Chapitre "je sais plus combien et j´ai pas le temps de chercher" : Nilvania
La porte de la chambre grinça et une personne fit son apparition. C’était une jeune nervys, elle devait avoir le même âge qu’Aerys à en juger par son apparence. Elle était assez petite, bien qu’elle devait dépasser le jeune piaf d’un ou deux centimètres, avait les yeux verts, une longue chevelure noire aux reflets bleuâtre et n’avait rien de reprochable physiquement. Si Aerys n’était pas un piaf, il l’aurait certainement trouvé séduisante. La jeune fille des océans revêtait une tunique fabriquée avec un mélange de tissu et d’écailles, une des manifestations du savoir faire nervys en ce qui concernait la fabrication de vêtements divers.
Le fille regarda dans la direction d’Aerys et constata avec sourire que ce dernier était conscient. Le jeune piaf la regarda d’un air méfiant, savait-elle qui il était ?
« Bonjour, commença la nervys d’une voix très mélodieuse, je suis ravie de voir que tu vas bien. Quand on t’a trouvé tu étais dans un état déplorable, je n’étais pas certaine que les mages allaient réussir à te soigner aussi vite. Par contre on n’a pas encore eu le temps de réparer ta jambe, il faut laisser du temps entre chaque guérison magique sinon ça fait plus de mal que de bien… Tes vêtements étaient déchirés aussi alors on s’est permis de te vêtir avec ce que nous avions. »
La jeune nervys avait dit tout cela avec un sourire des plus accueillants. Aerys essaya d’assimiler du mieux qu’il le pouvait ce que venait de lui dire la fille, malgré son esprit encore un peu embrumé. Aussitôt après, il jeta un coup d’œil à ses vêtements. Il était désormais vêtu d’un simple tissu noir qui lui servait de veste. La veste couvrait un vêtement assez étrange. En apparence il s’agissait d’une côte de maille faite en écailles de poisson noires, mais les écailles émettaient des reflets de toutes les couleurs, malgré leur teinte d’origine. Le vêtement était des plus légers et semblait très souple, mais la jeune nervys lui assurait que la cote de maille était assez solide et avait la capacité de dévier les sorts de faible intensité. Quant au bas, il s’agissait d’un short long fabriqué avec un mélange d’un tissu noir et des fameuses écailles sombres qui composaient sa cote de maille.
Le jeune piaf admirait sa nouvelle tenue quand il se rendit soudain compte que son médaillon avait disparu. Il jeta des regards frénétiques autour de lui et finit par l’apercevoir sur un petit meuble près de son li qu’il n’avait pas remarqué auparavant. Il s’empara donc de son objet fétiche. Ce pendant au moment de le remettre autour du cou, il recula d’un pas et une douleur violente lui traversa la jambe. La surprise lui fit lâcher son médaillon qui tomba au sol et s’ouvrit.
Tandis que le piaf jurait envers sa blessure au membre inférieur, la jeune nervys s’accroupi, ramassa l’objet doré et regarda à l’intérieur. Sur l’intérieur d’une des deux parties se trouvaient des restes d’une photo qui semblait avoir été brûlée, sur l’autre était grossièrement gravé un étrange symbole indescriptible, mais que la jeune nervys connaissait bien.
Aerys se rendit compte de ce que faisait la jeune fille et lui prit le médaillon d’un geste brusque avant de le remettre autour de son cou, bien fermé cette fois. La jeune nervys se releva et fixa le piaf avec ses grands yeux verts.
« Tu es pirate ? » demanda-t-elle avec un regard admiratif.
Aerys se figea, ne sachant quoi répondre. La jeune nervys s’approcha de lui en continuant de le fixer de cet air admiratif. Le piaf recula d’un pas, visiblement déstabilisé par le regard de la fille.
« J’ai toujours rêvé de voir un pirate en vrai, j’en voyais juste dans les livres avant, ajouta-elle
- Ecoute, euh…
- Alicia, compléta la nervys.
- Alicia, répéta Aerys, il faut absolument que je retrouve le reste de mon équipage, il n’y avait personne d’autre avec moi ?
- Pas du tout, tu étais le seul, répondit Alicia sans lâcher le jeune pirate du regard, mais les pirates ne sont pas armés d’habitude ? Tu dois en avoir toi aussi, je peux la voir ? C’est quoi, une épée ou une dague ?
- Euh, un bâton de mage, d’ailleurs tu sais où il se trouve ?
- Non, on a trouvé que toi sur la plage, déclara la jeune fille, on t’en donnerait bien mais les nervys ne sont pas très doués pour fabriquer ce genre de chose, tu aurais plus de chance dans un village avec des elfes.
- Et… je suis où d’ailleurs ? questionna le piaf.
- Ici tu es à Nilvania » annonça Alicia.
Aerys resta muet en entendant ce nom. Il avait l’intime conviction qu’il l’avait déjà entendu auparavant. Il ne bougea pas, pensif, son regard plongé dans celui de la nervys, malgré le fait qu’il avait complètement oublié sa présence…
La porte s’ouvrit sans prévenir et Alicia s’éloigna en direction du nouvel arrivant qui se trouvait visiblement être son père. Le piaf l’entendit discuter avec sa fille.
« Il travaillait sur un bateau marchant, mentait la jeune nervys, ils ont été attaqués par des pirates. Il s’est bien remis du choc…
- Bien, répondit le père, je vais lui soigner sa jambe et ensuite il pourra sortir s’il le souhaite. Quant à toi, il est temps d’aller aider ton frère pour la pêche.
- Bien père. »
Alicia sortit de la pièce, jetant un dernier coup d’œil à Aerys.
Plus tard, le jeune piaf était sur pied et pouvait se déplacer librement. Le premier endroit où il s’était rendu était la plage. Il avait passé un long moment à nager dans l’étendue bleue. Si les soins magiques lui avaient soigné toute blessure physique, seul ce bain avait été capable de lui remonter le moral. Ensuite il se lança dans une rapide visite du village.
Nilvania était un endroit assez paisible en bord de mer. La plupart des habitations donnaient sur une plage de sable fin et le reste se prolongeait sur une étendue plane et herbeuse. Ainsi même dans les rues qui passaient entre les bâtiments de pierre on pouvait sentir les brins d’herbe se plier sous son poids. Le village était majoritairement peuplé de nervys, mais on pouvait aussi constater la présence d’autres piafs. Visiblement les ressources de Nilvania se trouvaient principalement dans la pêche car il y avait de nombreux marché sur lesquels on pouvait constater la présence de nombreux poissons présentés sur des étalages. Pourtant le village ne possédait ni port, ni navire, ni phare. Les piafs et les nervys utilisaient certainement les méthodes traditionnelles, c´est-à-dire de la plongée ou des envols armés de lances et de filets de pêche.
Régulièrement Aerys retournait sur la plage, certainement l’appel du pirate vers la mer, et marchait quelques minutes les pieds dans l’eau. Il constatait souvent la présence de ruines à moitié recouvertes par le sable. Il finit alors par se rappeler pourquoi il connaissait le nom de Nilvania : il s’agissait du lieu de son tout premier pillage. Il y en avait tellement qu’il avait fini par l’oublier. Depuis le village semblait s’être reconstruit et même agrandi.
Il retourna alors à la maison de ceux qui les avaient si gentiment accueillis et leur annonça son départ.
« Vous êtes certains que vous ne voulez pas rester une nuit de plus ? demanda le père au cours du repas du soir.
- Je m’en voudrai de m’imposer plus longtemps, répondit Aerys, de plus j’ai de nombreuses choses à faire et pour cela il me faut partir le plus vite possible.
- Mais la nuit tombe et vous n’avez même plus votre bâton pour vous défendre, commença Alicia avec un air suppliant.
- Allons ma fille, l’interrompit son père, nous devons respecter la décision de notre hôte, il a certainement de bonnes raisons de prendre un tel risque… »
Après avoir dit au revoir à tout le monde, il sortit de la modeste habitation et se dirigea vers le centre du village. Il arriva alors devant un grand bâtiment. Le piaf regarda autour de lui, personne ne se trouvait aux alentours, et il faisait trop sombre pour qu’on le reconnaisse depuis la fenêtre de l’une des habitations les plus proches. Il se dépêcha donc de pénétrer à l’intérieur du bâtiment et ferma la porte derrière lui.
Les bibliothèques étaient rarement fermées à clés, même la nuit, et celle-ci ne faisait visiblement pas exception. Dans la pénombre on pouvait apercevoir les nombreuses étagères alignées et remplies de divers ouvrages. Cette bibliothèque était sans doute la plus grande qu’Aerys ait jamais visité, habituellement les villages côtiers en possédaient des plus petites car ils se concentraient sur la fabrication de taverne pour que les marins puisse décompresser de leurs longs voyages en mer.
Le pirate reprit ses anciennes habitudes et alla directement consulter les registres pour trouver les ouvrages qui l’intéressaient avec plus de facilité. Ne possédant pas un sac très grand et déjà presque plein en raison des provisions que lui avaient confié la famille d’Alicia, il ne pouvait se permettre de s’encombrer que d’un seul et unique livre.
Son regard s’arrêta sur le titre d’un livre qui s’intitulait « La magie des dragons : modification et transfert de mana ». Le mot « dragon » resta dans sa tête, comme résonnant en écho continu dans son esprit. S’il s’agissait de la magie des dragons, il y avait de fortes chances pour que le livre renferme de nombreux et puissants sorts de feu. Il se dirigea alors droit vers le rayon où devait se trouver le fameux ouvrage. Il le trouva avec une certaine facilité. La couverture du livre était faite en cuir rougeoyant orné d’une reliure dorée.
Apparemment personne ne prenait le temps de consulter ce dernier car aucune des pages n’était cornée. Il faut dire que le bouquin était scellé avec une sorte de mécanisme en or qui empêchait toute ouverture. Aerys se dirigea tout de même vers la sortie, pensant qu’il trouverait bien quelqu’un pour l’ouvrir ou détruire le mécanisme dans un autre village.
Il venait d’atteindre la porte et allait l’ouvrir quand une flèche se planta soudainement dans la poignée…