L E CIEL PLEURE sur Carrington, véritable forteresse perdue dans la campagne, à une quinzaine de kilomètres de Manchester. Le visiteur n´est pas le bienvenu. Moteur vrombissant, les bolides des joueurs quittent un à un le centre d´entraînement ultramoderne des Red Devils.
Les mines sont aussi grises que le temps. En jean et pull bordeaux, Gabriel Heinze, lui, a le sourire. « Comment ça va ? » lance-t-il, ravi de pouvoir parler un peu français. L´Argentin, qui vit à l´écart de Manchester, part déjeuner en ville avec Cristiano Ronaldo et Ricardo, le troisième gardien du club. A bord du 4 x 4 Porsche Cayenne noir qu´il possède depuis trois semaines, l´ancien Parisien est déjà rompu à la conduite à gauche. Et démarre au quart de tour lorsqu´on parle du PSG. Que s´est-il passé depuis votre départ du PSG ? Gabriel Heinze. J´ai eu un été bien rempli... Comme dans un rêve. D´abord avec une finale de Copa America, que nous avons malheureusement perdue aux tirs au but ( NDLR : face au Brésil). Puis avec le titre olympique. L´Argentine attendait ça depuis cinquante-deux ans ! C´est l´un des plus beaux jours de ma vie. J´ai l´impression d´avoir énormément progressé cet été. Ensuite, en septembre, j´ai débarqué ici. Je découvre encore. D´ailleurs, je ne parle pas un mot d´anglais... Votre arrivée tardive à Manchester a fait grincer quelques dents... C´est normal. Manchester United m´a acheté, et ils ne m´ont pas vu pendant trois mois ! Le premier jour, j´ai parlé quarante-cinq minutes avec Ferguson ( NDLR : le manager). Je lui ai dit que je ne faisais pas les calendriers et que j´honorerai toujours la sélection. Il n´y a aucun souci. Trois jours plus tard, je jouais... et je marquais ( NDLR : 2-2 face à Bolton). Cela dit, ils sont ravis que je sois suspendu pour le prochain match de l´Argentine ( rire) ! Comment êtes-vous perçu en Angleterre ? Il y a tellement de grands joueurs que je passe presque inaperçu. Vu le peu de réussite des Argentins en Premier League avant moi et la rivalité anglo-argentine, la presse m´a même présenté comme un nouveau vacancier ! En France, j´étais l´un des joueurs les plus sifflés. Ici, ce n´est pas encore le cas. Mais ils risquent de s´y mettre vite ( rire). Moi, ça me plaît. Je prends ça comme une marque de reconnaissance. A Paris, vous revendiquiez une place dans l´axe. A Manchester, pourtant, vous jouez sur le côté... J´ai signé en connaissance de cause. Je suis dans l´un des plus grands clubs du monde. Pour y venir, j´aurais même joué attaquant... Je sais où est mon meilleur poste, mais j´accepte ce que dit l´entraîneur. Quand on se parle, on arrive toujours à s´entendre. A Paris, il n´y avait aucun dialogue...
« La ville et les amis me manquent » Que reprochez-vous à Halilhodzic ? Son problème, c´est qu´il n´aime pas qu´on lui dise ce qu´on pense. Moi, je ne baisserai jamais les yeux si je suis sûr que l´autre se trompe. J´étais l´un de ceux qui lui disaient ses quatre vérités. D´ailleurs, il a viré tous les joueurs de caractère qui lui résistaient. Déhu aussi osait élever la voix. Halilhodzic veut un vestiaire à ses ordres, où personne ne dit rien. Il se prend pour le maître. Pour moi, il ne l´est pas. Le mérite des résultats revient d´abord aux joueurs. N´avez-vous pas un peu joué les fortes têtes ? Pour moi, les choses sont noires ou blanches. Il n´y a pas de demi-mesure. J´ai passé une année très difficile et je ne voudrais jamais revivre ça. Evidemment, je devais quitter Paris pour franchir un palier. Mais aussi parce que j´en avais marre. Dire qu´Halilhodzic a même affirmé à certains joueurs que je n´étais pas prêt d´être titulaire à Manchester ! Aujourd´hui, je suis bien ici et Paris a pu me revendre deux fois mon prix d´achat ( NDLR : autour de 10 M€). Tout le monde est content. Mais quand on pense que le PSG a pu laisser partir Sorin et oser dire qu´ils allaient renforcer leur flanc gauche... Comment avez-vous vécu le départ de votre ami Fiorèse à Marseille ? Je respecte sa décision. Il l´a parfaitement assumée. Il a passé une année aussi délicate que moi. Il ne le supportait plus. Je suis également heureux pour Hugo Leal. Personne ne sait par quoi il est passé à Paris. Il a besoin de reprendre confiance parce que c´est un grand joueur. Il va le montrer à Porto. Que pensez-vous du début de saison du PSG ? J´ai vu presque tous leurs matchs. J´ai ce club dans le coeur et j´en resterai supporter. Les choses semblent aller mieux depuis l´aller face à Porto. Il faut leur laisser un peu de temps. Mais en football, on n´en a guère... Rêvez-vous à un éventuel Manchester - PSG en Ligue des champions ? Ce serait doux et cruel à la fois. Mais cela me permettrait de revenir à Paris ! Parce que la ville et les amis me manquent... Et si Vahid Halilhodzic devient demain le coach de United... ( Il coupe). Je pars tout de suite !
Fabrice Fiorèse revient sur son départ houleux du PSG à Marseille, le 21 août dernier, dans une interview publiée aujourd´hui par le bihebdomadaire « France Football ». Extraits d´un discours qui corrobore celui de Heinze : « Je suis sûr, moi aussi, qu´avec le temps on verra vite quelle est la personne qui fait du mal à Paris... Je regrette que la personne à l´origine de mon départ ( NDLR : Vahid Halilhodzic) n´arrête pas de changer la vérité et parle de complot. Il est clair que je n´irai pas lui serrer la main. »