La nuit était tombée. Il n’y avait pas le moindre nuage, le ciel étoilé laissait apparaître la lune en son centre. Celle-ci était pleine et éclairait de sa pâle lueur l’étendue d’eau calme qui la reflétait paisiblement. Au loin, on pouvait apercevoir quelques lueurs le long de la côte, sans doute les tavernes et autres bâtiments du genre qui restaient ouverts une bonne partie de la nuit.
Aerys, en tant que second du capitaine, se devait d’être présent lorsque chaque décision d’Octis était prise. Il restait donc dans le bureau de ce dernier. On entendait le bois du navire craquer à chaque ballotement que ce dernier subissait. Le son des quelques vaguelettes qui se brisaient sur la coque se faisait également audible, surtout pour l’ouïe fine du jeune et téméraire piaf.
« Entrez » dit le capitaine avant même que l’on frappe à la porte.
Cette dernière s’ouvrit, laissant apparaître plusieurs membres de l’équipage. Le groupe convoqué était composé de deux elfes, d’un nervys et de Lynus.
Ils se mirent autour de la table centrale pendant que Lynus y étalait un plan de la ville. Octis surveillait la scène de ses yeux rougeoyants. Son regard parcouru la totalité de la carte, puis il se mit à parler.
« Les conditions sont loin d’être idéales ce soir, commença-t-il de sa voix gutturale, il va donc falloir les rendre plus appréciables. Un sortilège de brume devrait suffire, l’eau est calme ce soir elle changera le tout en brouillard avec facilité et nous permettra une approche des plus discrètes. Leur phare est très rudimentaire, on pourra donc s’en débarrasser en y envoyant un ou deux membres de l’équipage pour remplacer les gardes que l’on aura au préalable tué avec des flèches.
Ensuite le pillage commencera. Un ou deux coups de canon pour abattre quelques bâtiments que l’on saura remplis, comme les deux auberges ici et ici, suffiront à neutraliser une bonne partie de ces paysans sans défense. Ça fera également une bonne diversion pour permettre un petit débarquement sur cette berge. Ceux qui seront au sol iront alors piller les habitations, avec la mairie comme cible prioritaire. Et n’oubliez pas de piller également les réserves de nourriture ainsi que l’armurerie. Le bordel qui devra normalement régner permettra à Aerys d’aller brûler les champs les plus proches du centre…
- Pas de bibliothèque ? s’étonna le piaf.
- Si mais elle est trop petite, répondit Octis, brûler les livres qu’elle contient ne génèrera pas de brasier assez important pour qu’il se répande sur la majeur partie du village, la diversion ne serait donc pas assez suffisante. Il vaut mieux s’occuper des champs, cela parait un meilleur partit. Cette ville ne dispose apparemment pas de canon mais de flèches enflammées, on restera donc à bonne distance pour forcer les archers à se mettre en hauteur s’ils veulent nous atteindre. A ce moment là, on pourra les bombarder de sorts de foudre sur les zones où ils seront perchés, ici et là. Faites passer l’info, on passe à l’attaque dès que le brouillard est en place. »
Il avait dit tout cela en pointant certaines zones de son long doigt fin. Indiquant les zones stratégiques qu’il avait nommées, comme la mairie ou les auberges. Le plan paraissait très bien ficelé, tout comme les nombreux plans qui étaient sortis de son esprit calculateur.
Lynus remballa le plan qu’il avait apporté et sortit du bureau, accompagné des autres. Aerys resta tranquillement dans le bureau avec le capitaine en attendant que l’assaut débute, regardant ce qu’il se passait par une fenêtre.
L’un des elfes qui était venu leva son bâton de magie et une brume se leva rapidement autour du vaisseau. Ce genre de sortilège, bien que se montrant très utile, n’intéressait guère Aerys qui préférait de loin les sorts basés sur le feu, bien plus efficaces lors des pillages ou des combats marins.
Comme l’avait prévu Octis, la brume s’épaissit rapidement et alla se répandre jusque vers le village. Le navire s’approcha lentement de la berge. Comme il fallait s’approcher très près pour permettre à l’archer, l’autre elfe qui était présent lors de la réunion, d’attendre les gardes du phare, Octis prit donc la barre du navire en personne pour manœuvrer. On entendit une flèche siffler et l’unique garde du phare fit une longue chute jusque dans l’eau. A ce moment là, deux humains quittèrent le navire pour rejoindre le phare à la nage et pénétrèrent à l’intérieur pour le garder afin que personne ne vienne sonner l’alerte.
Le navire vira de bord et s’éloigna alors de Nolido pour se placer à une distance convenable. Quelques barques prirent la mer pour se rapprocher de la berge et ainsi agir en vitesse lorsque l’assaut débuterait. Le silence dominait toujours, personne n’avait encore remarqué leur présence… Octis scruta l’horizon de son regard froid et calculateur.
« Feu ! » ordonna-t-il d’une voix calme.
Les cannons commencèrent à crier, crachant des gerbes de flammes qui propulsaient des boulets de plomb jusque sur les bâtiments de Nolido. On commençait à distinguer des cris au loin, bien que la majorité soient couverts par les bruits d’explosions. Les barques commencèrent à se rapprocher d’avantage de la berge jusqu’à accoster sur une plage, déversant des petits groupes de pirates. Certains s’occupaient déjà d’égorger les passants qui tentaient de fuir tandis que d’autre couraient droit sur la mairie.
Sur le navire, Aerys se préparait, faisant quelques étirements en admirant le spectacle. Il était plus prudent d’attendre que quelques archers se soient faits décimer…
« Les archers sont en position » déclara enfin Octis en fixant les lueurs qui se tenaient au sommet des falaises, provenant sans doute de torche servant à enflammer les flèches.
L’elfe qui avait lancé le sort de brume auparavant leva de nouveau son bâton, récitant des incantations dans une langue étrangère. Le ciel commença à s’assombrir et à gronder. Puis le premier éclair tomba, frappant une des zones où se trouvaient les archers de Nolido.
C’était le signal qu’attendais Aerys. Ce dernier prit de l’élan et s’envola en direction du village. Il franchit avec rapidité l’étendue d’eau qui le séparait de son objectif, fit un léger plongeon afin d’éviter une pluie de flèches que des archers venaient de décocher : apparemment certains d’entre eux étaient restés au village et n’avaient pas rejoint les autres en haut des falaises.
Il traversa ainsi plusieurs zones dangereuses avec une extrême facilité. Son agilité lui permettant de ne pas se faire avoir par les projectiles. Puis il atterrit enfin devant la bibliothèque et y pénétra en refermant les portes derrière lui.
La zone était sombre, mais on pouvait y distinguer les nombreuses étagères qui faisaient la longueur du bâtiment. Cette bibliothèque était en effet plus petite que toutes celles qu’il avait déjà brûlé, mais il y venait tout de même pour faire ce qu’il y fait d’habitude.
Il se mit rapidement à fouiller dans les registres afin de gagner du temps : il ne fallait pas que son absence puisse contrarier les plans d’Octis. Il trouva alors la liste des différents livres. Regarda dans la catégorie des sortilèges, la sous catégorie de l’élément de feu, et trouva son bonheur. Il jeta un œil furtif à la section où se trouvait le livre ainsi qu’à son auteur et décida de s’y rendre. Avec une grande rapidité, il se rendit dans la zone indiquée par le registre. Il jeta un œil aux auteurs pour se repérer avec plus de vitesse puis se stoppa devant une zone bien précise de l’étagère en regardant avec plus d’attention.
Soudain il aperçu la place que devait occuper le grimoire, vide. Il jura contre le bibliothécaire qui n’avait pas précisé que le livre était emprunté sur le registre et se dépêcha de sortir du bâtiment. Dans son sillage, il laissa s’échapper deux ou trois boules de feu pour embraser la bibliothèque et s’envola en direction des champs qu’il bombarda de ses sortilèges brûlants…
Peu de temps après, il entendit au loin le cri strident d’un nervys de l’équipage. Ce cri n’était pas audible à l’oreille humaine mais Aerys pouvait parfaitement le percevoir. Le cris provenait en réalité du navire et était donné pour signaler le départ quasi-imminent du Spined Octo.
Le jeune piaf se dirigea donc vers le navire, poussant au passage des cris ressemblant à ceux d’un aigle pour signaler aux humains de l’équipage, qui n’avait pu entendre les cris du nervys, que le départ se faisait proche.
Au passage il profita de la vue aérienne qu’il avait de la scène : un village dévasté, pillé, ravagé par les flammes et les cannons. Il vit également que des membres de l’équipage se trouvaient parmi les cadavres et en versa quelques larmes. Cependant il se remit vite de la triste réalité qui était son quotidien et rejoignit le Spined Octo.
Le navire attendit les quelques barques qui contenaient les hommes ramenant le butin récupéré au sol. Puis il prit la direction de l’île d’Octis. Dans la nuit et le brouillard, personne ne remarqua qu’un navire de la marine royale qui patrouillait dans les parages s’était lancé à la poursuite du vaisseau pirate...