On voyait très bien les étoiles d’ici. Cette petite parcelle de toit discrète était au-dessus de toutes les cimes d’arbres de la forêt environnante, le ciel était immaculé et Sylvarant ne cachait pas les étoiles. Zorisk s’installa de manière plus confortable et joignit ses mains derrière sa tête, scrutant l’immensité de l’univers. Il n’avait pas l’habitude de regarder les étoiles, mais pourtant il connaissait ce ciel, il avait lu tant de romans d’aventure qui en parlaient. Le jeune homme reconnu la constellation du Vortex, les nuages de l´Hippocampe, la Beloutre, la Boule rose, le Vaisseau, l’Orange, le Bouclier… Et aussi quelques étoiles, surtout l’étoile de la Flamme, qui brillait très fortement, c’était toujours cette étoile qui permettait aux gens de se repérer la nuit, peu importe où on était, elle indiquait toujours le sud, tel un phare, qu’on ne pouvait voir que les nuits sans lune, car la lumière de cet astre surpassait tous les autres, et l’étoile de la Flamme était impossible à voir sur la voûte céleste. Il avait toujours cru que le ciel était noir la nuit… en fait pas du tout… Il était noir, mais aussi bleu marine, et même violet… Tant de nuances dans un ciel si immense, des étoiles perdues, seules dans leur coin, des amas d’étoiles, brillant à l’unisson, des étoiles énormes mais qui semblaient minuscules depuis Tesseha’la, des petites étoiles dont la lueur éclairait les nuits. Des centaines de millions d’univers, ignorant tout les uns des autres, qui faisaient sur toutes les planètes un superbe spectacle nocturne. Un tel gouffre entre l’insécable et la limite absolue, rempli de tant de chose, et contenant en réalité tant de vide… En réalité, le même spectacle à différentes échelles. Des étoiles qui se regroupaient pour briller ensemble tandis que d’autres personnes étaient seules dans leur coin, des étoiles qu’on voyait bien plus que les hommes qui brillaient réellement, injustement ignorés. Même la lune, qui luit tellement fort qu’elle cachait l’éclat de Zorisk, qui vivait un peu protégé par l’éclat de cette lune, mais finalement étoile de la flamme brillait de manière très forte et devenait un guide quand Zana s’éteignit.
L’Elu du Mana était allongé à scruter les étoiles depuis si longtemps, il n’avait aucune idée de l’heure qu’il pouvait être. Il regarda autour de lui, à la recherche d’un passage pour redescendre, il vit soudain une forme qu’il n’avait pas vue en venant sur le toit. C’était une personne assez grande, assise sur le toit les bras enlaçant les genoux repliés et scrutant le ciel. Zorisk reconnu la forme fine du visage de Séléna. Il voyait mal son visage, mais son corps semblait éclairé par un liquide argenté qui lui couvrait les mains et certains de ses vêtements. En entendant Zorisk bouger, Séléna sursauta. Elle ne l’avait visiblement pas remarqué en montant sur le toit.
« Excuse moi, dit Zorisk, un peu gêné.
- Non, répondit tout de suite Séléna en se remettant les cheveux en place de sa main, c’est rien. Je t’avais juste pas vu en montant… »
Elle l’observa un instant et demanda, intriguée :
« Un problème ? Tes yeux brillent…
- Oh non, répondit Zorisk en s’essuyant les yeux, je suis juste un peu fatigué. Je t’avais pas non plus entendue monter…
- Il faudrait peut-être qu’on aille dormir en effet, nous avons beaucoup de route à faire demain. »
Séléna montra à Zorisk un chemin pour descendre du toit facilement. Ce dernier atteignit le « balcon » et attendit Séléna qui, descendant un peu précipitamment, glissa et tomba sur l’Elu qui se rattrapa. La rousse se releva en s’excusant, sans doutes toute rouge, et ils entrèrent dans la maison, éclairée par quelques bougies.
« Tu as dit « on », demanda Zorisk, tu viens avec nous dans le périple de la régénération ?
- Euh… pas exactement, en fait j’ai un petit truc à faire, puis je vous accompagne jusqu’a un moyen de quitter l’île avant de revenir ici.
- Et tu vas faire quoi maintenant ? »
Se rendant compte de la rudesse de sa question vu les circonstances, Zorisk décida de changer de sujet.
« Euh… Tu as un truc argenté sur les mains…
- Ah oui, c’est du sang de licorne, j’ai passé la soirée à soigner Tricis, la petite qu’on à ramené. Au fait, ça vous gène pas que je vienne avec vous ?
- Non, pas du tout, au contraire, ça me fait même pl…
- Je suis le mystérieux gourmet : Le Wonder Chef ! »
Sans s’en rendre compte, Zorisk s’était appuyé sur un meuble sur lequel était posé une essoreuse à salade contenant une écrevisse. Celle ci s’était volatilisée dans un nuage de fumée et avait laissé place à un jeune garçon blond vêtu d’une tenue verte, coiffé d’un grand chapeau blanc et arborant une fourchette géante dans la main gauche.
Son apparition avait suscité une forte réaction de surprise de la part des deux roux. Ils étaient si surpris qu’aucun d’entre eux ne chercha à se défendre contre un éventuel ennemi, ce qui permit au « Wonder Chef » de continuer sur sa lancée :
« Fraîche, simple à préparer et toujours délicieuse, la salade de fruit est un met qui ravira petits et grand. »
L’énergumène tendit un petit parchemin avec une recette toute simple écrite dessus(« Mélangez des fruits coupés en morceaux »), leva sa fourchette en disant « Bon vent ! » et disparu comme il était arrivé.
Séléna sortit de sa surprise et sembla soudain se rappeler qu’il était tard, alors elle fit un signe de la main à Zorisk avant de rejoindre sa chambre.
« Bonne nuit… » murmura t’il, mais Séléna était déjà montée avec une petite échelle vers l’étage supérieur de la maison. L’Elu se déplaça lentement vers la chambre où ses amis dormaient, mais au moment où il passait devant la salle d’eau, la porte de celle ci s’ouvrit. Voyant ce qui en sortait, Zorisk hurla : « UN MONSTRE DES MARAIS ! », et sa bouche fut bloquée par ce qui s’avéra être le pied d’une femme.
« Mais ça va pas de crier comme ça ? C’est un miracle si personne ne s’est réveillé ! »
C’était la voix colérique de Naab. Approchant une bougie se trouvant sur un petit meuble à côté de lui, Zorisk se rendit soudain compte que la chose qui était sortie de la salle de bain était en fait sa fougueuse alliée : Naabobrun Chaotix, méconnaissable sous son masque au concombre. Dégageant le pied de cette dernière de sa bouche le rouquin s’exclama (pas trop fort quand même) :
« Mais qu’est-ce que tu faisais dans la salle de bain à cette heure.
- Et bien, répondit Naab, je finissais ma toilette, mais vu qu’il n’y avait plus d’eau, je suis sortie chercher quelque chose pour essuyer mon masque.
- Ca va pas de passer autant de temps pour te faire tous tes soins de beauté ? 
- Ca te pose un problème ?
- Non ! Non ! Oublie ça
! »
Le ton menaçant de la chasseuse de démon poussa Zorisk à ne pas chercher à en savoir plus, aussi ce dernier rejoignit sa chambre où une couchette avait été aménagée, s’allongea, et s’endormit presque aussitôt.
… Pourquoi … pourquoi il avait l’impression de mourir … sans pouvoir mourir…
L’air chaud contrastait tellement avec l’impression de froid qu’avait Zorisk pendant cette nuit le fit sursauter dès son réveil. Cette chambre était un véritable sauna, et les petits écartements entre les planches par laquelle la lumière se glissait ne pouvaient dissiper l’odeur d’hommes dans un espace réduit qui régnait. Samos dormait encore, recroquevillé, il semblait trembler, Zorisk sortit silencieusement de la chambre après avoir changé ses habits qui étaient gorgés de sueur.
Ses affaires avaient déjà été ramassées à part quelques vêtements sobres : pantalon beige assez résistant aux accrocs et polo blanc avec dessus un gilet en cuir brun que Zorisk affectionnait pour son aisance qui était très pratique en combats malgré une résistance légère, tenue blanche avec des épaulettes oranges renforcées portant le sigle de Martel pour Samos.
Trouvant le reste de la maison vide, Zorisk sortit sur le balcon et entendit du bruit venant du sol. Une fois descendu, il retrouva tout les autres qui se préparaient au départ.
« Voilà, nous pouvons partir. »
Zorisk se retourna, et vit Séléna, visiblement prête elle aussi pour un voyage, elle avait un regard légèrement brumeux qui mis l’Elu très mal à l’aise.
« Euh… Donc tu viens bien avec nous alors ?
- Oui, répondit Séléna, et la licorne aussi. Je dois d’abord faire quelque chose avec elle, puis je vous mènerai à un endroit d’où vous pourrez rejoindre d’autres continents. Tient.»
Fit-elle en tendant à Zorisk un gros livre dans lequel était incrustée une exsphère.
« C’est un grimoire qu’on avait dans notre bibliothèque, mais on ne s’en servait jamais. J’ai vu comment tu combattais, et je pensais que ça pourrait t’être utile.
- Merci, répondit Zorisk en souriant, c’est vraiment gentil.
- Bon, il va falloir partir » Dit à son tour Séléna, l’air toujours aussi mélancolique.
C’était l’après midi. Le groupe avait marché vers l’Est en ne faisant qu’une pause. Zorisk se rendit soudain compte que la flore environnante était devenue brusquement très différente : les chardons remplaçaient les fougères, les arbres étaient plus fins, leur écorce plus sombre et leurs feuilles étaient jaunâtres, l’herbe semblait mourante… Alors qu’ils continuaient, cela semblait empirer. Nuke, troublé tout comme Samos et Naab, sortit un petit scalpel de sa besace, et le planta dans un tronc d’arbre. De la fente commença à dégouliner un liquide visqueux et rougeâtre.
« Du sang ? demanda Samos, blême.
- Non, c’est de la sève, répondit l’alchimiste, mais elle est très bizarre. On dirait qu’elle est gorgée d’hémoglobine, ce qui lui donne cette teinte rouge.
- Peut-être que Séléna sait ce qui se passe dans ce coin, proposa Naab, on devrait lui demander…
- Elle est derrière, trop occupée à s’occuper de la licorne, on verra ça plus tard. »
Une dizaine de minutes après, Samos, qui ouvrait la marche, posa le pied sur le sol. Celui-ci s’enfonça très légèrement, il n’était pas ferme, mais sous les bords es bottes de l’elfe, un liquide rouge émergea de cette espèce de boue.
« Cette fois pas de doutes, c’est du sang, affirma Nuke
- Quelle horreur, dit Zorisk avec une expression de dégoût sur son visage, la terre en est gorgée.
- Regardez, fit Naab, une main
- Quoi, demanda Nuke, celle de Dorsa ?
- Non, regardez près du chemin là-bas, elle émerge du sol. »
Tous se ruèrent auprès du membre qui n’était en fait que la partie visible d’un cadavre noyé dans la boue. Zorisk regarda autour de lui et se rendit compte que la terre devait se mouvoir très lentement, comme emportée par un ruisseau, mais transporté par du sang…
L’Elu se rendit soudain compte qu’ils étaient dans une rivière de cadavres, dont le sang imprégnait toute la végétation. Il tourna son regard vers Séléna. Elle était en train de consoler la licorne qui était visiblement en train de pleurer… Chacune de ses larmes, en touchant le sol, rendait à l’herbe sa couleur verte, et quelques secondes après, des fleurs commençaient à pousser à cet endroit.
La contemplation de Zorisk fut brusquement interrompue. Un espèce de grognement se fit entendre et quelque chose remua sous ce flot de cadavres. Tout s’immobilisa pendant un instant, mais une créature innommable jailli soudain du sol à quelques mètres de Naab. Zorisk n’eut pas le temps de bien voir ce dont il s‘agissait ; En se relevant, la créature avait éjecté quelques cadavres humains. Les acolytes de Zorisk étaient en train de se préparer à attaquer cette créature visiblement très rapide et Séléna arrivait en courant. L’Elu posa son grand sac à dos par terre et en sortit le grimoire que Séléna lui avait offert. Il avait déjà eut l’occasion de le lire au cours de la journée et avait appris un sort capable de suspendre n’importe quel sortilège au moment de le lancer, pour le relancer plus tard. Technique qui lui serait extrêmement utile pour agir stratégiquement en bon timing, cette situation était parfaite pour l’expérimenter. Lisant à voix haute une courte incantation qu’il devait normalement dire dans sa tête au moment de préparer le sortilège à retarder (il ne s’en souvenait pas encore bien) Zorisk s’éloigna un peu du combat en reculant, et cru glisser.
Il s’enfonçait dans le sol à une vitesse effrayante, il s’était retrouvé en train de tomber dans un boyau souterrain au milieu de cette vase sanguinolente. Plus il tombait, plus son environnement se durcissait, il le sentait aux chocs fréquents auquel son corps était confronté dans cette chute. Il essaya de déployer ses ailes pour ralentir sa chute, mais elles ne faisaient qu’amortir certains coups et il ne pouvait les faire battre correctement.
Zorisk senti soudain un grand choc dans son dos, et perdit conscience.