Un petit interview de Bernard Lama qui était mon gardien préféré :
Jeune, rêviez-vous particulièrement du PSG ?
Bernard Lama. En Guyane, c´était Saint-Etienne, Bastia et, il ne faut pas le dire, j´étais supporter de l´OM pour ses Brésiliens. Le PSG, je le suivais aussi car il y avait beaucoup de Blacks. A l´époque, ça tranchait avec les autres. Le PSG avait cette réputation d´avoir beaucoup de joueurs d´origine africaine ou antillaise. Mais je n´ai jamais pensé venir à Paris avant d´y être.
Pourquoi cela?
J´étais conscient de la difficulté d´y jouer du fait des sollicitations extérieures. Je pensais même que venir à Paris trop jeune présentait le risque de se griller. Quand je suis arrivé, j´avais 28 ans, une vie équilibrée. Je savais que je n´aurais pas dévié de ma route.
« Avez-vous changé l´image du PSG en Guyane ?
Beaucoup de gens, aux Antilles et en Guyane, sont devenus supporters du PSG, ou le suivait, grâce à moi. Aujourd´hui, ils s´en sont désintéressés. Paris garde une image show-biz. Ce n´est pas notre état d´esprit. Dans les DOM, on est plus Marseille.
En quoi le PSG a t-il marqué votre vie de joueur ?
Au bout de onze ans de travail, j´arrivais enfin dans un grand club. Il m´a permis d´accéder à l´équipe de France. J´estime que j´aurais dû être à l´Euro1992, mais il me manquait la lumière médiatique. Le PSG a aussi été un choix. Monaco me suivait régulièrement et j´avais la possibilité d´aller à Marseille. J´ai préféré Paris, la ville, pas uniquement le PSG. J´ai atteint mes objectifs. Le seul titre qui me manque, c´est la Coupe des champions.
Vous l´auriez peut-être eu en signant à l´OM ?
D´accord, mais j´aurais peut-être joué en D 2. Je me serais peut-être retrouvé en prison ou transféré dans un grand club. C´était la grande force de Tapie de savoir vendre ses joueurs. La vie ne doit pas laisser la place aux regrets.
Avez-vous vraiment profité de Paris ?
J´en profite plus aujourd´hui. A l´époque, je loupais tous les concerts, festivals de jazz. Ma priorité, c´était mon métier. Et je n´ai jamais été très show-biz. A l´époque, les joueurs allaient dans certaines boîtes parisiennes. Moi, j´avais surtout mon petit coin à moi, une boîte antillaise à Boulogne sur les quais, où je retrouvais mon peuple.
De quoi êtes-vous le plus fier durant vos années PSG ?
Je suis surtout fier des liens que nous avons su tisser. Pendant cinq ans, on a vécu des choses extraordinaires sur et en dehors du terrain. Aujourd´hui encore, c´est comme si on ne s´était jamais quittés. Nous étions tous arrivés avec une grande ambition. Rien ne pouvait nous détourner de ça.
La victoire en Coupe des Coupes reste-t-elle votre meilleur souvenir ?
Pour moi, ce titre est venu récompenser le travail de cinq ans et pas d´une année. Dès le départ, j´ai senti que c´était notre année. On était respectés, même par les arbitres. Jusque-là, on était le petit qui dérangeait. Sur les cinq ans, c´est peut-être la moins bonne équipe qu´on ait eue. On n´a pas eu non plus en face de nous des adversaires extraordinaires. L´exploit aurait été de l´emporter encore l´année suivante face à Barcelone. Mais bon, je suis le seul capitaine du PSG a avoir reçu une coupe d´Europe...
Quels autres matchs ressortez-vous ?
C´est un ensemble en fait. Mais au niveau des sensations, le match contre le Real Madrid reste au-dessus ( NDLR : en mars 1993, en quarts de finale de la Coupe de l´UEFA). L´image que je garde, c´est quand on encaisse le but ( NDLR : 3-1, égalité parfaite sur l´ensemble des deux matchs). Le stade est silencieux. Je vais récupérer le ballon et je m´entends dire: « C´est pas fini les gars, on va marquer.» Ce qu´on a fait sur l´action suivante.
Comment avez-vous pu composer avec cette frange xénophobe du public du Parc des Princes ?
Je me souviens de mon premier match sous les couleurs parisiennes. Joël Bats, devenu entraîneur des gardiens, était l´idole du Kop de Boulogne. Moi, j´arrive et je le remplace. Ça la fout mal. J´ai été sifflé comme pas possible. J´ai dit à Joël: je les pousserai à me respecter . J´ai toujours cherché le dialogue, sans mâcher mes mots. Quand ils n´étaient pas en bande, on pouvait discuter. Je suis même devenu ami avec un garçon du Kop de Boulogne, qui avait ses idées, et qui a fini par me dire que j´avais raison.
Y a-t-il des moments où vous jugez avoir été mauvais ?
Disons que j´ai eu une période à cheval sur 1994-95, où je me suis séparé de ma première épouse. J´avais tout reporté sur le foot. Je déprimais. J´étais en grand danger psychologiquement. Mes partenaires m´ont beaucoup aidé. Et j´ai toujours su masquer mes mauvais jours.
Avez-vous le sentiment d´avoir eu une sortie digne de vos attentes en quittant le PSG ?
Oui et non. Non du côté des dirigeants. Oui par rapport aux comportements des supporters. Cela a été un moment extraordinaire. Je suis parti par la grande porte. Sportivement, le PSG a fini deuxième du championnat. J´ai été, sans aucune prétention, l´élément moteur de cette qualification en Ligue des champions. Quant au public, Auteuil, c´était mon carré. Mais en rentrant aux vestiaires, Jean-François Domergue est venu me dire que le Kop de Boulogne ne voulait pas quitter le stade avant que je vienne les saluer. J´avais gagné leur respect.
Quelle image pensez-vous avoir laissé ?
Celle de quelqu´un qui aimait vraiment son club, qui a tout donné, jusqu´à sa santé.