en ce jour anniversaire d un de nos plus grands exploits
Les Messins doivent gagner par trois buts d´écart à Barcelone pour se qualifier. Ils n´y croient guère. Les Espagnols, encore moins. Ici s´écrit l´exploit du siècle, l´exploit d´une vie.
Corrigé d´importance ( 4-2), chez lui, à l´aller, le FC Metz s´apprête déjà à quitter la Coupe d´Europe. En ce 3 octobre 1984, il s´avance vers le Nou Camp comme le taureau vers l´arène. Les Barcelonais en sont persuadés, les Messins à peine moins. Dans l´esprit des Catalans, l´issue n´a d´ailleurs jamais fait de doute. " Les journalistes barcelonais ignoraient tout de Metz. Le plus cultivé d´entre eux situait Metz en Allemagne>, rappelle Jean-Marie Trimbour, parti à leur rencontre, avant même la première levée du duel. Aujourd´hui, le grand reporter du Républicain Lorrain aurait tendance à en sourire: " Dans les discours officiels, les Barcelonais rappelaient qu´il n´y avait pas de petites équipes. Mais, dans leur façon de nous recevoir, il y avait beaucoup de compassion...>
La compassion a même viré à l´insolence, au retour de Metz, quand Bernd Schuster, la star allemande du Barça, a proposé aux Messins, la distance aidant, de " leur offrir un jambon> lors de leur venue au Nou Camp. Carlo Molinari se souvient très bien des mots du vice-président Casaeus au cours du dîner officiel, à la veille d´un match censé être joué d´avance : " Il nous remercie pour l´accueil que nous avons réservé à la délégation barcelonaise à Metz, et nous propose un rapprochement entre nos deux clubs. D´ores et déjà, dit-il, nous vous invitons à venir assister au prochain tour.> Les autorités locales, elles aussi, perdent une belle occasion de se taire: un des adjoints au gouverneur de Catalogne dit trouver les Messins si sympathiques qu´il espère les voir marquer un but au Nou Camp, parce que ce doit être un merveilleux souvenir. Le banquet des journalistes se termine, comme il se doit, à quelques minutes du coup d´envoi. A la fin du repas, sous l´effet de l´irritation que lui procure la condescendance de ses hôtes, probablement, Trimbour s´adresse à Jean Zins, le photographe du Républicain Lorrain. Excusez du peu: " Moi, la seule photo qui m´intéresse, c´est celle du quatrième but messin>, confirmant ainsi une profonde méconnaissance du sujet...
Au coup d´envoi, 25.000 personnes ont pris place dans une enceinte pouvant en contenir 120.000. Cinq cents messins ont effectué le déplacement, " car c´est tout de même un beau voyage>, note Roger Willems, à l´époque président du club des supporters. Après trente-trois minutes de domination espagnole, Carrasco trouve le chemin des filets. En somme, le Barça mène 5-2. L´affaire est pliée. Et puis, non : rapidement, Metz égalise par Kurbos, Sanchez marque contre son camp, et le festival Kurbos peut continuer. " A 5-2, les Barcelonais n´avaient pas le droit de perdre, n´en revient pas Marcel Husson. Mais ils n´ont rien changé à leur tactique.> Pour Michel Ettore, " la machine se met en route quand nous encaissons le premier but. Il nous a fait du bien, celui-là! En tout cas, Tony Kurbos devient proprement insatiable. Quant à moi, je n´ai pas le souvenir d´avoir, un jour, touché autant de ballons que dans ce match.> L´entraîneur confirme: " L´équipe se transcende.> Il la détaille par coeur: " Ettore, dans les buts, multiplie les prouesses; Zappia et Barraja règnent sur la charnière centrale; Sonor et Lowitz montrent qu´ils sont peut-être, alors, les deux meilleurs latéraux du championnat de France; il y a un milieu complémentaire, avec Rohr, inépuisable, avec la vitesse et le punch de Hinchberger, le sens du placement de Bracigliano, la vista et la qualité de passe de Bernad. Et puis, devant, il y a la force de pénétration de Bocande et la vitesse de Kurbos.> Jean-Paul Bernad a l´impression de jouer le match qu´il avait imaginé après être allé, sur place, observer le Barça. Le capitaine a transmis ses certitudes à ses partenaires, et même plus: " Le match parfait. Tout s´enchaîne.> " Ce que réussit Jean-Paul sur le troisième but relève du génie. Cette ouverture pour Kurbos...>, insiste Husson. Il en faut un quatrième, le génial petit Allemand le réussit, signant un triplé homérique. " A 4-1, je commence à prendre peur!>, s´amuse aujourd´hui Ettore. L´ivresse des cimes, probablement. " Les cinq dernières minutes sont interminables, se souvient Bernard. Mais, quand ça s´arrête, on a finalement envie que le rêve continue.> Michel Ettore se précipite vers Bernd Schuster: " Il pensait que je venais échanger mon maillot avec le sien. Je lui ai juste demandé où était le jambon qu´il nous avait promis. Mon maillot? Je l´ai gardé, et je n´en ai pas conservés beaucoup d´autres...> Le bal magique achevé, Jean-Pierre Jager descend de la cabine de Radio L, accrochée au toit du Nou Camp, recueillir les impressions des héros: " Ils marchaient sur l´eau." Leur paradis sur terre.