La nuit était tombée (boum !) et Shaar allumait toutes les bougies présentes dans la maison suspendue. Tant que le soleil n’était pas couché, la lumière passait entre les planches des murs de la maison qui avaient été volontairement écartées de quelques millimètres pour permettre à l’air de se renouveler dans cette habitation sans ouvertures, éclairant ainsi un mobilier généralement petit, afin de tenir dans la maison, mais charmant, avec de jolies compositions de tissus de couleurs rouges, jaune et orange en guise de décoration (napperons, ornement de murs, habillage de fauteuils ou tout simplement pendus pour faire joli). Syste, la grand-mère de Séléna, était avec sa petite fille en train de prodiguer des soins à la licorne depuis des heures. Shaar quand à lui devait s’occuper du groupe de l’Elu. Après avoir prit un léger repas, ils s’installèrent tous dans une partie de la grande pièce qui faisait la taille de la moitié de la maison où ils purent s’assoire et discuter. Après avoir posé quelques questions à Zorisk à propos de son voyage (il semblait visiblement un peu suspicieux vis à vis de l’Elu du Mana), il leur indiqua une petite porte presque invisible tant elle se mariait avec le mur, et expliqua que c’était là que se trouvaient les sanitaires, expliquant aussi comment fonctionnait la « douche » (en réalité, un stock d’eau de pluie et de rosée accumulée depuis plusieurs jours dans une bassine à l’abri du soleil) et les différentes essences et produits à disposition. Samos décida de se laver le premier et se leva de son fauteuil en retirant sa tunique.
« :cœur: Des cicatrices, murmura Naab toute excitée.
- Plait-il ? demanda l’elfe.
-
Oh ! Les six matrices !
- Hein ? » fit Samos, pendant que Nuke s’étouffait de rire sur son siège.
Naab était si rouge qu’elle ne le frappa même pas et sorti sur la terrasse juste après que Samos ait fermé la porte de la salle de bains. Le silence qui suivit fut assez gênant, comme un grand nombre de silences dans cette journée le furent. Nuke se mit alors à oser des question sur la famille Ragerunner, ce qui n’améliora pas tellement la situation… La famille Ragerunner était une famille du petit village de Elker, situé sur le flanc des montagnes avoisinantes. Le village avait été détruit il y a des années par les désians de Zweig, dont la ferme humaine était justement perchée sur ces montagnes.
« Il me semblait bien avoir vu une grand bâtiment sombre sur ces montagnes, dit Zorisk, légèrement pensif.
- Et c’est pas rien comme cardinal désian, ajouta Nuke avec une légère angoisse dans son ton.
- Un monstre, fit faiblement Shaar, et comme il a exterminé la population du continent, il attaque souvent les autres sans prévenir. Vous avez dû voir des feux à l’Ouest non ?
- Juste des fumées, répondit Zorisk, il s’est passé quelque chose ?
- On a vu des troupes partir vers l’Ouest il y a un peu plus d’une semaine. Vers Heimdall…
- La cité des Elfes ? Nous sommes sur le continent de Heimdall ?
- Nous nous sommes beaucoup éloignés de notre route, dit Nuke, on a été emportés plein Sud.
- Zweig attaque souvent Heimdall, reprit Shaar, mais la ville semble toujours s’en tirer.
- Et vous, demanda Nuke, il ne vous attaque pas ?
- Pourquoi croyez vous qu’il n’y ait aucune fenêtres et que nous avons construit cette maison dans des arbres, au beau milieu des feuilles ? Nous nous cachons. Peu de personnes lèveraient la tête juste à l’endroit où se trouve cette maison, et la lumière ne doit pas trop filtrer pendant la nuit. Nous devons toujours cacher nos traces et ne rien laisser traîner dans les environs de la maison. Mais Zweig sait que nous sommes quelque part dans cette forêt, il essaye de nous contacter car il sait que nous… enfin, les femmes de Elker, s’occupent des licornes depuis toujours. D’ailleurs, qu’est ce qu’il s’est passé avec elles ? Séléna n’a pas réussit à m’en parler et je ne l’ai pas vue depuis qu’elle est partie s’occupée de la petite avec ma grand-mère.
- Et bien, répondit lentement Zorisk, ont a vu les licornes auprès d’un grand lac, en fin de matinée.
- Oui, les licornes adorent les étendues d’eau pures et Séléna me parlait souvent d’un lac où elle s’occupait d’elles.
- Et puis, reprit sombrement l’Elu du Mana, nous y avons vu des désians »
Shaar blêmissait au fur et à mesure que l’ange, Nuke et Samos quand il sortit de la salle d’eau, lui racontèrent ce qui était arrivé au lac, il était complètement dérouté par la mort des licornes. Zorisk se rendit compte d’à quel point il était jeune à ce moment là, Shaar avait du mal à retenir des larmes. Visiblement, toute la vie des membres de cette famille tournait autour des licornes, et leur disparition était un grand choc pour toutes la famille. Samos aussi semblait hésiter pour continuer, mais Nuke termina l’histoire.
Shaar resta silencieux un moment et murmura :
« Elle a bien fait, faisant référence à la destruction du barrage pensa Zorisk, comme ça cette ordure verra que même la violence ne lui permettra pas d’arriver à ses faims et qu’il vient de détruire toutes ses chances.
- Que cherchait Zweig ? demanda Nuke.
- La partie la plus importante des licornes : son cœur.
- Pourquoi faire?
- Une licorne est un concentré de magie blanche, répondit Samos, son énergie est catalysée dans sa corne dont elle se sert pour lancer des sorts ou se reproduire. Ces cornes comportent tout le savoir d’une ligné de licornes, qui se le transmettent, mais il n’y a pas que ça. Le sang des licornes lui-même est magique, il permet à tout ce qui l’absorbe de subsister, quelque soit sa blessure. Le cœur est la partie principale du système sanguin de toute créature, chez la licorne, c’est là que sont concentrées toutes les vertus bénéfiques d’un de ces animaux. Un cœur de licorne pourrait ressusciter un mort, faire repousser un membre ou vaincre les pires maladies ou paralysies. Une guérison totale de la personne sur laquelle le cœur serait appliqué. »
Zorisk était impressionné que de telles vertus magiques existent dans le monde, Zweig devait vraiment être furieux d’avoir détruit toutes ses chances d’obtenir de pareilles créatures.
« Zweig avait déjà essayé d’en avoir par notre biais, reprit Shaar, en nous proposant de l’acheter, en nous posant des ultimatums, et en attaquant notre village. Depuis des années, il essaye de nous contacter en laissant des messages et des avis un peu partout dans la forêt pour que nous les trouvions. Mais je ne veut pas qu’ils trouvent notre maison, ça leur donnerait la possibilité de nous attaquer. C’est ça ce que je fait, je tue tous les soldats que Zweig envoie dans la forêt, mais en le faisant dans un très large secteur pour éviter qu’ils ne définissent une zone bien précise que nous protégeons. Séléna quand à elle doit protéger les licornes, au cas où Zweig les attaquerait directement, elles ne sont pas capables de se défendre.
- Ce n’est pas ce que nous avons vu, déclara Samos, une licorne a utilisé sa magie pour affronter des désians et c’était très efficace.
- Si cette licorne avait survécu à l’attaque de Zweig, elle se serait jetée du haut d’une falaise après. »
Samos devînt livide quand Shaar eut dit cela. Un peu choqué, il se leva et marcha un peu dans la maison.
« Une licorne est une incarnation du bien, expliqua Shaar, une action en rapport avec le mal la dénature. Il paraît qu’après qu’une licorne ait causé un grand mal, cette licorne deviendra une créature des ténèbres se repaissant de grandes quantités de chair, avant que cela leur arrive, les licornes se donnent la mort sans se reproduire.
- Comment ça sans se reproduire ? demanda Zorisk.
- Quand une licorne abandonne volontairement sa corne, elle se « dissout » dans la nature. Plus tard, un poulain apparaîtra avec exactement la même corne. Il lui faudra des années pour maîtriser les pouvoirs de sa corne, mais au final elle aura les mêmes connaissances et les mêmes souvenirs que la précédente licorne auxquelles s’ajouterons l’expérience personnelle. »
« Fascinantes créatures », se disait Zorisk tandis que Naab venait de rentrer et se dirigeait vers la salle de bains.
« Naab ! Attend…
- Il faut bien que je me lave non ? » répliqua l’exorciste, visiblement très excitée, et elle ouvrit la porte.
Le premier cri fut un hurlement de stupeur de Nuke, le second cri fut un hurlement de surprise mêlé à du dégoût de Naab, le troisième fut un cri de rage du chimiste tandis que Naab fermait la porte en poussant un grand cri.
Nuke sorti quelques instants plus tard, trempé et rhabillé de manière hâtive. Il hurla à Naab :
« Mais ça va pas de rentrer comme ça ?
- Mais je pensait que ce serait encore Samos qui serait dedans ! répliqua la chasseuse de démon, élevant elle aussi la voix.
- Dernière nouvelle ! Tu es la seule personne au monde à occuper une salle d’eau pendant trois heures ! Et je voit pas ce que ça aurait changé ! »
Naab s’apprêtait à répondre, mais elle se rendit compte que Zorisk essayait de se faufiler dans la salle d’eau, voulant ainsi éviter de devoir attendre que Naab ait terminé. Celle-ci se jeta vers lui de manière féroce, mais Zorisk parvint à fermer la porte et à la bloquer à temps.
« Enfin … » se dit Zorisk. Ca faisait longtemps qu’il n’avait pas pu se laver. Il prit une douche sous un tuyau fait de bois sec relié au stock d’eau et se lava. Après s’être mis des vêtements bleu marine légers pour la fin de soirée et la nuit, il s’approcha d’un miroir et poussa un cri de stupeur en voyant son reflet. Ses cheveux avaient poussé et lui tombaient sur les épaules, mais ils étaient dans un état épouvantable. Coupés dans tous les sens par une elfe chez les désians, carbonisés par une magicienne pyromane qui attaque les campeurs (ses sourcils étaient complètement noircis), il lui fallut un certain temps pour enfin ressembler à quelque chose de présentable. Il ouvrit la porte de la salle d’eau et vit Naab et Nuke qui visiblement se faisaient la tête. Shaar devait sans doute avoir jugé bon de s’éloigner de gens aussi cinglés. Naab écrivait avec une plume très étrange (des choses qui ressemblaient à des dards empoisonnées la recouvraient
) sur un papier tandis que Nuke faisait l’inventaire de ses ingrédients et des fioles qui lui restaient sur une table basse.
Un ange passe… « Tu vas où Zorisk ? demanda Nuke.
- Prendre un peu l’air, j’ai un peu la tête qui tourne.
- Ouais, c’était une journée fatigante, je vais pas tarder pour me coucher, Shaar nous a aménagé des couchettes dans une pièce dont ils se servent peu. »
Zorisk avança vers la porte, l’ouvrit et sorti sur le « balcon », accueilli par une brise fraîche en comparaison de l’intérieur un peu étouffé qu’il venait de quitter.