Voilà voilà, un petit chapitre écrit vite fait . . . C´est pas tout ça, je retourne bosser . . .
Je soupirai. À peine venais-je de rencontrer une personne qui m’avait semblée sympathique qu’elle venait de me fausser compagnie. Une mèche de cheveux me retomba sur les yeux. Je n’essayai même pas de la repousser et sortis de l’auberge. Dehors, les rues se vidaient peu à peu. Le soleil orangé disparaissait peu à peu derrière les sommets montagneux. Il était temps que je trouve un endroit où dormir. J’hésitai un instant à retourner dans l’auberge d’où je venais. Je jetai un regard derrière moi, et contemplai la porte en bois. Derrière devaient encore giser les corps des deux morts-vivants. Mon âme me criait d’y entrer, d’aller retrouver cette elfe qui m’était venue en aide ; ma main se tendit vers la poignée ; mes yeux brillèrent . . . et je reculai. Non, il n’était pas question que je sois faible, que je cherche à me lier d’amitié avec qui que ce soit. J’étais seule depuis que les dark humans m’avaient enlevée, et je serai seule jusqu’à ce que je les aie retrouvés. Mon poing se serra et mes yeux s’allumèrent d’une lueur farouche. Lentement, je me dirigeai vers une autre auberge, qui se trouvait de l’autre côté de la petite rue. Des rires et des conversations animées provenaient de l’intérieur. Je posai la main droite sur la poignée et la tournai lentement. De ma main gauche, je serrai mes trois aiguilles, chacune entre deux doigts. J’étais bien décidée à ne pas me laisser avoir une nouvelle fois. J’ouvris la porte, qui grinça quelque peu, et pénétrai dans la pièce. Personne ne me sauta dessus, ni même ne remarqua ma présence. Me faufilant entre les clients, j’accédai au comptoir. Je hélai le tavernier, qui me fit signe de patienter. Autour de moi, une masse incroyable de personnes se pressaient pour commander à boire. Toutes les tables étaient bondées, et je devinai que l’étage devait être aussi rempli. Je priai pour qu’il reste une chambre disponible.
Alors que je prenais mon mal en patience, assise à un tabouret du bar, un vieillard s’affala sur moi.
- Hips ! Excusez-moi, jeune damoiselle !
Il me regarda d’un air vitreux. Ses yeux mis-clos, son nez rouge et son haleine pestilentielle me laissaient deviner qu’il était saoul. Après m’avoir scrupuleusement détaillée, il me demanda :
- Ma jolie gonzelle, me rendrais-tu le service de me monter dans ma chambre ?
Surprise, je bafouillai puis refusai de justesse : j’étais seule, je resterai seule et il n’était pas question que j’aide un vieillard encombrant.
- Allons, grommela-t-il, contrarié, je vous offre l’hospitalité ! Vous ne pouvez pas refuser !
Il avait raison. C’était là ma seule chance de trouver un endroit calme où dormir.
- C’est d’accord, accordai-je à contrecœur.
Je pris son bras et, le soutenant de toutes mes forces, le montai jusqu’à sa chambre, qui allait aussi être la mienne pour cette nuit. Je le posai sur son lit, et il s’endormit aussitôt, ronflant plus fort qu’une assemblée de cochons. Je le recouvris avec sa couverture et m’assis à ses côtés. Une pointe me piqua violemment la fesse droite. Je me relevai d’un bond et soulevai la couverture. Accroché à la ceinture du vieillard se trouvait un objet d’une rareté incroyable et d’une utilité folle. Une corne d’abondance. Je la saisis délicatement dans mes mains. À l’aide d’une de mes aiguilles, je coupai la corde qui l’attachait au vieil endormi. En forme de corne, l’objet était sculpté dans une étrange matière. On aurait di t du marbre, mais c’était trop léger pour en être. Voulant tester son bon fonctionnement, je la levai vers le ciel et dit :
- Eau !
Aussitôt, je sentis la fiole se remplir dans mes mains. Je la portai à ma bouche, et pus boire jusqu’à étancher ma soif.
- Bien pratique, cette chose-là, me dis-je.
Au moyen de la cordelette qui y pendait, j’attachai la corne à mon cou. C’était décidé : elle était désormais mienne.