Voilà fini, dites ce que vous en pensez !
Premier parchemin.
Phéryon se réveilla en sursaut, nageant dans sa sueur. Il était pétrifié par le cauchemar duquel il émergeait. Depuis bientôt un an il le faisait dès que Morphée le prenait dans ses bras. Il voyait une bibliothèque brûler, sans qu’il ne puisse y faire quoi que ce soit. Pour lui, tout cela était pire que toutes les visions horribles que l’on pouvait imaginer. Tout cela car il était un ancien chevalier bibliothécaire.
Ces hommes et femmes étaient des personnes qui dévouaient leur vie tout entière à la grande Bibliothèque d’Ezurie. Ils étaient chargés tout d’abord de protéger cet endroit qui leur semblait sacré, et aussi de le remplir de tous les savoirs qu’ils avaient accumulés. Bien heureusement il ne leur était jamais arrivé de devoir utiliser leurs arbalètes, leurs épées efilées et leurs frondes qui jetaient des boules d’acier à la tête de leur adversaire avec une force et une précision effrayantes. Cette dernière arme générait le plus souvent un éclatement cranien, aussi on évitait de provoquer trop fortement les savants chevaliers. Perchés sur leurs esquifs volants, ils parcouraient tout l’Ikahar pour tenter de débusquer de nouvelles animales ou végétales à répertorier.
Le jeune elfe noir avait été un des meilleurs d’entre eux en son temps. Il était une des rares personnes à avoir écrit plus d’une cinquantaine de parchemins traitant tous de sujet différents. Et aussi un des plus grands lecteurs… Tous les parchemins d’écorce de la Grande Bibliothèque étaient passés entre ses mains. Autant dire qu’il avait bien profité de ses 120 ans passés au service du directeur du centre de recherche, Salborg Erthymas, un autre elfe mais qui lui était tout à fait normal.
Malheureusement pour lui, on le convoqua un jour dans la grande cour centrale, avec son équipement au grand complet. Tous les grands personnages de l’endroit s’étaient réunis. Sans qu’ il ait le temps de comprendre on lui avait arraché la longe de son esquif et on l’avait ramené à terre. Alors Erthymas approcha et brisa les chaînes qui reliaient les poids de navigation à l’esquif. Il trancha toutes les cordes qui permettaient de naviguer. Phéryon tremblait de rage mais il ne pouvait pas bouger. Trop lâche. Enfin il comprenait… On le destituait en ce moment même, pour avoir désobéi.
Quand pour finir le directeur prit un marteau et commença à fracasser la poupe, le maître de l’esquif saisit sa dague et lui plaça sous la gorge, avant de s’écrouler en sanglotant. On le jeta dehors sans plus de ménagement.
Depuis ce triste épisode il vivait « tranquillement » en bordure de la forêt proche d’Ezurie. Il se procurait sa pitance en chassant les cerfs et les lapins grâce à son ancien équipement, qu’on avait oublié de lui enlever. Son sabre n’était pas sale, ses carreaux d’arbalète ne sortaient guère de leur carquois, et ses billes de plomb ne partaient de leur étui que quand il lui arrivait de trébucher. Son équipement restait intact car il vivait de peu, mais pas seulement. La traque du gibier n’était pas sa seule activité. Il était aussi assassin.
Dans ces calmes contrées existaient aussi des personnes indignes de confiance, qui se livraient une guerre secrète. Et il n’était pas rare que les dits personnages utilisent des moyens très peu…. Habituels et légaux pour se débarrasser de leurs concurrents. Empoisonnements, flèches en plein cœur et cordelettes autour du cou n’étaient pas rares dans la région…. Et Phéryon avait le malheur de devoir s’occuper de certains cas trop gênants. Mais après tout ce travail était plutôt bien payé, jusqu’à une pièce d’or pour certains gros contrats. Mais ceux-ci se faisaient rares.
L’elfe aimait aussi ce travail car pour lui rien n’était plus jouissif que de planter ses magnifiques dagues dans la chair d’un trafiquant obèse, qui exploitait ses concitoyens sans le moindre scrupule. Une technique qu’il appréciait tout particulièrement était de couper les membres de ses victimes les uns après les autres, après avoir anesthésié le « sujet » . Puis il finissait par trancher la langue du pauvre bougre qui était tombé entre ses mains, avant de le laisser se noyer dans son propre sang, qui inondait sa gorge. Cet affreux personnage était un brin psychopathe à ses heures… Mais ces crimes lui permettaient de vivre aisément, et après chaque exécution de contrat il était convié à un magnifique repas dans telle ou telle maison de joie… Quand il avait commencé ce travail, tuer aussi impunément le révulsait mais sa tristesse, qui c’était muée en goût du sang, avait bien vite pris le dessus.
« -Caaaark !
-Ah, te voici, mon cher compagnon ailé… Quelle chose te perturbe ainsi ?
-Caaark…. Caark !
-Je vois… Vas lui apporter ceci. Et fait vite mon fidèle Cark…. »
Phéryon gratta à la va vite un mot sur lequel il mit ces mots :
« Travail accepté, dispo à 3 heures du matin après repas. Signé votre elfe favori. »
L’immense corbeau albinos partit aussitôt, rapide comme une flèche. Son maître le regarda partir jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière le rempart de la ville.
Un nouveau travail l’attendait…Il commença à aiguiser ses dagues, sans précipitation