Perquisitions, dettes, clubs en vente : le football italien est malade
LE MONDE | 02.03.04 | 13h32
Les clubs professionnels de la Péninsule, qui ont accumulé un endettement colossal, traversent une crise économique sans précédent. Une étude récente assure que " la situation n´est plus tenable" et préconise " des mesures radicales et douloureuses".
Rome de notre correspondant
Après Parmalat et Cirio, le Calcio ? Le football italien va-t-il s´effondrer d´un coup, comme les deux groupes agroalimentaires aujourd´hui en faillite, après que la justice y a mis son nez ? Les soupçons sont les mêmes : faux bilans, commissions occultes, déclarations insincères et autres acrobaties comptables dans le but de cacher la situation financière réelle d´un sport en quasi-banqueroute. La dette totale des dix-huit clubs de Serie A est estimée à 1,9 milliard d´euros.
Au palais de justice de Rome, les magistrats ont commencé, lundi 1er mars, à éplucher les kilos de documents saisis quatre jours plus tôt dans le cadre d´une gigantesque perquisition aux sièges de la Fédération italienne de football, de la Ligue professionnelle et d´une cinquantaine de clubs de série A et B. Un " blitz" d´ampleur inédite, au cours duquel les agents de la brigade financière ont consigné tous les bilans des clubs depuis cinq ans, mais aussi les contrats des joueurs, les accords de sponsoring et de publicité, les contrats liés aux droits télévisés, etc.
" DOPAGE ADMINISTRATIF"
Silvio Berlusconi, chef du gouvernement mais aussi président du Milan AC, a trouvé " très étrange" la spectaculaire opération diligentée par le parquet de Rome, y voyant même les prémices d´"un Etat policier".
En fait, les magistrats romains ne font que coordonner les enquêtes ouvertes depuis le mois de janvier par sept parquets différents après les accusations de " dopage administratif" contenues dans un dossier de 40 pages établi par le président du club de Bologne, Giuseppe Gazzoni Frascara.
Cette vaste investigation sur les irrégularités présumées dans la gestion des clubs s´ajoute à une autre enquête ouverte à Rome sur de fausses garanties bancaires fournies l´été dernier aux instances du football par plusieurs clubs, dont l´AS Rome, afin de pouvoir être inscrits en championnat 2003-2004. Le procédé rappelle celui par lequel le scandale Parmalat est arrivé : un faux document bancaire censé garantir la présence de fortes liquidités dans une société fictive du groupe aux îles Caïmans.
Le football italien est très malade. " Il risque de connaître la fin de Parmalat", selon Giuseppe Gazzoni Frascara. " La situation n´est plus tenable, il est urgent de prendre des mesures radicales et douloureuses", avait averti récemment Massimo Visconti, coordinateur d´une étude de l´institut KPMG pour le Credito sportivo, l´organisme financier du sport italien : de 1997 à 2002, la perte moyenne des clubs s´est creusée de 45 % par an. Chaque saison, les salaires des joueurs ont augmenté de 33 % alors que les revenus des clubs, malgré le boom des droits télévisés à cette période, ne progressaient que de 14 %. Depuis, la fuite en avant n´a fait que s´accélérer. Les clubs les plus endettés semblent arrivés au bout de leurs artifices de gestion, telles que la surestimation de la valeur des joueurs figurant à leur patrimoine ou la création de plus-values artificielles par les ventes croisées de nombreux joueurs au-dessus de leur valeur réelle. La justice suspecte la Lazio de Sergio Cragnotti, ex-patron de Cirio, et Parme AC, le club de Parmalat, d´avoir été parmi les plus actifs dans ce domaine.
Selon l´étude de KPMG, les moins mal en point sont les grands clubs du nord du pays ( Juventus Turin, Milan AC et Inter Milan) et trois petits ( Empoli, Udinese et Chievo Vérone). Pour la plupart des autres, l´alternative est simple : renflouer ou vendre. Dans le premier cas, il faut des sommes colossales pour combler les dettes.
Mais vendre n´est pas si simple, ainsi que l´AS Rome vient d´en faire l´amère expérience. Nafta Moskva, une société russe prête à mettre plus de 400 millions d´euros dans l´affaire, s´est retirée au dernier moment, dimanche 29 février, effrayée à la fois par les contours très obscurs du bilan et par le brutal réveil de la justice italienne.
" J´exclus catégoriquement que ce même groupe investisse dans un autre club italien", a déclaré Salvatore Trifiro, représentant les intérêts des entrepreneurs moscovites. Dommage pour Ugo Longo, président de l´autre club de Rome : " Les Russes seraient les bienvenus chez nous car la Lazio est prête à être achetée", a-t-il plaisanté. Pour les deux clubs romains, comme pour celui de Parme, dont l´administrateur provisoire de Parmalat veut se débarrasser, les repreneurs potentiels ne se bousculent pas.
D´autres menaces planent à court terme sur le Calcio. La Commission européenne étudie les réponses du gouvernement italien aux questions qu´elle a posées sur le décret dit " sauve Calcio" adopté par le gouvernement de Silvio Berlusconi en mars 2003. Ce texte a permis aux clubs italiens d´étaler sur dix ans la perte de valeur de leur patrimoine joueurs au moment de l´éclatement de la bulle boursière Internet ; ce que la Commission suspecte d´être une aide d´Etat et une distorsion de concurrence.
Enfin, les clubs ont jusqu´à fin mars pour boucler leurs dossiers dans le but d´obtenir la nouvelle licence, désormais obligatoire pour s´inscrire dans les compétitions de l´UEFA. Il faut notamment être à jour de ses impôts, de ses cotisations sociales et du paiement des salaires. Un exploit qui, pour l´instant, n´est pas à la portée de tous les clubs italiens.
Jean-Jacques Bozonnet
• ARTICLE PARU DANS L´EDITION DU 03.03.04
verra t on le reflet de cette situation ds le prochain fm.....