Méheut : « Quand le PSG n´allait pas, c´était la faute de Canal... »
«Restaurer l´image du PSG.» C´est l´une des trois missions assignées à Francis Graille par Bertrand Méheut, le PDG du groupe Canal + avec le redressement des situations financières et sportives. Sept mois après le début du championnat, nous nous sommes penchés sur la manière dont le club de la capitale était perçu cette saison.
Incontestablement, le PSG nouveau est arrivé.
Pendant trois jours, nous verrons comment Canal +, la maison mère, les partenaires économiques ( demain) et le milieu du football ( jeudi) perçoivent désormais le PSG. Les relations tumultueuses entre le président Laurent Perpère et son entraîneur Luis Fernandez, l´absence de résultat malgré des ambitions et un budget très élevés, le comportement individualiste et nuisible de certains joueurs, tout cela n´est plus qu´histoire ancienne. Le PSG ne fait plus rire. Au contraire, il force le respect de ses adversaires.
Travailleur de l´ombre, Francis Graille a retardé son entrée ( imminente) dans le capital du PSG pour assainir un club qu´il a récupéré malade. Sur le terrain, Vahid Halilhodzic contrôle tout avec autorité, jusqu´à la communication de son équipe. Les résultats ( 3e en championnat, qualification pour les quarts de finale de la Coupe de France) donnent raison au technicien bosniaque. Méheut se félicite en constatant que la restauration de l´image du PSG est déjà bien avancée et n´exclut pas un désengagement de Canal + après la fin de saison.
Vous avez confié plusieurs missions à Francis Graille, dont celle de restaurer l´image du PSG. Qu´attendez-vous précisément ?
Bertrand Méheut. Le fait que le groupe Canal soit propriétaire du PSG était négatif pour son image.
Quand le PSG n´allait pas, c´était la faute de Canal... Aujourd´hui, quand le PSG va un peu mieux, ce n´est pas forcément grâce à Canal mais c´est une image plutôt positive qui contribue un peu au redressement de Canal. Lorsque le PSG était 17 e au classement, ce n´était pas en phase avec les ambitions d´un club de cette taille et de cette notoriété. Le couple Graille-Halilhodzic développe une image positive : sérieux, volonté, travail. Dans l´équipe précédente, le président et l´entraîneur ( NDLR : Laurent Perpère et Luis Fernandez) n´étaient pas perçus comme un couple indissociable.
Avez-vous fixé une date butoir au redressement total de l´image ?
La saison 2003-2004 doit permettre de revenir près de l´équilibre financier, ce qui n´est pas arrivé depuis très longtemps. La saison prochaine, le club dégagera des résultats positifs, ce qui est déjà le cas pour le début de l´année 2004.
Que reste-t-il à améliorer ?
Je serais très satisfait si le club finissait dans les cinq premiers, encore plus content s´il était deuxième ou troisième. Ce développement de l´image du PSG est celui que je souhaite voir imprimer à l´ensemble du groupe Canal.
En quoi le duo Graille-Halilhodzic était-il compétent pour cette tâche ?
Ils forment un couple solidaire, travailleur. Francis Graille est un entrepreneur, il a une longue expérience du football depuis son passage à Lille et au conseil d´administration de la Ligue. Halilhodzic est une personnalité, un leader charismatique, capable de fédérer une équipe et de travailler pour le compte de l´entreprise qui le mandate. Dans le passé, ce n´était pas toujours le cas.
Avant de devenir patron de Canal et donc du PSG, étiez-vous amateur de football ?
Je suivais le championnat et les Coupes du monde. Je n´ai jamais vraiment joué au football. Mon sport collectif, c´était le rugby. Je supportais le PSG d´assez loin. Je n´aimais pas trop la période paillettes. C´était plus sérieux lorsque Michel Denisot était président.
Pourquoi venez-vous si peu au Parc des Princes ?
Au moment des changements de personnes à la tête du club, je n´ai pas voulu amener de la confusion et j´ai laissé à Francis Graille l´autonomie de sa fonction. Si j´étais apparu beaucoup plus, cela aurait pu le gêner dans sa liberté d´action. Je vais y aller plus fréquemment désormais.
Que pensez-vous du spectacle offert par le PSG cette saison ?
Il y a évidemment des progrès à accomplir. Mais je trouve remarquable que l´équipe arrive à se consolider indépendamment de ses individualités. Elle a une volonté de réussite considérable que les spectateurs commencent à reconnaître. Avec la reprise de confiance, les joueurs vont devenir offensifs, plus créatifs.
Etes-vous un patron très attentif aux résultats sportifs ?
Je regarde très précisément le PSG lors de tous ses matchs. J´ai envie que cette équipe gagne parce qu´elle démontre une telle volonté et un tel acharnement qu´elle mérite cette récompense. J´ai envie également que nous sortions définitivement le PSG de l´ornière. Une qualification pour une Coupe d´Europe nous aiderait beaucoup car les revenus d´un club en dépendent sensiblement.
Jusqu´à quel point le PSG est-il important dans la galaxie Canal ?
En termes économiques, ce n´est pas une partie prépondérante. Mais en termes d´image, c´est très important.
Important mais peut-être pas aussi disproportionné ?
On est sous observation permanente. Le PSG suscite les passions de façon incroyable. Je ne pensais pas avant d´arriver à Canal que c´était à ce point-là.
Mis à part Francis Graille, souhaitez-vous qu´il y ait d´autres nouveaux investisseurs dans le capital du PSG ?
Pas spécifiquement. Il n´y a pas de non catégorique mais il n´y a aucune volonté à cet égard pour l´instant. Aujourd´hui, le club appartient à 90 % à Canal et à 10 % à des actionnaires minoritaires. Au moment où Francis Graille va entrer dans le capital, il va falloir qu´on remette à plat toutes ces relations entre les différents actionnaires.
Avez-vous redressé le club pour le vendre à la fin de cette saison ?
Je n´ai aucune volonté de vendre aujourd´hui *. En revanche, je ne dis pas que cela ne se fera pas. Mais je n´ai aucun plan à cet égard. On s´était fixé l´échéance de juin pour redresser le PSG. Je pense que ce sera accompli à ce moment-là. C´est donc en toute sérénité qu´on pourra évaluer toutes les possibilités. Mais celle de continuer est tout à fait sérieuse. Quand une de vos sociétés est redressée, il n´y a aucune urgence.
- Cet entretien a été réalisé avant notre dossier de vendredi dernier rapportant les propos de Jean-René Fourtou, PDG de Vivendi Universal, sur son désir de se désengager du PSG. Depuis, Bertrand Méheut nous a confirmé son point de vue.