One-Shot : Eternelles fiançailles
Rroyd-Y
A toi que je cherche.
Elle était là. La trouver ne fut pas chose difficile. S’il y avait nature, source d’eau et flore en tous genres, elle ne pouvait s’en trouver éloignée. Du vert de ses yeux, le nouveau-venu prit le temps d’observer ce qui l’entourait. Jamais ne lui avait été offert le plaisir d’admirer pareille beauté. Incitées par un vent aussi léger que doux, de multicolores fleurs dansaient doucement avec les herbes fines. Les arbres qui clôturaient la clairière paraissaient d’autant plus purs que les rayons du soleil auxquels ils permettaient libre passage les couvraient d’un reflet blanc. Une source d’eau claire débouchait sur un petit bassin d’où elle accompagnait de sa mélodie la joie du chant des oiseaux. Le ciel était parsemé de nuages, dont la précision des magnifiques détails semblait avoir été sculptée par les anges. Au centre du bleu vif qui dominait ce jardin merveilleux se trouvait le soleil, roi du monde, dont les rayons devenaient éclats de lumière en caressant la surface blanche du petit lac.
L’homme inspira, les yeux fermés et souriant, le délicieux parfum de cet endroit si sublime. Il s’avança. Comme il s’en doutait fort, elle dormait. Allongée sur le dos, près de la source, la main gauche se laissant bercer par le doux courant de l’eau. Sa longue chevelure verte voletait légèrement au gré du vent. Elle avait ouvert les premiers boutons de sa tunique pour se sentir plus à l’aise, laissant sa poitrine profiter des caresses de l’air. Son visage vierge de tout trait. Ses yeux fermés. Sa fine bouche qui ne semblait pouvoir effacer ce léger et heureux sourire. Elle était d’une beauté éblouissante.
Sans faire de bruit, il se mit à genou à son côté. Il l’admirait. Il pouvait passer des vies entières à se délecter d’une telle beauté. Il se baissa et déposa un baiser sur son sein gauche, où battait paisiblement le cœur de la jeune femme. Puis, il alla poser ses légères lèvres sur la bouche de celle qu’il aimait tant. Doucement, elle ouvrit les yeux.
- Yuan, mumura-t-elle en esquissant un sourire.
L’homme lui en rendit un. Elle redressa son buste et s’étira avec grâce.
- Quelle heure est-il ? demanda-t-elle.
- Quel intérêt ? Nous avons beaucoup de temps libre maintenant.
Elle sourit de nouveau.
- Que font les autres ? poursuivit la jeune femme.
- Ils s’occupent.
Ce fut à son tour de sourire.
- Nous sommes seuls, continua-t-il.
Il se pencha et lui fit un nouveau baiser. Elle l’enlaça. Il ne portait qu’une légère chemise bleue-claire, fermée uniquement au bas du torse. Elle passa ses mains à l’intérieur du vêtement et parcouru son dos chaud.
- Si mon frère nous voyait faire, plaisanta-t-elle à mi-voix.
Ses lèvres étaient si délicieuses. Si douces. Il parcourait de caresses sa fine taille. Sa poitrine. Son dos. Son cou.
Le baiser cessa. Il plongea ses yeux dans les siens. Ils se sourirent.
- Te souviens-tu de la promesse que nous nous étions faits ? commença-t-il.
Elle hésita.
- Tu dois porter Noïshe sur ton dos pendant trois jours parce que j’ai eu raison concernant l’histoire sur Kratos ? plaisanta-t-elle.
Il sourit.
- Oui, pour cela, j’honorerai ma parole. Mais je parlais d’une toute autre chose…
Elle savait de quoi il parlait, mais préférait se taire et le regarder continuer.
Il sortit de la poche de son pantalon sa main droite fermée. De petites larmes sortirent des yeux émeraude de la jeune demi-elfe. Sans rien dire, il ouvrit lentement ses doigts, dévoilant ainsi une magnifique bague. Il s’arrêta. Tous deux fixaient le symbole de leur amour. Ce silence plus beau que jamais résonnait infiniment comme une Symphonie divine.
Doucement, il glissa l’anneau à l’annulaire gauche de celle qu’il aimait tant. Ce après quoi il la prit dans ses bras de manière à ce que leurs visages soient côte à côte.
- Martel… murmura-t-il. Je t’aime.
Des yeux de la jeune femme s’écoulaient maintenant un flot de larmes, perles argentées, qui terminaient leur course sur les lèvres fermées de l’homme qu’elle aimait. Lui, ne pleurait pas. Il ne pleurait jamais, bien qu’il le désirât parfois de tout son cœur… Comme maintenant, où il aurait voulu faire danser ses larmes avec celles qu’il trouvait si agréables contre sa peau.
- Je t’aime, Yuan.
Leur étreinte dura plusieurs minutes. Jamais il n’avait été aussi heureux. Il l’aimait. Elle. Sa déesse. Ils étaient maintenant fiancés. Il aurait aimé pouvoir vivre des millénaires entiers avec elle, pour partager infiniment cet amour qui les unissait.
La chaleur de son souffle. La douceur de ses cheveux. Son visage blotti contre le sien.
Ils regardèrent la bague qui venait joliment orner la si belle main de la demi-elfe. Elle était en argent blanc. Mouillée par les larmes, elle semblait refléter à elle-seule toutes les beautés qui composaient ce si parfait tableau. Y étaient gravées les initiales M et Y. Martel et Yuan. A travers cet anneau, ils ne feraient qu’un pour toujours. Un amour éternel.
Yuan ouvrit la bouche… Mais c’est alors qu’un éclair noir vint foudroyer le sol juste à côté du couple. Complètement alarmé par cet élément inattendu, le demi-elfe se tourna de manière à envelopper Martel de son corps. Inexplicablement, toutes les fleurs de la clairière prirent feu.
- Bon sang ! lâcha-t-il en fronçant les sourcils.
Les arbres s’allumèrent les uns après les autres. Elle poussa un cri de peur. Le ciel fut vite recouvert d’un noir chaotique. Le couple se dressa, Yuan protégeant toujours sa fiancée de sa personne. L’eau du bassin se vida d’un seul coup, laissant place à un abîme au fond duquel luisaient quelques minuscules étoiles. Figé par une telle stupeur, les yeux injectés d’effroi et incompréhension, l’homme était totalement incapable de se mouvoir. C’est alors que la pelouse se déroba sous les pieds de Martel, l’emportant dans le gouffre.
Par réflexe, il attrapa la main de la jeune femme. Il n’aurait aucun problème à la retenir. Cependant, une douleur à l’abdomen vint subitement lui déchirer le torse. Serrant les dents, il aperçu sa chemise se recouvrir de sang. Ses yeux effrayés ne trouvaient aucun sens à une telle horreur. Il faiblissait. Il devait tenir. Il devait… La douleur se faisait de plus en plus vive. Il perdait ses forces. Toutes ses forces. Sa main s’ouvrit alors sans qu’il ne puisse y faire quoi que ce soit. Il hurla de rage. Assailli par tous désespoirs, figé, il ne pouvait qu’assister à la chute de sa fiancée dans la noirceur des ténèbres. L’air était brûlant. Sa main le glaça. Il l’ouvrit et y trouva la bague de fiançailles. Il la regarda, sans comprendre. Et elle disparu elle aussi.
- Yuan… S’il te plaît…
- Martel ! hurla Yuan.
La chambre était sombre. En un coup d’œil, il reconnu les murs ornés de décorations d’or, et se calma instantanément.
Il se redressa, s’adossa contre la tête de son lit, et ferma les yeux. Une larme coula sur chacune de ses deux joues. Après plusieurs longues secondes sans bouger, il soupira.
Relevant sa couverture, il examina l’état du bandage qui entourait son torse.
- Eh bien, je vois que tu n’y as pas été de main morte, Kratos…
Il se leva avec peine pour aller boire un verre d’eau. Il se sentait terriblement seul. Elle n’était plus là. La bague de fiançailles de Martel, qu’il avait toujours précieusement gardée sur lui depuis son décès, depuis son avènement au ciel. Il l’avait perdue. Il se détestait pour un tel crime.
Les premières lumières du jour perçaient avec peine l’épaisseur des rideaux. Il était temps. Ce jour-là était crucial. Il fallait empêcher l’Elue de la Régénération de terminer sa métamorphose en ange. Il fallait arrêter ce déraisonné de Mithos.
La résurrection de Martel. De sa fiancée. Cela dépassait tous les rêves imaginables. Aucun espoir ne pouvait être aussi sublime. Mais, selon les derniers souhaits de sa promise, il devait intervenir. A son grand regret. A sa grande souffrance. A son grand désespoir.
Yuan se dirigea vers une grande coupe remplie d’eau pour laver son visage. Il y regarda son reflet.
Il venait de pleurer. Une larme avait coulé sur chacune de ses joues. L’instant était si rare. Doucement, il porta la main droite à son cœur.
- Martel… Je t’aime.