La prépa, la flemme, Moi-même... Voilà de biens mauvaises réponses pour expliquer le retard accumulé depuis ma promesse. Heureusement, comme toute promesse doit être tenue, me voilà aujourd'hui pour commenter ton poème. Certains peut-être ne s'en souviennent plus. Peut-être au contraire certains n'attendaient que mon commentaire pour remettre ce très intéressant texte à l'ordre du jour. En tout cas, tu l'auras compris Rroyd, ce post va donc concerner « Mithos Yggdrasill, Héros Antique, Séraphin du Cruxis » page 584. (Pour les plus fainéants : https://www.jeuxvideo.com/forums/1-8674-3210956-584-0-1-0-0.htm)
Intéressons nous d'abord au contexte : Ce poème, apparemment sorti de nul part, dénote plutôt ton envie de toucher à tout, comme par exemple en ce moment aux contributions pour Jeuxvideo.com . Cela va être très agréable, puisque tu vas mettre tout ton cœur dans cette nouveauté. Qui plus est, ce one-shot m'est spécialement accordé : je l'avais lu il y a longtemps et je me souviens parfaitement le bon sentiment qu'il m'avait laissé. Il y a un véritable travail. D'ailleurs, contrairement à l'opinion du sarcastique Cocomouche, c'est un bien que ce texte me soit partiellement adressé puisque de cette manière, son intérêt rejailli sur moi ! … Trêve de bonnes plaisanteries, passons au contenu.
J'ai pris l'habitude de toujours commencer à lire les poèmes de haut en bas, mais en colonne, pour voir s'il y a des effets de son, des anaphores, ou bien un travail particulier sur les rimes. Évidement, on aperçoit immédiatement l'acrostiche. Je ne m'attarderais pas trop là dessus car, bien que correctement menée, elle n'est en fait qu'une contrainte formelle qui montre que tu maitrises bien l'exercice. C'est juste très joli et un moyen de se souvenir que tu as fourni un gros travail. En revanche, je m'attarde sur deux points plus subtils de ton poème : d'abord, tu as été en mesure de conserver sur quelques vers consécutifs des structures de phrases et de vers. Il y a aura donc à la lecture des répétitions sonores, des motifs à bien regarder. Je cite entre autres les gérondifs de la strophe « antique » ou le son « tu » dans « séraphin ». Je relève encore l'intérêt de lire les rimes directement en colonne. Peut-être que personne ne l'a détecté, mais les mots que tu places pour finir tes vers sont d'autant d'importance pour la rime que pour le sens de ton texte, ce sont des mots clefs : on peut lire ton poème, et en comprendre le sens uniquement en les lisant. C'est à double tranchant. Tu renforces la puissance de la rime et la valeur de tes vers au détriment des rejets et des enjambements possibles. Choix de l'auteur. Pour ma part, cela me convient car ces mots puissants font reflet sur mon passé (que je n'aborderais peut-être qu'avec toi..) me donnant envie de lire plus en détail ton texte. Certains peuvent te le reprocher.
J'entame donc une lecture linéaire, plus approfondie, muni de mes observations précédentes. Première lecture, première surprise. Il y a un petit bémol. Les contraintes formelles t'ont parfois amené à écrire des phrases un peu maladroites. C'est vrai qu'en regardant de plus près, tenir quarante-quatre alexandrins, et cela avec un acrostiche, ça doit vraiment pas être facile. Toutefois, « Depuis ma naissance tout contre moi est dur. », tu excuseras ma vilénie, mais je me demande bien ce qui est dur ..? La phrase n'est vraiment pas agréable à lire. Je pense d'ailleurs qu'il manque parfois de virgules pour bien comprendre tes vers (dirons nous, les comprendre directement ?). Pour illustrer : « Un héros aux yeux de tous je suis devenu, ». Je crois surtout que ce problème de compréhension de tes phrases provient du dommageable fait que l'acrostiche plus les rimes t'ont bloqué les extrémités de tes phrases. Par conséquent, tu as souvent joué à reconstruire les vers avec des structures peu courantes, donnant l'impression à ton lecteur que tu joues à Maître Yoda... C'est sûrement le défaut majeur de ton texte. Passons le. Ce poème a bien d'autres arguments à mettre en avant, et une seconde lecture permet de dépasser la limite de compréhension des vers.
Durant cette deuxième lecture, je me rends compte d'un fait vraiment étonnant, et cela dans l'excellence du terme. Tu aurais pu définir la longueur de tes strophes uniquement à cause de l'acrostiche, et par conséquent, créer un texte déséquilibré où l'information est dispersée. Bien au contraire, on dirait que le récit de l'histoire (puisque la tragédie de Mithos s'est diffusée avec justesse) tombe toujours exactement avec la structure de tes strophes. C'est un excellent travail dans la réalisation du poème, soutenu par ce dont j'ai parlé avant, la puissance des rimes. Ainsi, on a tout d'abord, la mort de l'être aimé (« elle », puis « Martel », en fin de strophe, bien mise en valeur), qui rappelle des souvenirs à « Mithos Yggdrasill » (un « destin », « deux compagnons », le désir de la « paix »). Ce jeune homme connait alors une « peine » immense, qui va jusqu'à la « haine ». Succède alors l'histoire du « Héros Antique », les arguments qui justifient ses actes, (« des continents morts » à cause de « combats » incessants et sanglants.), sa transformation progressive et cruelle. Le poème termine sur « Séraphin du Cruxis », cet homme changé, détruit, rancunier (faire « payer » les coupables), qui ne veut plus que la ressusciter. On peut alors s'inquiéter de ce que j'ai dit avant. L'acrostiche est peut-être bien plus important que ce que je prétends. Non, l'acrostiche donne un titre à tes parties, mais ce que je trouve fort dans ton poème, c'est bien la découpe réussi des strophes et non qu'elle soit engendrée par lui.
Résumons en disant que la lecture linéaire montre une connaissance soutenue de l'histoire de Mithos afin de pouvoir la raconter à l'intérieur d'une structure soumise à des contraintes formelles.
Mais ce n'est pas tout. La force de ton poème se voit aussi dans ton poème avec d'autres figures de style. Mithos est tourmenté. Il a subit une peine telle qu'il n'est plus en mesure de rester réaliste. Ses sensations sont floutées, corrompues. Aussitôt, les rimes ressurgissent et s'alignent pour nous dire : « Hé ! Hé ! Nous sommes souvent des antonymes ! ». En effet : la « lumière » du séraphin du « Cruxis » est aussi une « ombre » « sombre ». La « mort », la « haine » et le « sang », omniprésents affrontent la « vie », la « paix » et « retrouver ». Plus que la folie dans laquelle le héros sombre, c'est aussi le fait qu'il n'acceptera jamais son destin. Alors il veut affronter la réalité pour accomplir ses désirs. Dans « Séraphin » on a alors cette assonance en « tu ». Le coupable est donc « tu ». Cette personne immonde à qui il s'adresse directement même si elle n'est plus. Elle a était « tuée » par ce monstre alors maintenant « tu » souffriras. En fait, je ne sais pas si c'est totalement voulu, mais je pense que ton texte regorge de figure de style. Par exemple, il y a de nombreux adverbes de quantité qui servent à former des hyperboles, accentuant les sentiments et les actes de ton protagoniste (« si », « gravement », « partout »,., « tel »). Il y a la redondance du gérondif dans antique donne l'impression d'une action qui ne termine plus, et donc de la création d'un mythe, celui du « héros antique ». Il y a une assonance en « an », complété par des sons proches (on, in), qui sont des sons plutôt triste ou lent et qui ralentissent ton poème. (Ces deux ci forment un jeu intéressant sur le temps). J'en passe probablement.
Du coup, c'est transparent. Ton texte est vraiment de qualité. L'œil averti peut très vite dessellé des points de repère dans ce one-shot, soutenu par une écriture riche. Donc forcément, la qualité affirmée en début de post est justifiée. Mais en réalité, j'ai envie de monter un cran au dessus, et d'expliquer pourquoi ce poème m'a vraiment plus, encore plus que par son aspect littéraire. Dans ce petit morceau de « papier », cet écrit du net que l'on voit sur son écran blanc, il y a beaucoup d'émotions. Le travail de l'écrivain est d'écrire. Le succès de l'écrivain est de faire vibrer. Or dans ton poème, les sentiments d'Yggdrasill semblent transcender pour devenir palpable. Je l'ai soulevé dans le cadre littéraire, mais coté artistique, c'est encore plus visible. Les rimes mais aussi quelques mots esseulés, parfaitement bien placés résonnent comme un gong dans notre esprit, lorsque nous sommes en mesure de les lire correctement. Il pense « encore » à « elle », cette « Martel » qui « illumin[e] » sa « vie ». Il en devient fou. Il se dénature pour elle. L'enfant Mithos devient un héros mais surtout le chef du Cruxis. Il veut faire « payer » le monde entier. Et enfin il devient « seul ». Alors que sa « sœur » est partout, parfois au centre de la phrase, parfois à la toute fin en résonance, lui est complètement perdu. Bien que je cite des morceaux de texte, donc littéraire, je souligne bien que c'est artistique, car ce sont des mots placés que l'écrivain littéraire n'a pas le droit de bouger. Ces mots sont surlignés, comme un point fixe dans un tableau. Le tout parfaitement disséminé dans ton écrit.
Si dans une première approche, ton one-shot est difficile car tes vers, tes blocs unitaires, sont formés de tournures qui ne sont pas toujours bien fondées, c'est l'ensemble des blocs qui donnent la valeur de ton texte. Le poème est cohérent, consistant, et continu. Il ne se contredit pas. Sa richesse interne l'anoblisse et lui donne l'intérêt fondamental qui lui permette de porter le nom d'œuvre. Et cet intérêt c'est de faire vibrer le lecteur. Cette œuvre est une « symphonie ».