ROUGE SANG
Sur la musique de : Evanescence – My Immortal
Il ne neige pas souvent sur Meltokio. Le climat plutôt chaud de la région ne le permet pas vraiment. Moi, je ne suis pas d’ici. J’ai été enlevée de mon foyer il y a longtemps. J’étais très jeune alors et je ne me rappelle de rien. Le visage de mes parents et le nom de mon pays restent flous, mais je me souviens du froid qui me mordait les doigts et du goût de la neige sur ma langue. Depuis qu’on m’a ordonné de rester ici, je ne suis jamais sortie des limites de la ville, et les neiges immaculées qui recouvraient autrefois les paysages de mon pays me manquent cruellement.
C’est pourquoi quand j’ai vu ce matin les premiers flocons blancs se poser sur le rebord de la fenêtre, j’étais stupéfaite.
Je me trouvais dans la cuisine de la petite maison qui m’avait été assignée. J’avais refusé de vivre dans l’immense demeure de mon mari. Depuis sa mort, le regard des gens envers moi avait changé. Ils n’aiment pas beaucoup les étrangers ici, et il était plus prudent pour une sang-mêlée comme moi de vivre dans ce pavillon discret du centre ville que dans le quartier de la noblesse.
La nouvelle, selon laquelle Gaas l’Elu de Tesseha’lla allait épouser la fille d’un demi elfe et d’une humaine, avait grandement secoué les foules il y a trois ans. Mais l’Oracle avait parlé et personne n’osa y trouver à redire. Je me suis donc appelée Wilder.
Gaas avait beaucoup protesté. Il était très épris d’une jeune femme à l’époque, et il ne souhaitait pas lui être infidèle. Quant-à-moi, je n’avais bien sûr pas mon mot à dire. Heureusement, il ne nous fallu qu’une tentative pour exaucer le souhait des anges et concevoir un enfant. Nous avons mêlé nos deux destins une nuit où, de guerre lasse, Gaas se laissa convaincre de laisser une descendance. Zélos, mon enfant, mon petit, la chair de ma chair est né peu de temps après.
J’élevais seule mon enfant une année durant. Gaas parcourait le pays en tous sens pour le compte du roi. Nous ne nous voyions que très peu et nous parlions encore moins.
Quand les gardes impériaux m’ont appris que mon mari était mort en mission, je n’en ai pas conçu de larmes. Mais aujourd’hui je redoute qu’on ne m’impute la faute de son décès pour mieux me prendre mon fils.
Ils n’ont pas besoin de prétexte ici pour exécuter les demi elfes qui tiennent leur tête trop haute. Alors je fais tout ce que je peux pour garder mon enfant auprès de moi le plus longtemps possible. Il est ce que j’ai de plus précieux au monde. Mais je sais qu’un jour nous serons séparés. C’est inéluctable. Je le sens au plus profond de moi.
La neige continuait de tomber et recouvrait peu à peu les rues de Meltokio. Derrière les carreaux, les passants, surpris, retournaient précipitamment s’abriter dans les échoppes ou rentraient chez eux.
Je posais mon couteau sur la table en bois brut et repoussais le petit tas de fèves et de carottes attendant d’être épluché et découpé pour le repas du soir. Mon garçon jouait calmement, assis par terre, avec la poupée qui ne m’avait pas quittée de toute mon enfance. Il n’avait rien remarqué. Il semblait très concentré. Ses petites mains blanches caressaient les cheveux du poupon en tissu et sa bouche rose, plissée en une moue adorable, faisait des bulles de salive qui éclataient en un charmant gazouillis de bébé.
La chaleur du foyer nous entourait, mais je sentais en moi l’appel du vent glacial et de la neige à l’extérieur. C’était le signe que j’attendais. Le courage m’avait manqué jusqu’à aujourd’hui, mais cette météo exceptionnelle faisait naître en moi des envies et des espoirs exceptionnels. Le Jour de la Fuite ! Je l’avais toujours repoussé, craignant qu’on ne me rattrape et qu’on me sépare de mon enfant. Mais là il s’imposait à moi. C’était aujourd’hui. Il était là, dans la neige, dans le gel, dans le vent du nord. Chaque cellule de mon corps m’exhortait à sortir de chez moi. Du pied, je dispersais les braises sous la marmite. Je regardais mon bébé.
« - Zélos, mon cœur ? » dis-je tendrement.
Le chérubin leva ses grands yeux gris bleus vers moi d’un air interrogateur.
« - Regarde, chéri. Il neige. »
Le petit ange tourna la tête vers la fenêtre. Ses yeux s’agrandirent sous la surprise et s’aidant de ses deux mains il se leva et couru vers la vitre. Le tap tap tap de ses pieds minuscules sur le plancher m’arracha un sourire triste.
« - Oh… », fit-il de sa voix fluette, les yeux en l’air, ses cheveux roux en bataille.
Sans lâcher sa poupée, il leva un bras vers le carreau, bien trop haut pour lui et babilla :
« - Ça brille maman.
- Oui mon chéri. C’est de la neige. C’est à ça que ressemble l’eau quand elle est très froide. Tu veux qu’on aille la voir de plus près ? Il faut mettre ton manteau.
- Oui ! » répondit-il vivement en regardant son vêtement suspendu à une patère derrière la porte d’entrée.
Je l’aidais à enfiler le plus épais manteau qu’il avait et lui enroulais une écharpe presque neuve autour du cou. Il ressemblait à un bonhomme de neige tout rond ainsi attifé tout en bleu ciel. Ses yeux pleins d’amour ne me quittaient pas. Ses longs cils lui donnaient un regard très doux et ses cheveux roux se dressaient en épis sur sa tête, indomptables. Je sentis l’angoisse serrer mon cœur et mon pouls accélérer.
En m’habillant à mon tour, je me laissais aller à penser que cette folle entreprise pouvait réussir. Peut être irions nous jusqu´au parc. Les gardes étaient allés s’abriter sous un auvent. Ils ne nous verraient pas passer.
Ou alors… peut être que nous ne pourrions même pas atteindre le quartier sud de la ville. Peut être oui…
Ou bien peut être parviendrions-nous à échapper à la vigilance de nos geôliers et à atteindre les portes des la ville !! Il me fallait essayer ! C’était ma chance !
Je pris mon enfant dans mes bras et sortis. Le contact de sa joue douce et chaude sur la mienne me donna du courage. Une rafale de vent glacé s’engouffra sous ma jupe et la nostalgie de mon enfance m’étreignit le cœur. Mes jambes tremblaient légèrement et j’espérais que personne ne devinerait mes intentions. J’avançais prudemment dans la rue recouverte de poudreuse blanche. La neige crissait sous mes pas. Quel plaisir ! Et quelle angoisse !
Il ne fallait surtout pas courir. Un pas après l’autre. Nous devions déjà marcher jusqu’au parc sans nous faire repérer. Si les gardes nous prenaient là, j’aurais au moins une excuse…
Le vent sifflait dans mes oreilles et le froid mordait ma peau, mais je ne m’en souciais guère. Mon esprit était concentré sur le banc maculé de neige à la sortie du parc. Le chemin semblait interminable. La peur faisait naître des fourmillements dans mes bras et mes jambes. On y était presque. Le parc enfin…
Zélos se tortillait entre mes bras, impatient. Il réussi à m’échapper et sauta dans la neige. La couche en était si épaisse qu’il s’enfonça jusqu’à mi cuisse. Vif comme l’éclair il se mit à courir en riant, jetant de la neige dans tous les sens avec ses petites mains potelées.
Je sentis alors une douleur insoutenable me traverser. J’étais comme… transpercée par la peur et la haine. Ma vue se brouilla et je m’écroulais à terre. Que m’arrivait-il ?
Mon fils… il semblait si loin. Des gardes… la garde impérial s’empare de mon enfant ! Lâchez-le ! Rendez-le moi !! J’essayais de bouger sans y parvenir. Aucun son ne sortait de ma bouche.
La neige autour de moi se teintait lentement de rouge et je compris que mon projet de fuite avait été vain…
Ma poitrine me brûlait. J’étais incapable de parler. Une vague de regrets monta en moi. Quelle mère indigne ! Abandonner mon fils comme ça…
Mon tout petit… je ne peux pas le laisser seul, il n’a que moi… Pardonne-moi… Zélos…
Mes oreilles bourdonnaient. J’entendis des cris derrière moi. Une femme, elle hurlait. J’entendis qu’on se battait. Que se passait-il ? Je ne parvenais plus à respirer. Le froid m’envahit. L’espace d’une seconde je revis les paysages de chez moi. Mon pays que je n’aurais jamais dû quitter… Mes parents…
Pardonne-moi mon fils, je n’ai pas pu te sauver de ton destin. La nuit tomba devant mes yeux, et la paix peu à peu m’envahit.
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Milène Wilder s’endormit ainsi dans le linceul blanc de la neige. Elle ne su pas que son fils avait une demi-sœur, prénommée Sélès, ni que celle-ci se tenait à dix mètres de la scène, attendant sa mère qui ne reviendrait pas. Elle ne su pas non plus que la mère de cette enfant, terrassée par la douleur d’avoir perdu son amant, et résolue à se venger, lui avait transpercé le cœur avec une épée en tentant d’assassiner Zélos, le fils non désiré. Elle ignorait également que Zélos avait tout vu, et qu’il conserverait de cet instant un souvenir traumatisant, nourrissant des sentiments ambigus contre les demi elfes, et un profond mépris pour sa propre vie inutile et vide de sens.
L’enfant mal aimé, l’héritier maudit, futur Elu de Tesseha’lla était orphelin.
PAROLES
Evanescence – My Immortal
I´m so tired of being here
Suppressed by all my childish fears
And if you have to leave
I wish that you would just leave
Because your presence still lingers here
And it won´t leave me alone
[Bridge]
These wounds won´t seem to heal
This pain is just too real
There´s just too much that time cannot erase
[Chorus]
When you cried I´d wipe away all of your tears
When you´d scream I´d fight away all of your fears
I´ve held your hand through all of these years
But you still have
All of me
You used to captivate me
By your resonating light
Now I´m bound by the life you left behind
Your face it haunts
My once pleasant dreams
Your voice it chased away
All the sanity in me
[Bridge] [Chorus]
I´ve tried so hard to tell myself that you´re gone
But though you´re still with me
I´ve been alone all along
[Chorus]
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TRADUCTION
Je suis si fatiguée d´être ici,
Etouffée par mes craintes enfantines
Et si tu dois partir
J´aimerais que tu partes tout simplement.
Car l´ombre de ta présence persiste
Et elle ne me laissera pas en paix
[Pont]
Il semble que ces blessures ne cicatriseront pas
Cette douleur n´est que trop réelle
Il y en a simplement trop pour que le temps puisse les effacer
[Refrain]
Quand tu pleurais, j´essuyais toutes tes larmes
Quand tu criais, je combattais toutes tes craintes
J´ai tenu ta main pendant toutes ces années
Mais tu as toujours
Tout de moi
Autrefois, tu me captivais
Par ta lumière résonnante
Maintenant je suis restée prisonnière de cette vie que tu as laissée
Ton visage hante
Mes rêves qui furent un temps agréables
Ta voix a chassé
Toute la raison en moi
[Pont] [Refrain]
J´ai tant lutté pour me convaincre que tu étais bien parti
Mais bien que quelque part tu sois toujours avec moi
Je suis seule depuis le début
[Refrain]