Je ne connais pas trop les détails, donc désolé si je ne peux vous donner de lieu. L’histoire que je vais vous raconter commence cinq semaines après le 11ème anniversaire d’un jeune garçon.
Ce jour là, il s’amusait tranquillement dans la vaste propriété de l’un de ses oncles, accompagné de son frère aîné. Les deux enfants s’éloignèrent l’un de l’autre l’espace de quelques instants, quand un terrible accident se produit. Cela se passa bien trop vite pour que l’enfant puisse décrire avec précision ce qu’il s’était passé. Tout ce que l’on sait, c’est que son frère le retrouva à terre, immobile, l’air hagard, mais indemne.
Lorsqu’il eu recouvré ses moyens, le cadet affirma qu’il avait reçu un terrible choc au niveau de la nuque, et qu’il l’avait même sentie craquer. L’aîné ne le crut pas, rétorquant que si une telle chose s’était produite, il ne serait pas en vie, à lui raconter cette histoire. Mais le plus jeune n’en démordit pas, il affirma, et alla même jusqu’à jurer sur sa tête, qu’il disait la vérité. Avant même que le garçon ne pu continuer son récit, l’aîné coupa court à la conversation. Il oublia cette histoire très vite, contrairement au plus jeune, bien trop choqué parce qu’il avait vu durant les bref instants de sa mort…
Car l’enfant avait bel et bien reçu un coup, et sa nuque avait bel et bien cédé à la puissance du choc. L’instant d’après, le garçon voyait son propre corps tomber sous ses yeux, alors qu’il avait l’impression de se tenir encore debout. C’est alors que, face à lui, ou plutôt de l’autre côté de son corps inerte, se tenait un étrange personnage, entièrement vêtu de noir. Etrangement, l’enfant voyait très mal l’inconnu, comme s’il était flou, n’avait pas de contour défini - contrairement au reste du décor, resté net.
L’être se présenta comme étant la mort en personne, et lui annonça que l’accident qu’il venait d’avoir venait de le tuer. Le garçon n’eut même pas le temps de réagir à cela que la mort continua son récit, sans que le garçon, bien trop choqué, ne l’interrompe.
Il était mort trop tôt, c’est ce qu’elle avait dit. Et pour cette simple raison, il lui restait un espoir qui lui permettrait de vivre de nouveau. Cependant, revenir d’entre les morts n’a rien de gratuit. Et en échange de son âme, la Mort lui proposa d’en prendre d’autres, qui lui seraient proches. Trop apeuré par l’idée de mourir si jeune, le garçon accepta sans même réfléchir aux conséquences de l’offre, et un accord fut passé.
Sept fois cinq années et sept fois cinq jours, tel serait sa nouvelle espérance de vie, en partant de sa naissance. Le garçon avait donc l’assurance de vivre au moins jusqu’à 35 ans et cinq semaines, soit 24 ans de plus que ce qu’il avait déjà vécu. En échange de quoi, des âmes proches de la sienne seraient fauchées régulièrement en guise de compensation. Après lui avoir imposé ses conditions, l’être présenta sa main à l’enfant qui la serra… avant de se retrouver face à son frère.
Ce souvenir fut gravé dans la mémoire de l’enfant, mais très vite il se persuada que tout n’avait été qu’hallucinations. Après tout, comment avait-il pu mourir avant de renaître ?
Mais très vite, les évènements virent lui rafraichir la mémoire. Quelques mois après, le jour de ses 12 ans, l’enfant perdit son premier amour. Cinq semaines plus tard, un an jour pour jour après que le pacte fut réalisé, un son vint aux oreilles de l’enfant, un glas qu’il fut le seul à entendre. Immédiatement, ses propres pensées lui désobéirent et les mots « plus que 23 ans » lui virent à l’esprit.
Au début, il pensa à des coïncidences, mais les morts s’enchainèrent. Années après années, les personnes à qui il tenait le plus mourraient ? Chaque année, à la même date, retentissait cet effroyable glas qui lui disait « plus que 22 ans », « plus que 21 ans »…
Prit de remords à l’idée d’être responsable de ces morts, le garçon essaya de ne plus s’attacher à qui que ce soit. Mais la solitude fut trop douloureuse et régulièrement des liens, des liens légers, mais des liens tout de même se tissaient avec d’autres personnes… avant d’être fauchés, comme les autres.
Arrivé à l’adolescence, la conscience lourde, le jeune homme sombra dans une dépression profonde et tenta à plusieurs reprises de mettre un terme au massacre en mettant fin à ses jours. Il voulu se pendre, se trancher la gorge, se jeter du haut d’un pont sur des rochers dépassant d’un fleuve, et bien d’autres encore. La corde, en parfait état, céda, la lame du couteau se décrocha et fondit pour se souder au sol, et une vague venue de nulle part le détourna de la trajectoire des rochers au dernier moment.
Cette année là, le glas changea son message. « Encore 19 ans ».
A partir de là, les morts cessèrent, mais le garçon avait perdu le goût de vivre depuis bien longtemps. De plus, il avait un fardeau bien trop lourd à porter, des morts dont il était responsable.
Mais au fil du temps, il se remit de ces épreuves, se fit de nouveau des amis, trouva l’amour de nouveau, et retrouva ainsi le goût de vivre… jusqu’à ce que la mort réclame de nouveau son dû et ne fauche une nouvelle vie, celle à laquelle il tenait le plus, une fois encore.
S’il veut vivre, des gens meurent. S’il veut épargner son entourage, il doit perdre le goût de vivre sans pouvoir mourir pour autant. Voilà une malédiction qui causerait bien des tourments… vous ne trouvez pas ?
Il y a une quinzaine de jours à peine, le jeune homme dont je viens de vous conter l’histoire m’a confié qu’il avait de nouveau entendu le glas. « Plus que 15 ans », tel était son message.