent que de voir une forme flou et sombre penchée sur lui. Son cœur se mit à espérer un salut, alors même que son âme demandait délivrance. Zélos pria pour qu’il s’agisse d’une bête sauvage qui l’aiderait à en finir. Il se mit à rêver des ses crocs sur sa gorge. Une artère palpitante. Un coup de dent. Le sang chaud qui gicle en gerbes, arrosant le sable stérile du bleu de sa noble lignée. Et puis l’agonie. L’oxygène qui s’échappe en bulles de sa plaie béante, la sensation d’asphyxie. Le garçon jouissait déjà de sa fin toute proche. Il la désirait ardemment. Un très léger sourire, comme une grimace de douleur, se dessina sur ses lèvres craquelées et desséchées. Son corps quittait terre. Il se sentait partir. Il était léger comme l’air. Bientôt les étoiles l’accueilleraient en son sein. La terre tournait autour de lui. Tout tournait. Le sol et la mer, le ciel et le soleil. Le jour. La nuit. Et Zélos sombra dans le coma.
PAROLES
Zazie – Lola Majeur
Dors, ma rage, ma douleur
Dors, de moi je n´ai plus peur
J´ai goûté le bonheur
En Lola majeure
Dors, et va-t´en voir ailleurs
A d´autres raconter mes malheurs
Tu n´es plus à la hauteur
De Lola majeure
Dès lors, je peux bien te laisser
Dehors, puisqu´au fond j´ai trouvé
De l´or tout à l´intérieur
En Lola majeure
Dors, ma peine, ma douleur
Tu as perdu de ta couleur
La seule qui porte bonheur
C´est Lola majeure
Dès lors, légère, je m´envole
Mon âme ne touche plus le sol
Et plane en apesanteur
Sur Lola majeure
Oh dors, mon ange, ma douceur
En toi, ce qu´il y a de meilleur
En nous, fait battre mon coeur
En Lola majeure
Tu fais battre mon coeur
En Lola majeure