Bilan matches aller.
Assis sur la banquette ( 1/2)
Tout commence toujours dans un bus. Le premier voyage de la troupe à Halilhodzic va conduire le PSG vers l’aéroport à destination d’Aix-les-Bains. Puis, il y aura ces liaisons en autocar à Montpellier, à Boulogne-sur-mer, à Saint Yan. Derrière les vitres du bus, le PSG se construit, un PSG se dessine. Voici racontés six mois, à l’arrière de l’autocar. Sur une banquette.
Au Parc des Princes
Samedi 30 août, stade de la Mosson dans le long couloir central qui conduit au parking de l’autobus aux environs de 22 heures 15.
On a revu Cristobal. Lui qu’on avait laissé à ses larmes, un soir au Stade de France, était là. Ce soir-là, il est aux côtés de ses amis et ex-coéquipiers que sont Hugo Leal et Gabriel Heinze. Il tente de comprendre pourquoi Paris n’y arrive pas. L’ancien joueur de Barcelone tout comme Jean-Louis Gasset sont d’ailleurs venus la veille rendre une petite visite sur leur lieu de retraite aux joueurs de Vahid Halilhodzic. Souvenirs, souvenirs, c’est le même endroit qu’ils fréquentaient la saison précédente. Arrivé depuis Monaco avec sa Porsche où il a assisté à sa première réunion avec le G14, Francis Graille est aussi de l’aventure héraultaise.
Quelques heures plus tard, les deux anciens parisiens, aujourd’hui à l’Espanyol de Barcelone, assisteront impuissants à la troisième défaite en cinq matches de Paris. La judicieuse entrée en jeu à la mi-temps de Rui Pataca en lieu et place du trop discret Mansaré, aura pour conséquence de faire plonger Paris de la douzième à la dix-septième place. Et même si beaucoup s’interrogeront sur la capacité de cette formation à sortir de son traumatisme latent, Paris vit déjà dans la douleur.
Vendredi 6 septembre, sur l’autoroute A1 au retour de Boulogne-sur-mer aux environs de 23 heures.
Aussi anodin soit ce déplacement amical dans ce Nord de la France, une région qui célébra en d’autres temps Vahid Halilhodzic, c’est bien à Boulogne-sur-Mer que l’entraîneur parisien et son indéfectible Bruno Baronchelli vont élucider certains mystères. « A la suite de cette rencontre face à Mouscron, en rentrant nous nous sommes posés les bonnes questions, expliquera alors Bruno Baronchelli. Ça nous a aidé pour la suite, même si nous n’y avions pas réalisé un grand match. »
Le premier remaniement est plus que symbolique puisque Halilhodzic demandera à son capitaine de reculer en défense centrale. D’un poste de récupérateur plus conforme à ses ambitions personnelles, le capitaine parisien fera contre mauvaise fortune bon cœur pour « le bien de l’équipe. »
A partir de là, la défense perméable du PSG va se transformer en une forteresse imprenable. Après avoir concédé huit buts lors des cinq premières journées, Paris n’en encaissera que deux lors des six journées suivantes. Autour du capitaine Déhu, Paris se stabilise en même temps que Jérôme Alonzo multiplie les prouesses. La doublure ne veut plus en être une. La concurrence est passée par là.
« J’ai beaucoup appris en trois semaines, et tout particulièrement sur moi-même, commentera un Jérôme Alonzo retrouvé. Dans mon entourage, on m’a mis des coups de pied au cul, on m’a dit que je n’avais pas les mains palmées et qu’il fallait donc que quelque chose change en moi. On m’a martelé que j’avais de la chance d’être tombé sur un mec qui dit : « le meilleur joue ». Il faut donc que je sois plus conquérant dans mon attitude. J’ai encore cinq-six belles années à vivre, et à choisir je n’aimerai pas les passer sur un banc. Il faut que je redevienne comme je l’étais à Marseille ou à Saint-Etienne : plus conquérant. »
Ce discours va coïncider avec un état de grâce pour le portier parisien. Letizi qui ne s’en sort pas avec ses ennuis physiques est de retour à l’infirmerie, Alonzo est donc de nouveau seul à bord.
Assis sur la banquette
Fin août, Paris vit déjà un peu dans la douleur. Derrière les vitres de l’autobus qui les ramène du stade du Roudourou, l’équipe sait mieux ce dont elle est capable. Les bonheurs s’enchaînent et le PSG roule vers une autre destinée. Les couacs face à Gueugnon et à Lens ne seront que d’utiles rappels à l’ordre. Cet autobus est aussi le symbole du voyage. Là où Paris revit.
Au Parc des Princes
Dimanche 14 septembre, aux abords du parking des bus sous le Parc des Princes aux environs de 22 heures 50
Personne ne sait si le bouillonnant Gabriel Heinze va s’exprimer. Il est pourtant l’auteur d’un but décisif. A plus d’un titre. En même temps que son coup de tête offre une bouffée d’oxygène à Paris face à la lanterne rouge toulousaine, il efface une semaine où le cas du transfert souhaité de Jérôme Leroy par Vahid Halilhodzic avait été au cœur des débats. Pour son centième match sous les couleurs du PSG, Gabriel Heinze dédie la victoire à son copain qui a rejoint la Bretagne, et l’histoire s’arrêtera là.
Car c’est bien sur le terrain que l’entraîneur parisien souhaite que les joueurs s’épanchent, pas sur leurs états d’âmes. Si bien que les rapides retrouvailles à Guingamp entre Leroy et ses ex-coéquipiers annoncent une véritable révolution en octobre. Si ce dernier avait offert à Paris ses premiers points à l’extérieur ( Metz) c’est face à la nouvelle équipe de Leroy que Fiorèse et Pauleta relancent le PSG.
Depuis juillet, chaque jour au camp des Loges n’a cessé d’être le laboratoire des bons gestes en faveur de son attaquant vedette. En octobre, Paris retrouve un peu plus encore celui pour qui il n’a que d’yeux. De la septième à la dixième journée, Pauleta inscrit cinq buts, avant de vivre la fin d’une embellie qui a conduit Paris de la dix-septième place à la troisième.
Mercredi 29 octobre, dans le bus du retour en direction de l’aérodrome de Saint Yan aux environs de 20 heures 10
Il pleut à tout rompre en Bourgogne. Avant de perdre en seizième de finale aux tirs au but, Paris comptait bien utiliser à plein, les deux jokers européens que sont la coupe de France et la coupe de la Ligue. Paris attaque un mois de novembre qui ne lui a que rarement réussi par le passé, allez savoir pourquoi. D’ailleurs, Vahid Halilhodzic ne veut plus que l’on parle de cette « crise hivernale ». Gueugnon puis Lens tombent Paris. « A un moment donné, nous allons obligatoirement perdre un match. Et c’est là qu’il faudra être fort, et on verra alors si effectivement quelque chose à changer au sein du club » expliquera Alonzo avant le déplacement à Ajaccio, qui, sans le savoir donc, annonçait deux sorties manquées.
Et c’est encore ce diable d’Alonzo qui offre un quatrième et déroutant succès parisien à l’extérieur ( Nantes).Dans le deuil qui frappe l’un des leurs, les Parisiens ont trouvé la force et la foi de déjouer une mauvaise série trop vite annoncée. A l’issue de l’indémodable OM-PSG, Halilhodzic fera taire les critiques sur cette victoire avant le gong. « Le football est un jeu d’échecs, c’est de la tactique. Prenez notre match à Marseille, nous savions qu’à un moment ou un autre, un ballon passerait dans l’axe. Et c’est arrivé à la 90e minute de jeu. » Fort de ces nombreux points pris à l’extérieur qui font de Paris, avec le leader monégasque, la meilleure formation en déplacement, le syndrome hivernal tient plus d’une pathologie inversée : Paris se sent bien loin de chez lui.
Mercredi 3 décembre, dans le parking souterrain du Parc des Princes à l’arrivée de l’autobus de Strasbourg aux environs de 19 heures 05
Il fait très froid pour le retour d’Antoine Kombouaré au Parc. En traversant le couloir qui le conduit de ce souterrain à son vestiaire, celui des visiteurs cette fois, Kombouaré sert des mains et embrasse beaucoup. « Casque d’or à jamais dans la légende » peut-on lire à son entrée sur la pelouse sur l’une des banderoles des Boulogne Boys, ce PSG-Strasbourg a plus que jamais des allures de fête.
Retrouvailles avec un ancien héros ( souvenez-vous PSG-Real Madrid…) et retrouvailles avec les nouveaux héros du Vélodrome ( c’était trois jours plus tôt…). Pauleta achève un trop long mutisme ( 519 minutes sans marquer). La métamorphose est en place, et si l’on excepte l’égalisation de Frei à Rennes, Paris s’offre un concert de louanges méritées après Bordeaux et Lyon.
Samedi 23 mai 2004, hôtel « Chez Walter » à Furiani aux environs de 22 heures 50.
Dans un bus ivre de bonheur. C’est désormais officiel, Paris jouera la saison prochaine, la coupe…Stop ! Là, il s’agit d’un autre pan d’histoire qu’il reste à écrire. Mais surtout à vivre. En autobus.