Voilà, j´espère que ce chapitre ne sera pas trop mauvais car ça faisait un bon moment que je n´avais pas écrit...
Chapitre 3 : Mystérieuse forêt… ( Première Partie )
Klart, Alvec et Klara gisaient à terre, inertes. Leurs visages au teint pâle s’étaient légèrement enfoncés dans le sol boueux du bosquet. Les cheveux d’Alvec, ébouriffés et désordonnés, couvraient une partie de son visage. Son épée était posée à côté de lui, la lame mouillée par un mélange de sang, d’eau de pluie et de boue. Sa cape, dans laquelle il s’était enveloppé et sa veste présentaient de nombreuses déchirures.
Ses deux amis n’étaient guère plus beaux à voir. Le premier avait une entaille – plutôt superficielle néanmoins – qui tachait sa chemise de sang. Sa sœur était comme assomée et l’épouvante pouvait se lire sur son visage de façon bien plus marquée que sur ceux des garçons.
Soudain, un vieillard vêtu d’un manteau marron foncé – presque noir – apparut, laissant derrière lui un filet de fumée sombre. Il leva les bras vers le ciel et prononça une suite de paroles dans une langue inconnue, d’une voix rauque et tremblante.
Un cercle d’ombre se dessina autour des trois corps inertes, trois minces bandes se détachèrent de ce cercle pour entourer chacun des trois amis. L’ombre se mit à épaissir, lentement, mais sûrement. Quand elle atteignit une taille suffisante pour masquer les trois amis, le vieillard prononça trois mots, d’une voix assurée.
« Naam… Ydoll… Suxirc ! »
La brume noire s’évanouit soudainement, emportant tout son contenu avec elle…
Des dizaines de désians rassemblés autour d’un seul homme vêtu de noir, tous en train de ricaner. Un village en cendres, et à côté, un empilement de cadavres. C’était tout.
Klart ouvrit brusquement les yeux et chassa – tant bien que mal – le souvenir de la nuit dernière qui hantait encore son esprit. Il se trouait au beau milieu d’une gigantesque forêt. N’était-ce pas censé être un simple bosquet ? Le demi-elfe ne paniqua pas, rien en ce lieu ne pouvait s’y prêter : l’atmosphère y était douce et paisible.
Le sol était entièrement recouvert d’une herbe fine et douce au toucher, d’un vert plutôt pâle. Quelques buissons – la plupart du temps des fougères – étaient disséminés un peu partout, surtout autour des différents sentiers. Ces chemins se dessinaient clairement ; l’herbe y semblait plus ordonnée, moins abondante également et l’on aurait dit que les arbres s’en écartaient.
Ces arbres étaient surprenants de par leur diversité : chênes, hêtres, noisetiers, frênes, saules et même quelques arbres fruitiers peu communs en forêt comme les pommiers se côtoyaient. Il y avait aussi de nombreux arbres locaux que Klart n’avait jamais vu auparavant : ils étaient un eu plus grands que les autres et surtout beaucoup plus feuillus. La lueur du soleil passait entre les feuilles, créant de petits halos un peu partout.
Un petit ruisseau coulait tranquillement à quelques mètres des adolescents, les rayons du soleil au zénith se reflétaient harmonieusement sur son eau presque transparente et faisaient scintiller herbe et feuilles.
Cette forêt semblait comme bénie, le demi-elfe décelait d’abondants flux de mana, qui flottaient et bougeaient dans l’air de façon irrégulière. Klart resta un moment allongé à contempler les alentours, à ressentir le mana, puis il se leva.
Il fut surpris par la vigueur de son geste : il était tombé de fatigue la nuit dernière, après avoir usé de toutes ses forces et là il se réveillait en pleine forme, comme si rien ne s’était passé. Se souvenant de sa blessure, il jeta un coup d’œil vers ses côtes. Aucune entaille. Et, encore plus étrange, ses vêtements étaient tout à fait propres et sans accroc.
« Sûrement l’action du mana du coin » songea-t-il.
En effet, il sentait de petits flux qui s’écartaient de son ancienne plaie, dans un mouvement de spirale.
Il tourna un peu autour d’Alvec et de Klara pour les observer, ils semblaient dormir paisiblement et profondément.
« Autant ne pas les brusquer et les laisser dormir encore un peu, pensa le demi-elfe. Après tout, j’ai toujours été matinal alors qu’ils sont de vraies marmottes… »
Il décida finalement de se promener afin d’explorer cette merveilleuse forêt. Seulement, par où fallait il partir ? Les sentiers étaient nombreux et partaient dans toutes les directions, si bien que l’on pouvait facilement s’y perdre. Klart eut alors l’idée de remonter le ruisseau.
Sa progression était rapide et agréable ; l’air à la fois doux et frais et l’omniprésence du mana avaient quelque chose d’enivrant.
Il accéléra son pas, marchant gaiement – gambadant parfois – pour remonter jusqu’à la source du cours d’eau. Le vert chlorophylle des arbres, égayé par les reflets du soleil, défilait devant les yeux du demi-elfe.
Il finit par atteindre un petit affleurement rocheux, présentant quelques fissures étroites, d’où s’écoulaient les filets d’eau avant qu’ils ne constituent le lit du ruisseau. La végétation s’était épanouie et quelques buissons et fougères décoraient la paroi rocheuse, mais ce n’était pas ce qui attirait le regard de Klart.
En effet, légèrement en retrait de la source, un halo lumineux semblait flotter autour de quelque chose. Le demi-elfe s’approcha, intrigué. Ce halo était particulier ; cette lumière était bien trop vive pour être celle du soleil, il s’agissait sans aucun doute de mana. Il pouvait maintenant distinguer ce qui se trouvait à l’intérieur : le corps d’une jeune fille. Soit c’était elle qui engendrait ce mana, mais il fallait une puissance magique absolument phénoménale pour en créer autant ; soit – et Klart penchait plutôt pour cette solution – il s’agissait du même mana qui peuplait la forêt, mais en bien plus concentré.
« Peut-être qu’il est en train d’agir, comme il l’a fait pour soigner mes blessures et pour raccommoder ma chemise » se dit-il.
Il avança à nouveau et se pencha sur la jeune fille étendue à terre. Elle devait avoir à peu près le même âge que Klart et était particulièrement belle… Allongée sur le côté et recroquevillée sur elle-même, elle dormait. Le demi-elfe se déplaça et s’accroupit juste en face de l’assoupie. Ses cheveux violets étaient rejetés en arrière de ses oreilles – elfiques à n’en point douter – découvrant son visage angélique. Ses traits étaient plutôt fins et leur harmonie était embellie par l’expression de calme et de tranquillité qu’elle dégageait.
Elle portait des vêtements légers et peu amples qui laissaient apparaître la finesse de ses formes. Les rayons de soleil et surtout la lueur du mana alentour se reflétaient sur sa tunique et illuminaient la couleur bleue pâle de l’habit. Une jupe bleue également, mais dans une teinte plus vive, descendait jusqu’aux genoux de l’elfe et un morceau de tissu blanc noué autour de la taille lui servait de ceinture. Ses mains se joignaient au niveau de sa poitrine et étaient refermées sur une flûte artisanale, taillée dans un bois clair.
Klart s’installa à côté d’elle et ne détourna plus son regard de l’elfe. Progressivement, le halo de mana prit une teinte plus claire, jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Soudain, quelques minutes après, les paupières de la jeune fille s’ouvrirent lentement, découvrant deux splendides yeux indigos. Elle s’aperçut immédiatement de la présence de Klart et se leva brusquement, non sans grâce toutefois, et porta au demi-elfe un regard à la fois pénétrant et interrogateur.
« Qu… Que faites-vous ici ? Et qui êtes-vous ? » bredouilla-t-elle, encore sous le choc.
Sa voix restait néanmoins calme et posée, très agréable à entendre.
« J… je m’appelle Klart » bredouilla-t-il.
Le demi-elfe n’était pas timide d’habitude, mais là son cœur battait la chamade et il n’était pas du tout confiant. Il respira un bon coup pour se calmer et reprit :
« Je ne sais absolument ni ce que je fais ici, ni pourquoi et comment je suis arrivé là et ni même où nous sommes…
« Moi c’est Jona, répondit l’elfe d’un ton amical, tendant une main que Klart s’empressa de serrer. Et, heu… si… si l’on pouvait se tutoyer… »
Les deux rougissaient, très gênés.
« Enfin… je n’ai jamais apprécié le vouvoiement et toutes ces formalités, ce n’est pas parce que c’est toi. »
Elle avait prononcé ces derniers mots avec empressement. Le demi-elfe acquiesça d’un signe de tête.
« Nous sommes dans la forêt de Gaorrachia, expliqua Jona, retrouvant son aplomb. La forêt qui entoure le Grand Arbre. J’y suis depuis environ un mois, je ne compte pas m’étendre sur les circonstances de mon arrivée, mais sache que je suis venue de mon plein gré, dit-elle, même si elle ne le pensait pas vraiment. C’est un lieu absolument remarquable, le mana y est très actif…
- J’ai remarqué… On peut le sentir voyager, et parfois, il se concentre en une zone, formant un halo.
- Où ? Et Quand ? demanda Jona, angoissée.
- Il y a quelques minutes, pendant que v… tu dormais. Juste au-dessus de toi, j’ai cru qu’il venait de toi, d’ailleurs…
- Strictement impossible, répliqua l’elfe. Produire tout ce mana, c’est au-dessus des capacités de n’importe quel humain, demi-elfe ou elfe de ce monde ; je pense que les seuls êtres qui en sont capables sont les esprits originels, mis à part l’Arbre bien sûr.
- Donc ça viendrait de l’Arbre… Pourtant, à l’école, on m’a toujours appris qu’il n’était, même s’il se nourrissait de l’amour qu’on lui apporte, qu’un simple producteur de Mana.
- Plutôt contradictoire, n’est-ce pas ? En réalité, depuis que je suis venue ici pour la première fois, je me suis toujours dit qu’on nous apprenait ça pour nous cacher quelque chose, expliqua Jona. Je suis certaine que l’Arbre a sa volonté propre, qu’il peut ressentir le danger et agir en conséquence.
- Agir en conséquence ?! s’étonna Klart. Je ne vois pas vraiment comment…
- Regarde cet endroit accueillant. En quelques minutes, ce ruisseau peut s’assécher, l’herbe et les buissons peuvent laisser la place aux ronces et aux orties ; le feuillage des arbres peut s’épaissir jusqu’à ce qu’il ne laisse plus passer les rayons du soleil et quelques « gardiens » peuvent apparaître. Ce sont de puissants monstres qui ont pour seul but d’exterminer tout ce qui pourrait être nuisible à l’arbre, c’est-à-dire tout ce qui se balade librement dans la forêt. J’ai déjà vu et vécu tout ça, après avoir vu un halo de mana…
- Comme celui dont je viens de te parler ? s’inquiéta le demi-elfe.
- Je ne peux pas te le dire : je ne l’ai pas vu, répondit Jona. Mais c’est fort probable… Nous ferions mieux de nous en aller d’ici avant que ça ne dégénère, par précaution. »
Klart se maudit intérieurement. Mais comment avait-il pu oublier de parler de sa sœur, et de son meilleur ami ? Pas question de partir sans eux en tout cas, il irait les chercher coûte que coûte !
Jona poussa une exclamation de terreur. Le ruisseau s’asséchait à vue d’œil, pas à partir de la source, mais à partir de plus loin. L’herbe fonçait pour se muer en ronces, le soleil, bien qu’au zénith, perdait de son brillant. Elle se tourna vers le demi-elfe, la fuite devenait urgente.
Simplement, ce dernier s’était déjà élancé, les mutations de l’herbe et des arbres venaient à coup sûr de l’endroit où ses compagnons dormaient paisiblement. Pour rien au monde il ne les abandonnerait…
« Klart, non, attends ! » s’écria Jona.
Les larmes lui montaient aux yeux.
« Je ne veux pas que tout tourne mal, encore une fois… »